C’est une première discussion. S’il y a eu un premier débat lors du congrès de la LCR, Il n’y a pas eu encore discussion sur ces questions dans le NPA, aussi ce rapport n’est qu’une introduction à la discussion, il faudra la poursuivre avec un objectif : faire en sorte que la construction du NPA ce n’est pas moins d’internationalisme ou moins d’internationale… mais plus !
1) Le NPA ne peut être anti-capitaliste sans être internationaliste. On ne peut s’attaquer au capitalisme sans s’attaquer à la globalisation capitaliste, qui est la forme actuelle du développement capitaliste.
2) On ne peut faire de la politique nationale sans intégrer une « vision du monde » globale, mondiale. L’économie nationale n’est que la concrétisation partielle sur un espace, un territoire de l’économie mondiale, une forme nationale de l’économie et politique mondiale. L’internationalisme n’est pas un supplément d’âme, il est chevillé au corps de notre politique générale.
3) Pourtant, il y a un paradoxe : alors qu’historiquement le mouvement ouvrier s’est constitué comme mouvement international, cf le fameux slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez vous », il y a une inversion de perspective : le monde capitaliste est globalisé, les grands appareils et institutions du mouvement ouvrier réformiste se globalisent … mais globalement le mouvement populaire, la gauche révolutionnaire, radicale et même le mouvement alter-globalisation ne sont pas à la hauteur des enjeux de la politique mondiale actuelle…
4) Cela a des racines objectives : si le contenu de l’économie et de la politique relève du global, du mondial. Les formes de la luttes de classes, des luttes sociales, de la politique sont souvent nationales. Mais il y a une responsabilité des directions traditionnelles du mouvement ouvrier, de la social-démocratie et du stalinisme. Les mouvements ouvriers et sociaux ont été durant des décennies, baignées ou inoculées par le poison nationaliste, par les politiques d’Union Sacrée avec la bourgeoisie, notamment dans les entreprises coloniales, ou au travers des politiques chauvines contre les immigrés. D’où, la nécessité d’une politique anti-impérialiste non seulement contre l’impérialisme américain mais aussi contre notre propre impérialisme, l’impérialisme français. D’où aussi, la nécessité d’un effort particulier, d’un volontarisme, pour défendre une politique de solidarité internationale entre les peuples, d’ou enfin, la nécessité d’une politique organisationnelle consciente, qui soit le support de l’internationalisme, c’est-à-dire la perspective de la construction d’une internationale. « Si l’existence détermine la conscience… un internationalisme conséquent ne peut que porter la construction d’une internationale ».
5) Certes, l’histoire des Internationales a été chaotique faite de luttes de tendances, scissions, ruptures mais elle a toujours été « le centre de gravité de la politique révolutionnaire ».
La 1re internationale : rassemblement de toutes les formes d’organisations du mouvement ouvrier de l’époque : partis, syndicats, mutuelles, bourse du travail, sectes diverses. La première Internationale rassemblera toutes les tendances et courants de l’époque luttes de tendances. Elle sera aussi marquée par des luttes de fractions, des ruptures, notamment entre les marxistes et les anarchistes. Ces luttes conduiront à la dissolution de même de l’internationale.
La 2e internationale : construction des partis de masses sociaux démocrates et trahison en 1914 face à la 1re guerre mondiale ou malgré toutes les « déclarations » les plus internationalistes et les plus anti militaristes, chaque parti socialiste mettra en avant la « défense de la patrie », et la défense des intérêts de sa propre bourgeoisie.
La 3e Internationale ; construction de toute une organisation mondiale autour de la révolution russe, qui, avec le stalinisme, se transforma en instrument de défense des intérêts de la bureaucratie du Kremlin.
La IVe Internationale, s’est constituée comme courant et organisation de ceux qui rejetait la dégénérescence stalinienne de l’URSS : il s’agissait de construire une opposition de gauche au stalinisme. Cela donnera certaines caractéristiques à la IV : défendre les conceptions marxistes révolutionnaires, la luttes de classes, des éléments d’un programme de transition vers le socialisme, l’indépendance du mouvement ouvrier face aux gouvernements de collaborations de classes dans les pays capitalistes développés-les différentes formules de l’Union de la gauche ou de la gauche plurielle (mais aussi vis-à-vis des bourgeoisies nationales dans les pays dominés par l’impérialisme), une perspective socialiste démocratique, faire la différence entre la révolution russe et la contre révolution stalinienne, défendre une perspective internationaliste de « solidarité » avec toutes les révolutions socialistes ou anti-impérialistes au delà même de l’analyse de leurs directions
Ce dernier point a constitué une différence entre notre courant et d’ autres courants trotskystes, par exemple. Nous avons clairement défendu une politique de solidarité avec les révolutions chinoises, yougoslaves, vietnamiennes, algériennes, cubaines, nicaraguayennes. Nos relations avec l’expérience de Che Guevara ont, aussi, traduit cette volonté de se lier à ces processus révolutionnaires. Mais nous avons sous estimé les problèmes de ces révolutions. Nous nous sommes, aussi, dans certains cas, adaptés aux directions de ces processus. Il est vital pour des révolutionnaires de reconnaître des révolutions et d’essayer de s’y lier mais il est aussi indispensable de garder son indépendance et ses capacités de critiques.
Sur ces bases, nous avons essayé de construire un réseau de militants, courants, organisation « contre l’impérialisme mais aussi le stalinisme ou le nationalisme ». Notre courant international ne s’est pas cantonné à défendre de manière générale ou dogmatique les idées marxistes. Quelqu’un comme Ernest Mandel a analysé la dynamique du développement du capitalisme des années 50 à la fin des années 70. Des documents programmatiques ont été discutés et adoptés par des congrès internationaux sur les questions de la démocratie socialiste, du féminisme, de l’écologie. Voilà l’essentiel qui a été portés par les courants marxistes révolutionnaires et en particulier la IVe Internationale. Mais il faut aussi reconnaître une série de faiblesses et de déformations liées à l’existence de petites organisations, certains travers sectaires, ou de conseilleurs d’autres forces plus importantes… Le trotskysme a aussi pâti du fractionnalisme : On connaît l’adage : « un trotskiste, un parti ; deux trotskistes, deux fractions ; trois trotskistes, une scission… » Bref, il s’agit d’avoir un regard sur l’histoire de toutes ces internationales, de prendre le meilleur des positions, des actions, des expériences pour dégager des éléments de continuité à toute cette histoire et toutes ces histoires…
Il faut aussi souligner l’action de toute une série de regroupements internationaux qui ont joué y compris des rôles positifs, mais avec des limites dans la politique-leur indépendance vis-à-vis des Etats… et notamment dans la durée : le bureau de Londres dans les années 30, l’OLAS, la Tricontinentale dans les années 60, des conférences comme celle de Sao Paulo avec les Cubains et le PT…
6) Voilà pour l’histoire… car il faut savoir d’où l’on vient.. et l’histoire du mouvement ouvrier doit être étudiée, discutée et cela de manière plurielle.. Mais aujourd’hui, nous pensons que nous entrons dans une nouvelle période historique où beaucoup de choses doivent être réévaluées, rediscutées. Nous pensons que certains des clivages du passé entre tel ou tel courant peuvent être dépassés : nous avons affaire à une nouvelle époque, à la nécessité d’un nouveau programme et d’un nouveau parti. Plus précisément, une série cycles historiques sont arrivés aujourd’hui à leur terme :l’épuisement de la force propulsive de la révolution russe, la fin de toute la période historique du capitalisme d’après deuxième guerre mondiale avec ses acquis sociaux, la fin de la domination conjointe du stalinisme et de la social-démocratie « classique », l’évolution de celle ci en social libéralisme, la crise d’un mode d’accumulation capitaliste mis en œuvre par les politiques libérales depuis les années 80.
7) C’est ce qui nous conduit à avancer la perspective d’un nouveau parti depuis plusieurs années et du NPA depuis plusieurs mois. Nous allons aborder cette question sous l’angle de l’Internationalisme et de l’internationale… La conséquence politique et pratique de cette analyse d’une nouvelle « époque historique », c’est d’avancer la perspective d’un nouveau rassemblement des forces anticapitalistes, d’une nouvelle internationale.
8) Cela se fait à deux niveaux :
* Les campagnes de solidarité internationales contre la globalisation capitaliste, l’impérialisme américain mais aussi français et européen.
* La construction d’un nouveau rassemblement international des forces anti-capitalistes et révolutionnaires.
* Pour discuter et agir, dans le cadre de campagnes internationales, par exemple contre la guerre en 2002-2003, de campagnes de solidarité avec la Palestine, au travers des Forums sociaux mondiaux et régionaux (espaces de front unique social voir humain) contre le néo-libéralisme. Sur ce terrain nous recherchons à chaque fois la plus large unité d’action. Ces espaces sont déterminants parce qu’ils sont des cadres unitaires. Mais pour construire le creuset d’une nouvelle construction internationale anticapitaliste cela demande une série de définitions politiques et programmatiques : rupture avec le système capitaliste libéral, mettre au centre la remise en cause de la propriété capitaliste, indépendance vis-à-vis du social libéralisme, pas de participation à des gouvernements, institutions centrales et dans la gestion de l’économie capitaliste, rupture et non aménagement ou réforme les institutions internationales, réélaboration d’une perspective socialiste démocratique et aussi introduction de nouvelles dimensions programmatiques comme celles de l’écosocialisme ou du féminisme.
9) Sur cette base nous proposons une politique de rassemblement international de la gauche anticapitaliste, ouvert, aux diverses expériences, avec des coopérations renforcées entre organisations et dans la perspective d’une nouvelle internationale. Car il ne s’agit pas de décréter la constitution d’une nouvelle Internationale, mais il faut de manière déterminée « aller vers » cette nouvelle Internationale. C’est ce que nous avons commencé à faire, modestement, dans le rassemblement de toute la gauche anti-capitaliste. Nous avons fait, la GACE, (conférence de la gauche anti capitaliste en Europe), la conférence internationale de Mumbai, la conférence de juin 2008... Cela sera long, il y aura des désynchronisations entre le plan national et international ; avant de cristalliser un regroupement, la méthode de « conférence ouverte » sur des thèmes, des actions ou des débats spécifiques est peut être la plus appropriée... Mais il faut aller vers l’objectif d’un nouveau rassemblement international.
10) Dans ce cadre quel est le rôle de la IV et les relations entre le NPA et la IV…
a) Nous voulons nous appuyer sur l’intérêt suscité en France et en Europe par l’initiative prise par la LCR avec le NPA pour tenter de faire franchir un pas en avant à l’action commune et au regroupement des anticapitalistes en Europe. C’est avec cet état d’esprit que nous avons préparé la conférence anticapitaliste européenne de juin 2008.
Sans en faire un modèle, car chaque construction anti-capitaliste a ses spécificités, le NPA peut être un point d’appui pour avancer vers un nouveau rassemblement international. Il aura en toute indépendance sa propre politique internationale.
b) Le NPA, lui même, ne sera pas comme l’est, la LCR, section française de la IVe Internationale. Pourquoi ? Parce que, au-delà de tout ce qu’a porté la IVe Internationale, celle ci est un courant politique déterminé, délimité. Or avec le NPA nous voulons rassembler bien au delà de ce courant politique. Le succès du NPA, ce sera non seulement son grand nombre, mais aussi sa capacité à rassembler tous les courants et sensibilités anti-capitalistes.
Il doit constituer une nouvelle réalité politique et organisationnelle qui ne peut être ramenée à la « matrice trotskyste », matrice historique et programmatique de la LCR. Il doit embrasser le meilleur de toutes les traditions de la lutte de classes et de l’histoire révolutionnaire. Il y a et il y aura , peut être, même, dans le cours même de son développement et de son histoire d’autres courants internationaux ou de nouveaux courants internationaux qui se formeront au sein du nouveau parti, le NPA devra discuter, alors, des modalités d’organisation de ces convergences.. Le NPA devra par ses débats et ses échanges, se forger démocratiquement son orientation, et déployer sa politique internationale en multipliant les initiatives, les rencontres, les relations entre toutes les organisations anticapitalistes. En toute logique le NPA devra se poser le problème de construire cette nouvelle internationale, ouverte, cadre d’échange et d’intégration de toutes les expériences révolutionnaires internationales
c) C’est dans ce cadre que le NPA doit aborder ses relations avec la IVe Internationale. D’abord parce que l’organisation qui est à l’initiative du NPA est section française de la IV depuis avril 1969. Ensuite parce que dans ce courant international, la LCR a une place centrale, dans les activités, l’organisation et la direction. Enfin , parce que si nous avons l’objectif d’un nouveau rassemblement internationale, la IV constitue un capital d’organisation, de militants , de relations, d’expériences internationale. C’est un acquis qu’il faut préserver et même recycler dans un projet plus large.
La IV est un réseau d’organisations dans une quarantaine de pays. Ses organisations les plus importantes sont la LCR – qui a un rôle clé dans la IV –, Sinistra critica en Italie, le SP suédois, une partie du Bloc de gauche au Portugal et de l’Alliance rouge et verte au Danemark, Enlace dans le PSOL au Brésil, le PRT au Mexique, le PRT philippin, le LPP pakistanais. Il y a aussi des organisations en Algérie et au Maroc. La IV est aussi présente à un niveau moindre dans une série d’autres pays. Elle a des relations fraternelles avec toute une autre série d’organisations révolutionnaires ou anti-capitalistes dans le monde. La IVe devra, au rythme des avancées, se vivre comme un courant de cette nouvelle Internationale, et construire son propre dépassement, car la IVe Internationale a toujours posé – dés son processus de fondation – le problème de son dépassement dans une nouvelle internationale de masse ou plus large. Ces questions seront au centre, d’ailleurs du prochain congrès de la IV courant 2010. C’est aussi dans ce cadre que nous proposons que le nouveau parti garde des liens particuliers avec la IVe Internationale, sous des formes qui devront être décidées par le NPA, non pour épouser toute l’histoire et le programme de la IVe, mais pour faire en sorte qu’une série d’acquis politiques accumulés par ce courant international, puissent être mis au service de la construction d’un nouveau rassemblement international .
d) Le Congrès de fondation du NPA décidera démocratiquement de sa politique internationale et de ses liens internationaux. Etant donné l’ordre du jour du congrès de fondation et les priorités de discussion, nous proposons que la question des liens internationaux soit discutées au congrès suivant. Dans l’intervalle, la LCR propose au NPA, qui ne sera pas section française de la IVe Internationale, de maintenir les liens qui étaient ceux de la LCR à la IV, à travers les camarades participant à ses instances (CI, Bureau) dont les rapports seront faits en direction du NPA (cette délégation pouvant être élargie à des camaradees de la direction du NPA non membre de la IVe Internationale pour que tout soit fait dans la plus grande transparence), de verser une contribution financière égale à celle qui était versée par la LCR, de poursuivre la participation aux formations et au camp de jeunes. Le NPA ne sera évidemment engagé sur les questions internationales que par les décisions qu’il prendra lui même en terme d’orientation, de campagne, de résolutions...
e) Les réalités européennes, et encore plus mondiales, sont marquées évidemment dans chaque pays par des rythmes différents de la situation française, et nous avons toujours refusé de plaquer notre propre situation à une échelle internationale. La conférence de Paris a montré toute la diversité et les contradictions de ces situations nationales. Ce sera certainement long mais ce qui décisif, c’est de pouvoir affirmer l’objectif et des orientations communes à l’échelle européenne, de commencer à agir ensemble. Nous avons la faiblesse de penser que cette action internationale commune peut aider à avancer sur le terrain national. Nous pouvons ensemble affirmer un objectif commun : le rassemblement international, une nouvelle internationale.
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