Observation de la première Hirondelle rousseline en Ile-de-France – Parc des Beaumonts, Montreuil, 25 avril 2008

, par THORNS David

Note : des précisions ou ajouts sont apportés à cet article, en fonction de commentaires reçus.

L’Hirondelle rousseline (Cecropis daurica) est une espèce relativement commune dans le monde. Sa zone de distribution s’étend de la péninsule Ibérique à l’ouest jusqu’au Japon à l’est. Dix sous-espèces sont reconnues – celles du nord étant largement migratoires tandis que d’autres, se trouvant en Asie centrale et en Afrique, sont résidentes. La sous-espèce que l’on peut voir en France, C.d.rufula, niche dans le sud de l’Europe et en Afrique du Nord ; sa zone de distribution estivale s’étend vers l’Est jusqu’au nord-ouest de l’Inde et du Tien Shan. Cette sous-espèce est migratoire, hivernant en Afrique et en Asie du Sud-Ouest. [1]

Dans le sud de l’Europe, la population de C.d.rufula est estimée à 63,000 couples, dont la majorité est concentrée dans les péninsules Ibérique et balkanique. [1] En France, l’espèce n’était autrefois qu’accidentelle. Les premières nidifications connues remontent à 1962 (Corse) et 1965 (Roussillon). Elle niche actuellement régulièrement dans le sud-est du pays (Gard, Pyrénées-Orientales...), y compris en Corse, mais en petit nombre et sans former de colonies importantes. En augmentation probable, les effectifs nicheurs se montaient, suivant les auteurs, à 15-20 couples et jusqu’à ≤ 50. [2] Mais ils auraient atteint les 150 en 2008 (Pierre Le Maréchal – comm.pers.) L’espèce est rare en dehors de cette région avec quelques observations annuelles aux points « traditionnels » de migration bien connus des ornithologues français, tels que le Cap-Gris-Nez dans le Nord-Pas-de-Calais, ou l’île d’Ouessant en Bretagne. Il n’y avait pas d’observation documentée pour la région Île-de-France (Maxime Zucca – comm. pers.).

Le 25 avril 2008, j’ai observé une C. daurica dans le Parc des Beaumonts, à Montreuil (Seine-Saint-Denis, 93). Vu sa situation élevée, ce site constitue un bon endroits pour l’observation des migrateurs. Ce jour-là, la matinée avait bien commencé avec un passage important de Martinets noirs (Apus apus), 3 Hirondelles de fenêtres (Delichon urbicum) (les premières notées pour le parc en 2008) et plusieurs Hirondelles de cheminée (Hirundo rustica). Plus intéressant encore était la présence d’une femelle de Merle à plastron (Turdus torquatus) qui s’est posée pendant 5 minutes environ avant de continuer sa migration vers le nord.

À 09h44, après avoir visité la petite mare située dans le sud-est du parc, je revenais vers le chemin principal lorsque j’ai atteint un petit talus qui surplombe une friche (« La Savane »). À ce moment-là, j’ai aperçu une hirondelle qui volait relativement bas au dessus des buissons de cette zone. J’ai porté mes jumelles à mes yeux pour l’observer, m’attendant à voir une nouvelle Hirondelle de cheminée, mais j’ai été immédiatement frappé par son croupion de couleur crème : il s’agissait sans doute d’une Hirondelle rousseline, mais l’oiseau avait disparu et, à mon grand désespoir, je n’avais vu que son dessus ! J’ai couru encore quelques mètres pour avoir une meilleure vue de l’endroit et heureusement l’oiseau était toujours là, en train de tourner et revenir vers moi. Dans ces conditions j’avais la possibilité de bien observer les autres traits nécessaires à son identification – ses filets longs et foncés (dépourvus des taches blanches d’une Hirondelle de cheminée), ses sous-caudales noires, son dessous uniformément roux pâle, couleur sable un peu orangé, et sa calotte crânienne sombre contrastée.

Maintenant je n’avais aucun doute quant à son identification, mais l’oiseau avait encore disparu. J’ai appelé sur mon portable un autre ornithologue, Pierre Rousset, qui visite le site fréquemment et habite tout près du parc. Malheureusement, ce jour-là il avait quitté le site à 08h45, et maintenant il risquait de rater cette rareté. Il m’a dit qu’il allait venir aussitôt mais après quelques minutes je l’ai rappelé pour lui dire que ce n’était pas nécessaire – l’oiseau, malheureusement, était, semble-t-il, parti définitivement…

Vu les observations annuelles de cette espèce dans le nord de la France, ainsi que sur les côtes de Grande-Bretagne en périodes de migration, il est plutôt surprenant que l’espèce n’ait pas été observée auparavant en Île-de-France. Ceci s’explique probablement par le nombre relativement faible d’observateurs franciliens et une absence quasi totale de « skywatching » dans la région, au moins d’une manière méthodique et organisée (Laurent Spanneut, comm. pers.).

Il est peut-être pertinent de remarquer que la population de cette espèce en France a augmenté dans les années 80, durant une période ou l’espèce a fortement étendu sa distribution européenne vers le nord, notamment en Espagne et au Portugal, ainsi que dans les États balkaniques. [2] Probablement en rapport avec cette évolution, on note également, ces dernières années, une augmentation des oiseaux vagabondant en Europe occidentale et centrale. Les raisons de ces changements ne sont pas claires, mais pourraient être mises en corrélation avec le réchauffement de la planète. [3]

Il peut être intéressant de mentionner ici une autre donnée : une Hirondelle rousseline C. daurica a été vue le 27 avril (soit trois jours seulement après la donnée de Montreuil) en migration active à Zuydcoote (est de Dunkerque), dans le Nord-Pas-de-Calais, durant un week-end exceptionnellement bon pour l’observation des migrateurs. [4]

Références :

1. del Hoyo,J., Elliot,A., Christie,D.A.eds. (2004). Handbook of the Birds of the World. Vol.9.

2. Snow,D.W., Perrins,C.M. (1998), The Birds of the Western Palearctic, Vol.2. Yeatman-Berthelot D. & Jarry G. (1994), Nouvel Atlas des oiseaux nicheurs de France – 1985-1989, Société ornithologique de France. Rocamora G. & Yeatman-Berthelot D. (1999), Oiseaux menacés et à surveiller en France, Société d’Etudes ornithologique de France / Ligue pour la Protection des Oiseaux. Philippe J. Dubois, Pierre Le Maréchal, Georges Olioso et Pierre Yésou (2000) L’Inventaire des oiseaux de France. Avifaune de la France métropolitaine, Nathan (une nouvelle édition mise à jour sortira en octobre 2008 chez Delachaux et Niestlé).

3. Turner A., Rose,C. (1989). A Handbook to the Swallows and Martins of the World.

4. Piette,J (27 avril 2008) http://fr.groups.yahoo.com/group/coches-fr/message/7736

David Thorns

53 rue Victor Hugo, Hall C, 93100, Montreuil, France.

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P.-S.

* Par erreur, la date du 24 avril avait initialement été donnée dans cet article, alors qu’il s’agissait du 25...