Vers la fin du dernier Cossoul d’Europe ? La Crau (Bouches-du-Rhône) voit son espace naturel à nouveau réduit

, par DACHY Yves

Ancien delta de la Durance, la Crau est un immense dépôt de galets déposés à l’est de la Camargue. La circulation d’eaux chargées en calcaire a soudé les pierres, formant une dalle semblable à du béton (Poudingue). Cette steppe aride (cossoul), est pourtant d’une étonnante richesse faunistique : on y observe plusieurs oiseaux devenus endémiques de la Crau où ils sont relativement protégés, confondant par des trésors de mimétisme leurs œufs et leurs jeunes avec les galets multicolores. 95 % des faucons crécerellettes de France, petit rapace se nourrissant d’insectes, se trouvent en Crau ! On trouve encore 48 espèces de criquets ! L’une n’existe que dans ce site relique. La Crau est ainsi depuis au moins 4000 ans, toujours entretenue par un pacage régulier.

Il ne reste aujourd’hui que le quart de la Crau historique, attaquée par des installations industrielles, l’agriculture intensive pompant sans gêne l’eau de la nappe fossile sous-jacente nécessaire aux villes voisines, et de désastreuses tentatives d’arboriculture. Que dire du gigantesque dépôt des ordures de Marseille, formant un mont visible de loin, sur la Crau près de Arles ? L’action des nazis faisant ériger en 1943 des empilements de galets contre les atterrissages clandestins avaient modifié le site. Le creusement imprudent de canaux alors que la nappe affleure à 7 m, la pose d’un oléoduc traversant le site et divers projets industriels et de routes, montrent tout le cas que les gouvernements successifs ont faits de la Crau.

Garder la Crau ou laisser couler le pétrole

Le 7 août, 4000 m3 de pétrole brut ont jailli de l’oléoduc reliant Fos-sur-Mer à l’Allemagne, oléoduc construit avant l’installation de la Réserve de Coussouls-de-Crau. Après pompage du pétrole répandu, c’est deux hectares de terrains pollués qui vont être excavés. Plusieurs espèces rares ont déjà été touchées selon la LPO. La Ligue pour la Protection des Oiseaux étudie avec soin la possibilité de porter plainte car, dit son porte-parole : « Dans ces cas de pollution, comme celui de l’Erika, il faut tenir en justice pendant 5 ou 10 ans ».

« C’est incompréhensible »

La Réserve de Cossouls-de-Crau (7400 hectares) est la dernière steppe sèche d’Europe. Pourtant l’Etat parle du « caractère stratégique de l’oléoduc » [surtout pour la Société qui l’exploite] lequel traverse essentiellement des espaces naturels jusqu’en Allemagne ! Descendu de Paris en chemise-cravate et mocassins pour gérer la crise, le PDG de la SPSE explique : « Le tuyau en acier s’est déchiré brutalement sur 2 m de long … L’acier utilisé est prévu pour résister à de fortes pressions … C’est incompréhensible ». On sait que la droite n’aime pas les entreprises de protection des biotopes et préfère les entreprises lucratives. Ce que confirme la volonté du gouvernement de réduire les subventions déjà insuffisantes allouées aux Réserves naturelles.

P.-S.

* Article paru dans MOTIVE(es), mensuel du NPA-34, n° 95, Septembre 2009. Modifié pour ESSF.