Fuite de pétrole : 4.000 m3 dans une réserve naturelle du Sud, fin du pompage

MARSEILLE — Les opérations de pompage en surface de la nappe de pétrole qui s’est propagée vendredi, suite à une fuite dans un oléoduc survenue dans la réserve naturelle de Coussouls de Crau (Bouches-du-Rhône), ont pris fin samedi, a annoncé la préfecture de ce département.

Elles avaient débuté vendredi dans la matinée pour récupérer 4.000 m3 de pétrole brut qui se sont répandus après une fuite sur un oléoduc de la Société du Pipeline Sud-Européen (SPSE) reliant Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône) à l’Allemagne.

Un sondage sera réalisé dimanche matin pour évaluer la hauteur de terre touchée, préalable à l’excavation des 2 hectares de terrain pollué, a indiqué la SPSE.

L’alimentation en eau potable des communes riveraines n’est à ce stade pas menacée, a par ailleurs assuré la préfecture qui précise que les captages publics d’alimentation sont situés à plus de 4 km de la zone polluée. Une analyse qualitative des eaux de la nappe (évaluée à 9 m) doit être effectuée, précise-t-elle.

« Un suivi écologique du chantier est mené conjointement par le Centre d’Etude des Ecosystèmes de Provence (CEEP), gestionnaire de la réserve naturelle nationale, et les services de l’Etat afin de limiter les impacts environnementaux (sol, flore et faune) inhérents aux opérations de dépollution », ajoute la préfecture.

Plusieurs espèces protégées ont d’ores et déjà été touchées par l’incident, notamment le ganga cata (oiseau), le lézard ocellé, le criquet de Crau et le lichen crustacé, affirme la préfecture, selon qui « une évaluation précise des incidences environnementales de cette rupture de canalisation devra être réalisée ».

« On ne laissera pas ce crime écologique impuni », a déclaré Benjamin Kabouche ajoutant que la LPO allait porter plainte une fois l’étendue des dégâts examinée.
« Nous allons prendre le temps d’une analyse juridique fine de la situation parce que dans ces cas de pollution, comme celui (du pétrolier) Erika, il faut tenir en justice pendant cinq ou dix ans », a-t-il expliqué en estimant que « le droit ne passera pas avant un long moment » sur cette pollution du fait « du caractère stratégique de ce projet pour l’Etat ».

Il a également mis en avant la difficulté de « chiffrer les préjudices écologiques touchant le vivant non-commercial ».

« Nous ne sommes pas du tout rassurés sur le tracé de ce pipeline qui traverse la moitié de la France et passe essentiellement par des espaces naturels », a-t-il également indiqué.

Cette fuite rappelle « l’urgence et la nécessité de la mise en place de systèmes de sécurité renforcés, notamment sur des zones situées près du littoral », selon Greeenpeace qui a dénoncé « la piètre prise en compte et gestion des risques industriels en amont par les autorités françaises. »

Le représentant des Bouches-du-Rhône du parti écologiste Cap 21, Achim Gertz, a exprimé sa crainte face aux risques encourus par la « nappe phréatique de 500 km2, unique elle aussi », en raison notamment des pluies annoncées et le ruissellement de ces eaux à travers la terre polluée.

La réserve de Coussouls de Crau, large de 7.400 hectares, et qui s’étend sur sept communes, est la dernière steppe sèche d’Europe. Vendredi, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno, venue constater les dégâts sur place, a dénoncé un « vrai désastre écologique ».