Note sur la politique de protection de la « savane » au parc des Beaumonts (Montreuil, 93)
25 septembre 2009
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Note en guise de postface : la rambarde Ă©voquĂ©e ci-dessous Ă©tait discrète, posĂ©e en retrait du chemin de ronde, laissant libertĂ© au regard d’embrasser le paysage... C’est-Ă -dire fort diffĂ©rente de celle qui a finalement Ă©tĂ© construite. On tentera de faire ultĂ©rieurement le point sur ce problème.


On appelle « savane » le centre de la « zone naturelle » du parc des Beaumonts, Ă  Montreuil (93), c’est-Ă -dire la friche (au sens noble du terme) qui se trouve Ă  l’intĂ©rieur du « chemin de ronde » crĂ©Ă© lors de « l’amĂ©nagement doux » de 1998.

La savane constitue l’un des plus importants Ă©lĂ©ments qui assurent au parc des Beaumonts sa richesse biodiversitaire et sa variĂ©tĂ© paysagère comprenant : friche du talus, mares, boisements en bordure de plateau et sur les coteaux, pelouses… Mais, avec les mares, c’est aussi l’un des plus fragiles. Milieu instable, elle est pĂ©riodiquement en danger de se dĂ©grader et de perdre ce qui fait son intĂ©rĂŞt. Des mesures trop temporaires ont Ă©tĂ© prises jusqu’à maintenant pour la protĂ©ger ; malheureusement, nous atteignons Ă  nouveau un point critique dans son Ă©volution.
Cette note a pour but de prĂ©senter Ă  quels choix nous sommes confrontĂ©s en matière de protection de la savane, en retraçant (partiellement) Ă  cette fin l’historique des politiques antĂ©rieures et en concluant sur quelques propositions. Vu la question traitĂ©e, la marie, qui a la responsabilitĂ© de la gestion du parc municipal et, en particulier, de sa « zone naturelle », en est Ă©videmment la première destinataire. Mais cette note s’adresse aussi Ă  toutes celles et Ă  tous ceux Ă  qui l’avenir de parc importe.

 Importance et fragilitĂ© de la savane

La savane (ainsi que la friche qui s’étend plus au nord sur le talus) prĂ©sente une vĂ©gĂ©tation que l’on trouve rarement dans des parcs urbains, combinant arbustes, buissons et ronciers ; graminĂ©es, herbes hautes, courtes ou rases… Elle ne devrait en principe pas contenir d’arbres, ou très peu, et devrait prĂ©senter un aspect en « damier » : celui d’un puzzle de niveaux variĂ©s de vĂ©gĂ©tation offrant des habitats Ă  des espèces qui ont besoin de terrains dĂ©nudĂ©s, de prairie ou d’un espace « aĂ©rĂ© » mais foisonnant pour nicher ou se nourrir... Comme toute la « zone naturelle », elle doit ĂŞtre traitĂ©e sans les intrants chimiques habituels et permettre Ă  une riche population d’insectes et d’araignĂ©es de se dĂ©velopper – pour leur propre bien et, aussi, au bĂ©nĂ©fice de leurs prĂ©dateurs naturels : oiseaux insectivores, petits mammifères (de la chauve-souris au hĂ©risson)…

Grâce Ă  ce type de couverture vĂ©gĂ©tale et Ă  sa position centrale dans la « zone naturelle », la savane a de multiples fonctions. Elle offre un magnifique garde-manger particulièrement prĂ©cieux en hiver. A l’automne et au printemps, elle est recherchĂ©e par des migrateurs en quĂŞte d’un endroit oĂą se reposer et reprendre des forces pour poursuivre leur long pĂ©riple. A l’heure de la nidification, elle accueille une bonne partie des espèces les plus originales, les plus « campagnardes » des Beaumonts – c’est vrai pour les oiseaux, mais aussi pour les insectes et (encore imparfaitement) pour les plantes. Elle sert de refuge, « d’arrière-pays », et de rĂ©serve de nourriture Ă  des espèces plus usuelles venues du parc classique ou du voisinage, ainsi qu’à d’autres espèces, elles aussi rares en milieu urbain et venues cette fois de la zone humide : des libellules aux batraciens en passant par des oiseaux de roselières. Elle permet l’installation des plus gros mammifères apprenant Ă  frĂ©quenter les espaces urbanisĂ©s (une famille de renards…).

Sur le plan paysager, la savane offre au regard un « horizon interne », « bucolique », qui donne Ă  la « zone naturelle » sa « profondeur de champ », effaçant Ă  la vue ou faisant oublier les immeubles alentour. Elle constitue un « pĂ´le de calme » qui irradie et qui explique que l’on puisse entendre la nature aux Beaumonts : chants d’oiseaux, vent dans les roseaux, bruissement des feuilles…

La savane est un cĹ“ur du site. La protĂ©ger, ce n’est pas « l’exclure » du bien commun (comme une rĂ©serve hors d’atteinte). C’est au contraire lui permettre de continuer Ă  jouer durablement son rĂ´le : on peut jouir d’un espace sans y entraĂ®ner son chien, sans l’occuper en famille des heures durant ou sans y faire un tour en vĂ©lo ! Or, la savane est en danger permanent, sous la pression de deux tendances lourdes.

La première tendance lourde qui menace la savane (et plus gĂ©nĂ©ralement la friche), c’est l’évolution spontanĂ©e de la couverture vĂ©gĂ©tale. Elle tend d’une part Ă  se boucher, les espaces de vĂ©gĂ©tation rase Ă©tant occupĂ©s par broussailles et ronciers. Elle est aussi progressivement envahie par les arbres – en particulier le robinier ou l’érable, deux essences exotiques et très « coloniales », expansives.
La seconde tendance lourde concerne l’occupation humaine. Sans protection, explications et prise de conscience, elle ne cesse d’augmenter jusqu’à devenir omniprésente et permanente. Il ne s’agit pas que de pique-niques, mais aussi de moto-cross (qui opèrent déjà au parc Mabille), de Quads (on en a vu), de groupes de VTT, de flots de joggers, de construction de cabanes, de tentes, de bivouacs, de feux mal éteints…

Compte tenu de ces deux tendances spontanĂ©es, le « laisser-faire » aboutit nĂ©cessairement Ă  une modification radicale du milieu et Ă  sa banalisation : un boisement dominĂ© par des essences par ailleurs peu intĂ©ressantes, avec quelques clairières Ă  pique-nique et un rĂ©seau de pistes de moto-cross. La disparition de la savane rĂ©duirait considĂ©rablement l’attrait de la zone humide pour les espèces rares en milieu urbain et affecterait tout son pourtour. Adieu la biodiversitĂ©, le mystère et la poĂ©sie, le puit de silence…

Etant plus sensibles au dĂ©rangement que les insectes (ces derniers pouvant affectionner les espaces piĂ©tinĂ©s), les oiseaux sont de bons indicateurs de l’évolution de la biodiversitĂ© des Beaumonts. Il y a matière a satisfaction, avec le maintien de la nidification des fauvettes des jardins ou grisettes, le retour semble-t-il du pouillot fitis, la prĂ©sence de la fauvette effarvatte et la poule d’eau dans la zone humide. Le bruant des roseaux a manifestĂ© un intĂ©rĂŞt nouveau pour le site, sans malheureusement conclure encore… Mais on a perdu les espèces nichant Ă  terre (alouette des champs et pipit farlouse) et mĂŞme, pour l’heure du moins, notre oiseau emblĂ©matique : le tarier (traquet) pâtre. La prĂ©sence du Bruant zizi est très rĂ©duite par rapport Ă  ce qu’elle fut. Le serin cini (qui se nourrit Ă  terre) est lui aussi beaucoup moins nombreux qu’hier. Il n’est pas toujours facile de dĂ©terminer ce qui relève de facteurs locaux ou de tendances rĂ©gionales, mais la densification de la vĂ©gĂ©tation et l’augmentation des dĂ©rangements humains et canins (sans oublier la pression fĂ©line des chats…) sont certainement en cause.

Des situations critiques sont apparues Ă  plusieurs reprises depuis la crĂ©ation de la « zone naturelle » voilĂ  quinze ans. C’est Ă  nouveau le cas aujourd’hui, malgrĂ© des efforts notables et louables consentis ces deux dernières annĂ©es par le service des espaces verts pour bloquer la « fermeture » et l’emboisement de la friche. Pour discuter des choix en matière de protection de la friche, il faut partir de ce constat : un point d’équilibre satisfaisant n’a pas Ă©tĂ© atteint malgrĂ© des mesures qui furent, parfois, importantes.

On peut choisir une protection entièrement « naturelle » de la friche (le projet initial) ou s’aider d’une rambarde (le projet actuel). La vraie question n’est pas ce que nous – association Beaumonts-Nature en ville (BNeV), usagers du site…– souhaitons, mais les moyens que la mairie est prĂŞte Ă  mettre. Il est en effet important de mesurer l’écart entre ce qui est souhaitable et ce qui est possible. Seule la mairie peut rĂ©pondre Ă  cette question.

 Le choix de la protection « naturelle »

Le choix de la protection « naturelle » de la savane n’a rien d’une idĂ©e neuve ! C’était la conception initiale. Nous Ă©tions toutes et tous (moi le premier), avec le Cepage (le cabinet Ă©cologue qui suivit la crĂ©ation de la « zone naturelle »), contre les barrières artificielles et pour le choix d’une protection « naturelles ». Elle a donc Ă©tĂ© mise en Ĺ“uvre avec notre soutien plein et entier. Elle se solde aujourd’hui par un Ă©chec. Pourquoi ? Et Ă  quelles conditions cette politique aurait-elle pu rĂ©ussir ?

Cette politique a Ă©tĂ© initialement mise en Ĺ“uvre en grand. En plus d’une haie composite, le pĂ©rimètre de la savane devait ĂŞtre protĂ©gĂ© par le Ru reliant les mares le long du chemin des orchidĂ©es en constituant un fossĂ© humide difficile Ă  franchir. Des boisements denses faisaient barrière cĂ´tĂ© rue des 4-Ruelles. Trois emplois-jeunes (le statut prĂ©caire de l’époque) de « gardiens-animateurs » se relayaient, y compris les week-ends, pour suivre le site, « jardiner », communiquer avec les usagers, animer des visites…

Le projet a effectivement pris forme. Il a convaincu une bonne partie des habituĂ©s du parc, dont un certain nombre se sont activement impliquĂ©s pour limiter la pĂ©nĂ©tration humaine de la savane, etc. C’est important de le noter : l’option initiale Ă©tait Ă  la fois souhaitable, populaire et viable. Mais Ă  quelles conditions pouvaient-elle durablement rĂ©ussir ? On peut aisĂ©ment rĂ©pondre Ă  cette question en dĂ©crivant l’échec de l’expĂ©rience.

1. La nécessité de moyens et d’un entretien permanent des défenses naturelles

Le Ru devait relier les trois mares et une pompe devait mĂŞme permettre de rapporter de l’eau de la mare de Brie Ă  la mare perchĂ©e. Il n’y a jamais eu assez d’eau pour maintenir le circuit en circulation. La zone humide n’a pas Ă©tĂ© entretenue et s’est bouchĂ©e en divers endroits ; elle a Ă©tĂ© envahie par une vĂ©gĂ©tation « banale ». Elle a cessĂ© de constituer un obstacle naturel Ă  la pĂ©nĂ©tration de la savane. [Soit dit en passant, il serait bon de rediscuter de la zone humide : veut-on reprendre le projet initial de mares reliĂ©es par un ru ? Si oui, on sait qu’il faut un entretien actif…]

La haie Ă©tait « trouĂ©e » de passages en divers endroits. On a essayĂ© de boucher les trouĂ©es les plus menaçantes avec des branches et ronces, voire des pierriers. Pour ma part, je me suis particulièrement attachĂ© Ă  clore par un enchevĂŞtrement de bois mort le sentier qui partait de la butte aux pâtres vers la mare perchĂ©e. Pour le plus grand ravissement de ceux qui faisaient le soir du feu sur le flanc de la butte : grâce Ă  moi, ils avaient une rĂ©serve de bois Ă  portĂ©e de main, rĂ©gulièrement reconstituĂ©e durant la journĂ©e ! Tout cela n’a donc pas suffi.
L’incendie de 2002 a dĂ©truit la haie, qu’il a fallu replanter. Mais la pousse prend plusieurs annĂ©es… et laisse beaucoup de trouĂ©es. Des barrières artisanales ont Ă©tĂ© installĂ©es en quelques endroits stratĂ©giques, mais elles Ă©taient trop fragiles. Il n’y a pas de dĂ©gradations systĂ©matiques, mais des destructions « perlĂ©es ». Le « balcon » de la mare de Brie semble avoir Ă©tĂ© brisĂ© par des ivrognes. Les autres ont Ă©tĂ© « rognĂ©es » ou contournĂ©es. D’autres encore ont Ă©tĂ© Ă  leur tour utilisĂ©e comme bois de chauffe (ce qui vient d’arriver Ă  l’enclos du compost… oĂą poussaient de sympathiques champignons de bois qu’AndrĂ© Lantz venait de photographier). Il faut donc construire solide et ĂŞtre prĂŞt Ă  remplacer rĂ©gulièrement (parfois aussi prĂ©fĂ©rer la pierre : voir l’autre enclos Ă  compost).

Au final, la savane s’est surtout protégé elle-même, en poussant densément, rébarbativement, avec des broussailles, épineux et ronciers peu accueillants. Mais cela s’est fait aux dépens de la variété de la couverture végétale et du maintien d’espaces de végétation rase indispensables à la biodiversité.

Dans la situation actuelle, on est face Ă  une contradiction permanente. Soit, on « ouvre » la friche pour Ă©viter son Ă©touffement et son uniformisation, et on crĂ©e un redoutable appel d’air pour l’occupation humaine et canine. Soit, on la laisse ĂŞtre aussi rĂ©barbative que possible pour rĂ©duire la pĂ©nĂ©tration, et elle perd une grande part de sa richesse...

Pour jouer sa fonction protectrice, une haie circulaire exige une intervention régulière (planter là où des trouées se forment…) et n’évite pas la nécessité de barrières aux endroits les plus stratégiques (butte, mare perchée…) solidement construites.

2. La nécessité d’un personnel qualifié agissant dans la durée

La présence humaine est essentielle à la réussite d’une politique de protection naturelle. Elle peut s’appuyer sur la participation des habitués les plus actifs du parc. Mais ce sont les employés de la mairie qui en constituent le pivot.

Premier problème : le nombre d’employĂ©s. Au dĂ©but, trois « gardiens-animateurs » Ă©taient sur le site. Ce n’était pas vraiment suffisant pour assurer une prĂ©sence 7 jours sur 7, peut-ĂŞtre Ă  cause de leur statut (les emplois jeunes avaient droits Ă  des stages de formation…). Mais on peut dire qu’à moins de trois (et si possible quatre), il est inenvisageable d’assurer une prĂ©sence active et continue.

Deuxième problème : la tension psychologique. Intervenir pour protĂ©ger la friche demande de la psychologie et du calme. Cela se passe souvent bien, beaucoup de gens Ă©tant prĂŞts Ă  entendre les arguments. Mais il y a toujours des rĂ©calcitrants grossiers et provocateurs – qui souvent posent la question d’autoritĂ© : « en quel nom intervenez-vous » (pour des gens comme moi qui ne sont en rien « officiels »)... Moi-mĂŞme je m’abstiens d’intervenir quand je suis trop fatiguĂ© ou irritĂ©, de peur que cela ne se termine en prise de bec.

Il faut savoir parler au père de famille Ă  l’écart des enfants pour qu’il ne se sente pas obligĂ© de faire le fanfaron devant sa progĂ©niture. Autant il peut ĂŞtre facile de discuter individuellement avec un ado, autant en groupe, cela peut ĂŞtre problĂ©matique. Il y a la figure du Viril InsĂ©cure (« c’est pas une meuf qui va me dire ce que je dois faire… ») ou du Rebel sur le retour, celle du Grand PersĂ©cutĂ©, de l’IntrĂ©pide Explorateur qui se doit de pĂ©nĂ©trer aux trĂ©fonds de la brousse, de l’Asocial RĂ©barbatif, du Raisonneur qui aligne une impressionnante succession de mauvaises raisons autojustificatives… A la longue, c’est usant, malgrĂ© les encouragements reçus de beaucoup d’autres personnes. Il faut une Ă©quipe pour durer…

Troisième problème, la multi-qualification. Contrairement Ă  ce que d’aucuns pourraient croire, le travail Ă  accomplir sur le site est complexe et demande pas mal de qualitĂ©s. Il faut des qualitĂ©s psychologiques (voir le point prĂ©cĂ©dent) et pĂ©dagogiques, envers les enfants en particulier. Il ne s’agit pas avant tout de « policer » les dĂ©placements, mais d’animer. Plus on apprend aux gens Ă  « voir » les richesses du site et plus ils comprennent les restrictions. Le versant pĂ©dagogique est d’ailleurs l’une des composantes essentielles du projet initial, avec les versants « biodiversitĂ© » et « paysager »â€¦ Il faut apprendre Ă  connaĂ®tre les lieux dans le dĂ©tail, mais aussi rencontrer les professeurs ou animateurs des quartiers environnants…

Le suivi d’un site comme celui-ci doit aussi ĂŞtre très rĂ©actif : Qu’est-ce qui pousse, qui doit ĂŞtre favorisĂ© ou au contraire contenu, voire Ă©radiquĂ© ? Comment la faune Ă©volue-t-elle et quelles questions cela soulève-t-il ? Etc. Quels projets intĂ©grer et micro-espaces organiser ? Comment agir sans utiliser intrants chimiques habituels ? (C’est loin d’être toujours Ă©videmment comme en tĂ©moigne la difficultĂ© qu’il y a Ă  bloquer l’extension des robiniers.) Quelles nouvelles initiatives prendre (crĂ©er des pierriers-habitats pour micro-mammifères, actuellement trop peu nombreux ? prĂ©parer des panneaux explicatifs ? se prĂ©occuper de la prochaine journĂ©e municipale environnement ?…)

Enfin, il y a une routine physiquement fatigante, des poubelles aux travaux d’entretien ou d’aménagement (murets…).

Quatrième problème : former une Ă©quipe durable. Vu la diversitĂ© des tâches et savoirs en jeux, il faut constituer une Ă©quipe complĂ©mentaire dans ses formations et qui apprend pour une part sur le tas. Elle doit travailler dans la durĂ©e, pour apprendre Ă  connaĂ®tre le site et suivre son Ă©volution au fil des ans (les rythmes de la nature…).

Cinquième problème : le statut et la stabilisation de l’équipe. Le travail sur le site, s’il est effectuĂ© dans de bonnes conditions, est passionnant (du moins, il le serait Ă  mes yeux) : suivre tout un biotope complexe et son Ă©volution, lier des liens avec les usagers et transmettre.... Mais il y a un gouffre entre la nature du travail et sa reconnaissance professionnelle, sociale et financière. MĂŞme si on en est plus aux emplois jeunes, jamais il me semble la mairie n’a valorisĂ© cette activitĂ© comme elle le devrait. RĂ©sultat : les employĂ©s fichent le camp vers des emplois mieux rĂ©munĂ©rĂ©s et mieux reconnus. Le site devient le lieu d’un travail temporaire… On construit alors sur du sable. MĂŞme la mĂ©moire de ce qui s’est fait depuis l’amĂ©nagement initial de l’espace naturel n’existe pas Ă  la mairie, comme s’il cela n’était pas important.

3. La viabilité du choix préférentiel dépend de la mairie…

Une politique de protection « douce » et « naturelle » de la savane est souhaitable. Elle est virtuellement possible. L’est-elle concrètement ? Cela ne dĂ©pend pas pour l’essentiel d’une opinion des associations ou des usagers, mais des moyens que la mairie est prĂŞte Ă  mettre dans ce projet.

Le projet vaut le coup. Mais le nombre d’emplois spĂ©cifiques effectivement occupĂ©s est tombĂ© de trois Ă  un (dĂ©jĂ  sous l’ancienne Ă©quipe municipale) – et mĂŞme Ă  moins d’une quand Nathalie Ă©tait sollicitĂ©e sur Montreau ou autres lieux... La nouvelle Ă©quipe municipale nous dit qu’il est hors de question d’embaucher, mais rappelons que quand elle a Ă©tĂ© Ă©lue, il restait deux postes, dont un vacant. Maintenant, les deux postes sont vacants ! La question immĂ©diate n’est malheureusement pas celle de la crĂ©ation de nouveaux postes, mais d’éviter la suppression des postes actuellement vacants !

On en est au point oĂą depuis trois mois, l’alimentation de la mare en eau n’est plus gĂ©rĂ©e : c’est David Thorns et moi qui devons nous en prĂ©occuper. Mais notre prĂ©sence sur le site n’est pas assez frĂ©quente pour que nous puissions le faire bien ; du coup, soit le niveau de la mare baisse trop, soit il dĂ©borde Ă©pisodiquement...

Une solution envisagée est d’intégrer plus les jardiniers au suivi du site. Cela ne coule déjà pas de source (c’est un travail assez différent de l’habituel qui demande un vrai investissement en terme d’intérêt). Mais même dans le meilleur des cas, on ne va pas demander aux jardiniers d’assurer les relations avec les usagers, la présence constante, l’action pédagogique, etc.

Certains disent que la mairie va devenir riche avec le dĂ©blocage de nombreuses taxes professionnelles. Peut-ĂŞtre, si cela est vrai, deviendra-t-il possible d’embaucher une Ă©quipe pour porter le projet des Beaumonts. Sinon, ce n’est pas la peine de proposer la politique de protection « purement naturelle » : il n’y aura pas les moyens de la mettre en Ĺ“uvre…

Notons en passant que le manque d’argent (bien que rĂ©el) n’explique pas tout. Il y en a eu pour construire un espace de loisirs « acrobranchage » au parc Montreau. La question des prioritĂ©s se pose donc.

 UtilitĂ© et limites de la rambarde

La construction d’une rambarde n’est pas une panacĂ©e, mais permet de rĂ©pondre en partie Ă  des problèmes notĂ©s ci-dessus : elle serait beaucoup plus « consistante » que la seule haie et beaucoup plus solide que des barrières artisanales et bricolĂ©es ; son entretien s’imposerait mieux dans le cahier des charges du site ; elle rĂ©duirait effectivement considĂ©rablement la pĂ©nĂ©tration humaine de la savane ; elle permettrait de « visualiser » le pĂ©rimètre le plus protĂ©gĂ© que les usagers ne « voient » pas actuellement ; ce faisant, elle servirait de point d’appui Ă  l’explication des mesures de protection et aussi de support Ă  l’animation pĂ©dagogique ; elle permettrait Ă  une Ă©quipe mĂŞme trop rĂ©duite de « gestionnaires-animateurs » d’être efficace (avec notre aide).

Bien entendu, elle suscitera des rejets. Mais le site est assez grand pour offrir des espaces diversifiés en dehors de la savane centrale. De nombreux usagers sont déjà convaincus de sa valeur biodiversitaire. Sa construction peut et doit s’accompagner d’une intervention collective (mairie, associations…) qui valorise le site et aide les usagers à en percevoir la richesse…

Je ne connais pas le dĂ©tail du projet de rambarde et certains aspects mĂ©ritent probablement d’être discutĂ©s (conception et emplacement des observatoires, comment la « fondre » dans la vĂ©gĂ©tation, hauteur suivant les lieux…). Mais, sauf Ă  mettre rĂ©ellement en Ĺ“uvre l’option discutĂ©e ci-dessus, elle apparaĂ®t indispensable.

Sans une mesure « forte », comme la rambarde, la savane va continuer Ă  Ă©voluer dans deux directions très dommageables dĂ©crites plus haut : elle va se boucher se boucher encore plus (emboisement…) au point que la friche totalement disparaĂ®tre et les espaces ouverts qui malgrĂ© tout se pĂ©renniseront seront envahis, et pas seulement par des pique-niqueurs.

Les multiples fonctions de la « savane », Ă©voquĂ©es plus haut, doivent ĂŞtre rendues « visibles » Ă  l’occasion de la construction de la rambarde. Elle doit devenir le support (avec les observatoires) d’une action pĂ©dagogique. Il y a maintenant de nombreuses photos prises aux Beaumonts d’oiseaux, de papillons et autres insectes, de plantes et champignons, que ce soit par du personnel de la mairie (Vincent en a fait de magnifiques !), des membres de BNeV (AndrĂ©, Thierry, Laurent, David…) ou d’autres que nous cĂ´toyons (Alain Bloquet…). Il y a de quoi faire des panneaux passionnants, renouvelĂ©s suivant les saisons, sur ce que l’on peut voir – en s’attachant Ă  montrer ce qui est le plus frĂ©quent, le plus visible, et pas le plus rare !

Nous pouvons aussi « animer » la rambarde avec des panneaux sur lesquels on pourrait annoncer les « nouveautĂ©s » : apparition d’une espèce de papillon ou d’araignĂ©e, arrivĂ©e d’un oiseau estivant ou passage de migrants, naissances… Outre le dĂ©tail du tracĂ© et de la conception, voici ce qui mĂ©riterait d’être discutĂ© entre association (BNeV) et mairie : comment la rambarde peut devenir une introduction au site autant qu’une protection de la savane. Cependant, les modalitĂ©s de cette « animation » doivent ĂŞtre discutĂ©es, certains jugeant qu’il ne faut pas « dĂ©crypter » la « savane » sur place pour lui laisser son mystère et sa libre dĂ©couverte. C’est un peu l’opposition du regard poĂ©tique au regard scientifique. On peut certainement permettre les deux.

Une rambarde est construite en matĂ©riaux pĂ©rissables et doit ĂŞtre entretenue. Mais si tout se passe bien (consildation des dĂ©fenses naturelles – haies... – et d’une « culture de respect » du site), il sera possible de la laisser dĂ©pĂ©rire pour en revenir Ă  la première option, prĂ©fĂ©rentielle. Si...

 Une urgence

Un courriel avait Ă©tĂ© envoyĂ© Ă  la mairie le 19 mars 2009 et une première version de cette note avait Ă©tĂ© Ă©crite peu après, qui concluait que certaines mesures ne pouvaient pas attendre, notamment le cas du cĂ´tĂ© de la mare perchĂ©e. Je soulignais qu’avec « les travaux d’entretien sur la savane, un vĂ©ritable boulevard de pĂ©nĂ©tration a Ă©tĂ© crĂ©Ă©, des espaces sont offerts et un chemin s’est Ă  nouveau creusĂ© en direction de la butte aux pâtres. Il est important de refermer ce passage rapidement, avec un beau panneau explicatif, cĂ´tĂ© mare perchĂ©e et butte aux pâtres.

Il faudrait en profiter pour fermer les deux extrĂ©mitĂ©s de l’ilot de la mare perchĂ©e (en plantant des ronciers ?) et ajouter un panneau expliquant que chacun ne doit pas venir avec son bocal pour ramasser Ă  la pelle (si j’ose dire) les tĂŞtards – il y a mĂŞme des instits et animateurs qui emmènent des groupes d’enfants pour cette moisson aquatique. »

Aucune mesure d’urgence n’a Ă©tĂ© prise, malgrĂ© une rencontre (dans une ambiance fort positive) avec l’équipe municipale (Ă  part un renforcement si fragile de la rambarde, cĂ´tĂ© mare perchĂ©e qu’il n’a pas tenu longtemps). De ce fait, la situation n’a pas cessĂ© de s’aggraver. La rambarde cĂ´tĂ© butte aux pâtres s’est couchĂ©e et n’a pas Ă©tĂ© redressĂ©e. Durant tout le printemps, des milliers de tĂŞtards ont Ă©tĂ© ramassĂ©s (je reviendrai sur cette question dans un prochain article). La première nichĂ©e de cannetons que la mare perchĂ©e ait connue a Ă©tĂ© braconnĂ©e ! La seule personne qui restait, employĂ©e au nom de l’animation sur le site, a demandĂ© Ă  changer de poste. On a Ă©vitĂ© de peu des incendies dans la friche…

La dĂ©cision de construire la rambarde a Ă©tĂ© confirmĂ©e, ce qui est une bonne chose. D’intĂ©ressants projets de gestion de la « savane » existent (introduction d’ânes…) et ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s aux Ă©lus. On essaie donc de rester optimiste. Mais force est de constater que pour l’heure, la dĂ©gradation se poursuit.

Insistons en guise de conclusion, sur l’importance de la prĂ©sence humaine : rambarde ou pas, le rĂ´le des « gestionnaires-animateurs » sur le site est irremplaçable – il faut pĂ©renniser ce type d’emploi.

Notons enfin qu’après un point focal sur la mare (ma prĂ©cĂ©dente note [1]) et maintenant sur la savane, il faudra essayer de (re)passer en revue ce qui pourrait et devrait ĂŞtre fait sur l’ensemble du site.

Notes
Mis en ligne le 25 septembre 2009
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