Protection de l’Amazonie : les Indiens veulent la parole
7 mars 2009
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Belem (Brésil) Envoyée spéciale

Les Indiens awas, l’un des derniers peuples nomades de chasseurs-cueilleurs de l’Amazonie, sont en danger. Jeudi 5 fĂ©vrier, Survival International, l’organisation qui, depuis 1969, milite pour la dĂ©fense des peuples indigènes, a lancĂ© un cri d’alerte Ă  la communautĂ© internationale et au gouvernement brĂ©silien en lui demandant d’expulser les bĂ»cherons et les fermiers installĂ©s dans leurs rĂ©serves au mĂ©pris des lois.

La population des Awas est estimĂ©e Ă  quelque 500 individus dont 200 n’auraient jamais eu de contact avec l’extĂ©rieur. Elle vit dans les forĂŞts rĂ©siduelles de l’Etat de Maranhao. « Les Awas ont obtenu en 2003 la reconnaissance lĂ©gale de leurs terres mais cela ne les protège pas. Il y a aujourd’hui plus de colons dans la rĂ©serve que d’Indiens. Les forestiers ont tracĂ© des routes et sont Ă  moins de 3 km d’un des principaux campements », explique Almuneda Hernando, anthropologue Ă  l’UniversitĂ© Complutense de Madrid. « Les Indiens sont conduits Ă  vivre sur des portions de territoires de plus en plus confinĂ©es sur lesquelles la faune, elle-mĂŞme menacĂ©e, se rarĂ©fie », ajoute Fiona Watson de Survival en dĂ©nonçant l’inertie des autoritĂ©s locales.

Si la situation des Awas est d’une gravitĂ© particulière en raison du petit nombre de survivants, ce genre d’histoire reste malheureusement d’une assez grande banalitĂ© dans la rĂ©gion. « Les Indiens sont partout menacĂ©s par la dĂ©forestation illĂ©gale, l’extension de l’Ă©levage et l’exploitation des ressources minières dont l’Amazonie regorge. La crĂ©ation de rĂ©serves ne les protège pas rĂ©ellement », constate Andrew Miller, de l’organisation amĂ©ricaine Amazon Watch.

« Le gouvernement octroie des concessions forestières Ă  des entreprises Ă©trangères dans nos rĂ©serves », raconte Diego Escobar, reprĂ©sentant des peuples indigènes de Colombie. Au Surinam, les 25 000 Indiens n’ont pas encore obtenu de titres officiels reconnaissant leurs droits sur les terres qu’ils occupent depuis des lustres. « Le gouvernement peut nous contraindre Ă  nous dĂ©placer Ă  sa guise », tĂ©moigne Leon Wijngaarde, de la tribu des Arawak. Mais le problème numĂ©ro un est celui de la pollution des cours d’eau par le mercure qu’utilisent les chercheurs d’or clandestins. « Les gens ne comprennent pas bien ce qui se passe, mais les problèmes de santĂ© s’aggravent. Ils ne peuvent plus boire l’eau des rivières », poursuit-il. Edmundo Dzuhiwii Omore, un Xamante du Mato Grosso brĂ©silien, se plaint aussi de la pollution entraĂ®nĂ©e, cette fois, par l’agriculture intensive du soja : « Les grandes exploitations de soja s’arrĂŞtent aux limites de notre rĂ©serve mais les engrais qu’ils utilisent n’ont pas de frontières. Avec les pluies, ils polluent notre terre. Les animaux ne peuvent plus s’abreuver, les poissons meurent. »

Seul dans la rencontre entre les peuples d’Amazonie organisĂ©e lors du Forum social mondial de Belem (du 27 janvier au 1er fĂ©vrier), Pedro Nuny est un peu plus serein. Il est bolivien. L’Ă©lection de l’Indien Evo Morales Ă  la tĂŞte du pays a changĂ© le cours des choses pour les indigènes « Nous nous sentons reprĂ©sentĂ©s, nous pouvons faire valoir notre vision d’un dĂ©veloppement de l’Amazonie qui soit compatible avec l’avenir de ses peuples », dit-il.

Pourtant, cette victoire au plan national n’a pas encore trouvĂ© d’Ă©cho sur la scène internationale. « Beaucoup d’organisations non gouvernementales (ONG) parlent encore Ă  notre place de la prĂ©servation de la forĂŞt. Ce dont elles discutent avec les gouvernements nous inquiète », reconnaĂ®t Pedro Nuny.

« Nous sommes venus nombreux Ă  Belem pour nous rendre visibles aux yeux de la communautĂ© internationale. Ce n’est pas du folklore. Nous voulons ĂŞtre des acteurs de la nĂ©gociation internationale », revendique le PĂ©ruvien Mario Palaciu, de la coordination andine. Les peuples amazoniens ne disposent que d’un statut d’observateurs dans les discussions internationales sur le climat, oĂą la question de la dĂ©forestation est un des volets majeurs pour parvenir Ă  un accord sur la lutte contre le rĂ©chauffement climatique d’ici fin 2009. « Nous ne contestons pas le changement climatique ; nous le subissons. Mais nous ne voulons pas que sous prĂ©texte de protĂ©ger la forĂŞt et le carbone qu’elle stocke, nos terres deviennent le théâtre d’un marchĂ© du CO2 sans que nous ayons Ă©tĂ© ni informĂ©s ni consultĂ©s », met en garde Diego Escobar.

A Belem, la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien (Coiba), qui reprĂ©sente 390 peuples, a demandĂ© Ă  ĂŞtre Ă©coutĂ©e. « Qui mieux que nous, peuples de la forĂŞt, pourrait en ĂŞtre le gardien ? », plaide le porte-parole des Xamante. La Coiba compte faire des propositions lors de la prochaine rencontre internationale sur le climat, qui se tiendra Ă  Bonn, en Allemagne, le 29 mars.

* Article paru dans le Monde, édition du 08.02.09. LE MONDE | 07.02.09 | 15h43 • Mis à jour le 07.02.09 | 15h43.

Mis en ligne le 8 février 2009
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