En Afrique, malgré le sida, Benoît XVI durcit encore la position de l’Eglise contre le préservatif
Nombreuses condamnations après les propos du pape sur le préservatif
19 mars 2009
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 Sida : Benoît XVI renforce la position de l’Eglise contre le préservatif

Compte rendu

Stéphanie Le Bars

Acclamé par des milliers de personnes tout au long de son parcours entre l’aéroport de Yaoundé (Cameroun), où il est arrivé mardi 17 mars, et la nonciature apostolique, le pape n’a sans doute pas porté attention aux immenses panneaux publicitaires, qui, de loin en loin, vantent les mérites du préservatif dans la lutte contre le sida.

Une réalité africaine qui contredit les propos tenus quelques heures plus tôt par Benoît XVI, dans l’avion qui l’amenait sur un continent dévasté par la pandémie. « On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs. Au contraire, cela augmente le problème », a-t-il déclaré, abordant pour la première fois de son pontificat le sujet de manière aussi explicite, plus frontalement encore que son prédécesseur Jean Paul II.

« Il aurait dû se contenter de dire que le préservatif n’est pas une solution, ce qui est la position traditionnelle de l’Eglise. Aujourd’hui, affirmer que cela aggrave le problème est une erreur », estime un vaticaniste italien. Outre l’abstinence, le pape a prôné une « humanisation de la sexualité » et « un comportement plus juste ». Il a aussi salué le travail d’accompagnement que mènent les institutions religieuses auprès des malades.

Face aux ravages de la pandémie, certains, au sein même de l’Eglise, souhaitaient que ce voyage africain soit l’occasion pour le Vatican d’infléchir sa position. « Aujourd’hui, l’Eglise pourrait admettre que le préservatif est un moindre mal », espérait, avant le départ du pape, un religieux français, régulièrement présent en Afrique. Une association camerounaise d’aide aux malades du sida a immédiatement fait part de son « embarras » après les propos de Benoît XVI. L’Afrique subsaharienne compte 22 millions de personnes infectées par le virus du sida, selon l’organisation Unaids ; et trois-quarts des décès liés à la maladie surviennent dans cette région du monde.

Plaçant son premier voyage en Afrique sous le signe de « la foi et de la morale », le pape a prévenu qu’il ne proposerait pas de « programme politique ou économique ». Benoît XVI a été accueilli par le président de la République, Paul Biya, qui a trouvé dans cette visite une tribune politique opportune, s’affichant sur des portraits géants en « parfaite communion » avec le pape. Ce dernier a résumé d’une phrase les maux de l’Afrique, qui, selon lui, souffre de manière « disproportionnée » : « Face à la souffrance ou à la violence, la pauvreté ou la faim, la corruption ou l’abus de pouvoir, un chrétien ne peut pas demeurer silencieux. » « Les gens demandent réconciliation, justice et paix, a assuré le pape, qui a repris là les thèmes du prochain synode consacré à l’Afrique, en octobre. C’est ce que l’Eglise leur offre. Non pas de nouvelles formes d’oppression économique ou politique, non pas l’imposition d’un modèle culturel qui ignore le droit des enfants non nés, non pas les rivalités amères entre ethnies ou entre religions, mais (...) la paix et la joie du Royaume de Dieu. »

Comme il le fait à chacun de ses déplacements, le pape devait s’adresser aux évêques locaux, mercredi en fin de matinée, et balayer avec eux les spécificités de l’Eglise sur place : concurrence avec les « sectes » et les mouvements ésotériques, mode de vie et formation des prêtres, liturgie... Il devait mettre en avant le rôle « missionnaire » et évangélisateur de l’Eglise.

Dans une allusion au célibat des prêtres, qui n’est pas toujours respecté à travers l’Afrique, Benoît XVI devait rappeler que le pasteur est avant tout « un homme de prière » et qu’il doit s’en tenir à « ses engagements pris lors de son ordination ». S’agissant de la liturgie, particulièrement vivante et festive en Afrique, le pape devait appeler à une « dignité des célébrations » pour une meilleure « communion avec Dieu ».

Stéphanie Le Bars

* Article paru dans le Monde, édition du 19.03.09. LE MONDE | 18.03.09 | 15h06 • Mis à jour le 19.03.09 | 09h29


« LE DOGME PLUS IMPORTANT QUE LA VIE DES AFRICAINS »

Les déclarations du pape « pourraient anéantir des années de prévention (...) et mettre en danger de nombreuses vies humaines », a estimé, mardi 17 mars, la ministre belge de la santé, Laurette Onkelinx, « consternée ». L’opposition de Benoît XVI au préservatif « signifie que, pour lui, le dogme religieux est plus important que la vie des Africains », a déclaré Rebecca Hoddes, responsable de Treatment action campaign, une organisation sud-africaine anti-sida. Un fonctionnaire camerounais ajoute : « Ce que dit le pape est un idéal pour l’Eglise, mais il devrait regarder la réalité ; on a besoin de préservatifs pour prévenir le sida et contrôler les naissances. » - (AFP, AP.)


 Nombreuses condamnations après les propos du pape sur le préservatif

Le Quai d’Orsay s’est joint, mercredi 18 mars, aux nombreuses contestations d’associations et d’hommes politiques après les propos du pape Benoît XVI contre l’usage du préservatif. Entamant un voyage en Afrique le pape a déclaré, mardi, que « l’on ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs » mais qu’« au contraire [leur] utilisation aggrave le problème ».

« La France exprime sa très vive inquiétude devant les conséquences de ces propos de Benoît XVI », a déclaré à la presse le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Eric Chevallier. « S’il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la doctrine de l’Eglise, nous estimons que de tels propos mettent en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine », a-t-il poursuivi.

L’ancien premier ministre Alain Juppé (UMP), a lui jugé, un peu plus tôt, au micro de France Culture, que Benoît XVI vivait « dans une situation d’autisme total ». « Ce pape commence à poser un vrai problème », a-t-il déclaré, rappelant la réintégration de Monseigneur Williamson – négationniste – et l’excommunication, au Brésil, de la mère d’une fille de 9 ans ayant avortée après un viol. « Aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c’est d’abord une contrevérité et c’est inacceptabe pour les populations africaines et pour tout le monde », a-t-il poursuivi.

« DES PAROLES GRAVISSIMES »

« Il y en a assez maintenant de ce pape », a quant à lui déclaré Daniel Cohn-Bendit sur France Info. Relevant que « tout le monde sait l’immensité du problème du sida en Afrique », le chef de file du rassemblement Europe-Ecologie aux européennes a estimé que les propos du pape constituaient « presque un meurtre prémédité ».

Le directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Michel Kazatchkine, a demandé « au pape de retirer ses propos » sur le préservatif, qu’il juge « inacceptables ». « C’est une négation de l’épidémie », a-t-il poursuivi.

« Très clairement ce sont des paroles gravissimes quand on voit l’impact que ce type de message peut avoir en Afrique où vivent les deux tiers des personnes séropositives », a estimé Béatrice Luminet, une responsable de la prévention de la pandémie de Médecins du monde. « Nous sommes très en colère car ce sont des années de travail qui sont remises en cause et surtout ce sont des millions de gens qui vont être contaminés à cause de ces déclarations, c’est totalement en contradiction avec l’un des messages principaux de l’Eglise : le respect de la vie », a-t-elle poursuivi.

« ÉDUCATION » ET « RESPONSABILITÉ »

« Le pape vit-il au XXIe siècle ? », s’est par ailleurs interrogée une ONG camerounaise. « Le pape doit savoir que la chair est faible. Le pape ne savait-il pas en arrivant au Cameroun que les personnes séropositives y représentent un nombre important de la population ? », a demandé Alain Fogué, du Mouvement camerounais pour le plaidoyer à l’accès aux traitements.

« Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l’Eglise catholique envers le problème du sida », a rappelé à Yaoundé le porte-parole du Vatican Federico Lombardi. Le pape Benoît XVI « a mis l’accent sur l’éducation à la responsabilité », a-t-il expliqué. L’Eglise estime que « développer une idéologie de confiance dans le préservatif n’est pas une position correcte » car elle ne met pas l’accent sur « le sens des responsabilités », a précisé le porte-parole.

Enfin, Christine Boutin, ministre du logement, a tenu à prendre la défense du Pape sur RTL. La ministre du logement, Christine Boutin, a assuré que ce n’est « pas drôle de mettre le préservatif quand on fait l’amour » en affirmant qu’il ne fallait pas attendre du pape « qu’il dise qu’il faut mettre le préservatif ». En matière de préservatif, « chacun fait comme il peut et comme il veut », a toutefois ajouté Mme Boutin.


 « Beaucoup de prêtres pensent que Benoît XVI n’est pas intéressé par l’Afrique »

Entretien avec l’écrivain et journaliste Serge Bilé

Né en Côte d’Ivoire, l’écrivain et journaliste Serge Bilé s’est fait connaître par des livres qui ont souvent suscité la polémique, comme Noir dans les camps nazis. Il vient de publier Et si Dieu n’aimait pas les Noirs : enquête sur le racisme au Vatican. Serge Bilé se joint aux nombreuses contestations d’associations et d’hommes politiques à la suite des propos du pape, mardi 17 mars, contre l’usage du préservatif.

Comment avez-vous réagi aux propos de Benoît XVI, qui déclare que « l’on ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs » mais que « au contraire [leur] utilisation aggrave le problème » ?

Je suis atterré et je pense que tout le monde partage mon point de vue... Même Alain Juppé, qui est un fervent catholique, l’a dénoncé ! Je trouve encore pires les explications de Monseigneur Di Falco, qui dit que la presse a fait un raccourci et que le pape dénonçait en fait la pratique, dans certains pays, de réutiliser plusieurs fois les mêmes préservatifs. J’ai l’impression qu’il nous prend pour des attardés mentaux en Afrique ! Qui peut imaginer ce genre de choses avec toute la prévention faite sur le continent...

Le sida est un drame sur le continent. Mais quand le pape se rend en Afrique, il semble que la seule chose dont il veut parler, c’est le sida. Pourquoi continuer à accoler, constamment, la maladie au continent ? Sans la minimiser, il y a énormément d’autres choses dont il pourrait parler. Pourquoi ne retenir que le sida alors qu’il y a une population dynamique, qui se bat et qui essaie d’inventer son avenir. Cela véhicule une très mauvaise image d’un continent, une image que l’Eglise a contribué à véhiculer et ça me gêne.

Comment vont être perçus les propos du pape sur le préservatif par la population africaine ?

Cela n’aura aucun écho : les Africains ne vont pas attendre que quelqu’un qui vient de l’extérieur leur dise comment se comporter au quotidien, y compris dans leur réalité sexuelle. Cela n’aura aucune incidence, mais ça n’en est pas moins grave. Le pape est dans son rôle en allant en Afrique, mais je m’étonne qu’il ait attendu quatre ans pour s’y rendre. Son prédécesseur s’y était rendu treize fois. Aujourd’hui, beaucoup de prêtres africains pensent que Benoît XVI n’est pas intéressé par l’Afrique et que le Vatican s’oriente plus vers l’Asie et la Chine, un énorme vivier de gens à évangéliser. L’Eglise africaine, qui est à l’heure actuelle celle qui connaît la plus forte progression, reste la plus malmenée. Nous n’avons qu’une vingtaine de cardinaux pour toute l’Afrique, l’Italie en possède le double à elle seule. Les prêtres africains qui se retrouvent à Rome ne sont pas toujours bien perçus, il y a une forme de discrimination qui existe : dans la répartition des portefeuilles notamment, des évêques européens sont en poste en Afrique, la réciproque n’est pas vraie.

Dans votre livre, vous allez jusqu’à parler d’une « tradition raciste » au Vatican.

Cela remonte aux origines de l’Eglise. Il y a d’abord la malédiction de Cham, le fils de Noé, condamné à l’esclavage pour avoir vu la nudité de son père. Ce passage de la Bible a servi, pendant des siècles, à légitimer l’esclavage, faisant des Africains les descendants de Cham. De même, on a longtemps raconté au sein de l’Eglise catholique que le Noir était non pas à l’image de Dieu mais du diable. Un saint noir, comme saint Maurice, était systématiquement représenté sous les traits d’un Blanc. Bien sûr, toute cette tradition s’est diluée au fil des siècles. Depuis Vatican II, on ne peut plus parler de racisme officiel. Pourtant certaines traces de discrimination persistent. A l’université du Vatican, à Rome, il faut parfois dix à douze ans à un professeur africain pour qu’il puisse enseigner. Il n’en faut pas plus de trois pour un prêtre européen. L’Eglise est humaine, elle comporte en son sein des gens capables de ça.

Propos recueillis par Thibaud Vuitton

LEMONDE.FR | 18.03.09 | 19h23 • Mis à jour le 19.03.09 | 10h02


 Edito du Monde : Le pape et le sida

« Face à la souffrance ou à la violence, la pauvreté ou la faim, la corruption ou l’abus de pouvoir, un chrétien ne peut pas demeurer silencieux. » En arrivant, mardi 17 mars, à Yaoundé (Cameroun), pour son premier voyage en Afrique, Benoît XVI a parlé d’or. D’emblée, le pape a observé justement que « l’Afrique souffre de manière disproportionnée ». Dommage qu’il ait préalablement prononcé, dans l’avion qui le conduisait dans ce continent ravagé par le sida et mille autres fléaux, d’autres mots qui ruinent cette parole.

Pour la première fois depuis le début de son pontificat, il y a quatre ans, Benoît XVI a explicitement parlé du sida. « On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs, a déclaré aux journalistes l’évêque de Rome. Au contraire, cela augmente le problème. » Nul n’a jamais prétendu que le préservatif était « la » solution pour lutter contre le sida. Mais affirmer qu’il aggrave la pandémie est gravissime et irresponsable. Son prédécesseur Jean-Paul II n’avait jamais été aussi loin.

Il faut rappeler ici quelques chiffres. Selon le rapport annuel de l’ONU sur le sida, 33 millions de personnes dans le monde vivaient en 2007 avec le VIH, dont 22 millions (contre 20,4 millions en 2001) pour la seule Afrique subsaharienne. Sur ces 22 millions, on compte 12 millions de femmes de plus de 15 ans et 1 800 000 enfants. Sur les 2 millions de personnes qui sont mortes du sida en 2007, les trois quarts habitaient l’Afrique subsaharienne.

Depuis l’apparition de la maladie, le Vatican s’en est toujours tenu à un unique credo, celui de l’abstinence. En prônant une « humanisation de la sexualité », Benoît XVI en a appelé à une plus grande responsabilisation, voyant sans doute dans le préservatif un moyen d’y échapper. Cette parole est une fuite devant la réalité, alors que l’écrasante majorité des organisations humanitaires, y compris catholiques, qui luttent contre le sida font du préservatif un des instruments privilégiés de la prévention. Les propos du pape sapent leur travail.

Loin de faire évoluer la position de l’Eglise, le pape la rigidifie. Cet épisode illustre un esprit de fermeture qu’un légitime attachement aux dogmes et à la parole de l’Eglise ne justifie pas. Il intervient après la levée de l’excommunication des évêques intégristes et la condamnation au Brésil - avec la caution du Vatican - de la mère d’une fillette qui a avorté après avoir été violée et dont la vie était en danger. Chez nombre de fidèles dans le monde entier, l’incompréhension grandit.

* Article paru dans le Monde, édition du 19.03.09. LE MONDE | 18.03.09 | 15h06 • Mis à jour le 19.03.09 | 09h29.


 Le pape effectue sa première visite en Afrique, « grande espérance de l’Eglise »

Stéphanie Le Bars

ROME ENVOYÉE SPÉCIALE

Le voyage en Afrique ne pouvait pas mieux tomber pour Benoît XVI. Durant une semaine, entre le Cameroun, où il devait arriver mardi 17 mars, et l’Angola, qu’il rejoindra le 20, le pape va pouvoir prendre ses distances avec les polémiques qui, depuis fin janvier, ont déstabilisé l’Eglise catholique et affaibli son autorité, notamment en Europe. Loin des controverses liées à la réhabilitation des évêques intégristes et du scandale provoqué par une excommunication contestée au Brésil, Benoît XVI va s’efforcer de réussir sa première visite sur le continent africain.

Outre le lancement du synode sur le rôle de « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », prévu en octobre à Rome, les enjeux ne manquent pas. Face à une déchristianisation structurelle dans les pays occidentaux, le pape est convaincu que « l’Afrique est la grande espérance de l’Eglise ». Peuplée pour moitié de jeunes de moins de 25 ans, berceau de nombreux baptêmes d’adultes chaque année - un phénomène en augmentation depuis vingt ans -, l’Afrique constitue toujours pour l’Eglise une terre potentielle d’évangélisation.

Au fil des discours qu’il doit prononcer à Yaoundé et à Luanda, lors de messes géantes, de rencontres religieuses et de rendez-vous politiques - le pape sera reçu par les présidents camerounais Paul Biya et angolais Jose Eduardo Dos Santos -, Benoît XVI devra trouver les mots pour conforter les communautés catholiques d’Afrique qui, bien que porteuses d’un réel dynamisme, n’en sont pas moins confrontées à de multiples fragilités.

Encore présente par l’intermédiaire de ses écoles ou de ses hôpitaux, l’Eglise catholique constitue parfois l’une des rares institutions solides dans des pays à l’administration vacillante. Elle jouit par ailleurs d’une image positive lorsqu’elle porte une voix d’opposition politique, comme dans le cas du cardinal camerounais Christian Tumi.

Mais, dans le même temps, le clergé africain n’échappe pas aux critiques liées à la corruption ; et certains diocèses sont en faillite pour cause de mauvaise gestion. En outre, le niveau de formation des nouveaux prêtres n’est pas toujours à la hauteur de la tâche et certains d’entre eux voient avant tout dans la carrière religieuse un moyen commode pour gagner l’Europe, qui recrute désormais sur ces anciennes terres de mission faute de vocations.

En Afrique, les catholiques souffrent aussi de multiples concurrences, contre lesquelles l’Eglise peine à trouver la parade. Confronté à une cohabitation plus ou moins conflictuelle avec l’islam selon les pays, le catholicisme pâtit surtout de la concurrence avec le protestantisme évangélique, qui laboure avec une grande efficacité les mêmes terres qu’elle.

Lors d’un synode consacré à La parole de Dieu, en octobre 2008 à Rome, les évêques africains avaient fait part de leur inquiétude face à ce phénomène. « La prolifération cancéreuse des sectes de tous genres et aux motivations les plus diverses a de quoi inquiéter », s’était alarmé l’archevêque congolais Mgr Monsengwo Pasinya. « Nombre de personnes, y compris parmi les fidèles catholiques, attirées par les promesses de guérison et une lecture fondamentaliste des textes se tournent vers les évangéliques », confirme un prêtre français bon connaisseur de l’Afrique. « Cela devrait obliger l’Eglise à adopter un nouveau langage, mais de ce point de vue elle n’est pas encore à la hauteur. » Face aux croyances traditionnelles, l’Eglise assure en revanche avoir fait des efforts. « L’importance des ancêtres a été prise en compte dans certains rites », assure, par exemple, le père Pierre-Yves Pecqueux des Œuvres pontificales missionnaires.

Sur un autre registre, alors que l’Afrique est ravagée par le sida (qui touche jusqu’à certains membres du clergé), il est peu probable que le pape profite de ce voyage pour infléchir la doctrine de l’Eglise, qui prône l’abstinence ou « le partenaire unique », et met en avant le rôle des institutions religieuses dans l’aide aux malades. Autre sujet tabou : la vie conjugale des prêtres africains, un phénomène répandu qui, au Cameroun, a donné matière à une chanson populaire affirmant « le bréviaire et la femme ne font pas bon ménage ». Recevant les évêques camerounais en 2006, le pape avait simplement rappelé « la nécessité d’une vie chaste vécue dans le célibat ».

Aux yeux du Vatican, et de certains fidèles, les priorités de l’Eglise en Afrique sont ailleurs. C’est le sens du document de travail (instrumentum laboris) préparé dans la perspective du synode d’octobre que le pape remettra aux évêques africains à Yaoundé le 19 mars. Ce programme devrait notamment conforter l’Eglise dans son rôle social, notamment sa présence auprès des plus pauvres.

« Face aux nombreux foyers de tension, le pape doit aussi dire quelque chose », plaide par ailleurs le cardinal Tumi. Mais, même s’il apparaît soucieux de voir promues la « réconciliation, la justice et la paix » sur un continent régulièrement déchiré par les guerres, le pape mettra-t-il le pied sur le terrain politique, jusqu’à dénoncer nommément les régimes autoritaires et les discriminations à l’égard des ethnies minoritaires ?

Stéphanie Le Bars

* Article paru dans le Monde, édition du 18.03.09. LE MONDE | 17.03.09 | 14h34 • Mis à jour le 17.03.09 | 14h34.

UNE EGLISE VIVANTE

Au Cameroun. Les premiers missionnaires chrétiens arrivés au Cameroun furent les protestants en 1844. Des religieux catholiques allemands s’y installèrent en 1890. 26 % des 17 millions de Camerounais sont catholiques.

L’Eglise compte 31 évêques et 1 226 prêtres et accueille 281 des 2 181 missionnaires français présents en Afrique ; elle dirige quelque 1 500 écoles, 28 hôpitaux, 228 dispensaires, 12 léproseries, 12 orphelinats.

En Angola. C’est là qu’a été créé le premier évêché de l’Afrique centrale en 1596. Le pays compte 55 % de catholiques parmi une population de 16 millions d’habitants. L’Eglise compte 27 évêques et 443 prêtres ; elle dirige 470 écoles et 23 hôpitaux.


Benoît XVI, un pape qui suscite la polémique

L’IVG et l’euthanasie

L’islam

Les racines chrétiennes de l’Europe

Le rôle de l’Eglise et le massacre des Indiens d’Amérique

La mémoire de la guerre civile espagnole

La théorie de l’évolution

L’attitude envers les juifs

Les traditionalistes

Le sida et la prévention

Le 7 mai 2005, moins de trois semaine après avoir pris la succession de Jean Paul II, Benoît XVI lève toute équivoque sur la question du « respect de la vie ». En prenant possession de la basilique Saint-Jean de Latran, à Rome, il condamne toute légalisation de l’interruption volontaire de grossesse et de l’euthanasie active, en déclarant dans son homélie que « la liberté de tuer n’est pas une vraie liberté, mais une tyrannie qui réduit l’être humain en esclavage ».

A la fin de l’année 2006, il condamne à nouveau l’euthanasie. A l’occasion de la prière de l’angélus précédant Noël, le 24 décembre 2005, il estime que « la naissance du Christ nous aide à prendre conscience de ce que vaut la vie humaine, la vie de tout être humain, de son premier instant à son déclin naturel ».

L’excommunication prononcée, le 5 mars, par un évêque brésilien contre la mère d’une fillette de 9 ans, enceinte de jumeaux à la suite d’un viol, et contre les médecins qui ont pratiqué l’avortement illustre que sa position n’a pas bougé d’un iota.

LEMONDE.FR | 18.03.09 | 15h30 • Mis à jour le 19.03.09 | 10h08

Mis en ligne le 19 mars 2009
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