« Au Pakistan aussi, si nous remboursons la dette, nous mourrons »

, par ZAHND Cindy

APPEL - Huit organisations sociales et politiques pakistanaises réclament l’arrêt du remboursement des 55 milliards de dollars de dette.

A Lahore, la capitale culturelle du pays, un groupe d’activistes se promène en ville en calèche au son des tambours en distribuant des pamphlets et en chantant des slogans pour marquer la semaine d’actions contre la dette. Le 14 octobre a été désigné Journée internationale de solidarité avec le Pakistan. En août dernier, le Comité d’aide ouvrière (Labour Relief Campaign, LRC*) a lancé un appel au non-remboursement de la dette. Cette coalition d’organisations pakistanaises demande au gouvernement de suspendre immédiatement les versements en invoquant un état de nécessité, les droits fondamentaux de la population ne pouvant être assurés.

Thomas Sankara, président du Burkina Faso en 1987, s’exprimait contre la dictature de la dette en ces termes : « La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord, si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également. »

Après les récentes inondations qui ont affecté 20 millions de personnes et poussé le pays dans une crise humanitaire et économique sans précédent, la réponse du gouvernement consiste à réduire le budget de la santé et de l’éducation sans toucher au budget militaire et... à faire de nouveaux emprunts aux institutions monétaires internationales. Chaque année, le Pakistan paye en moyenne 3 milliards de dollars à des créditeurs étrangers pour le service d’une dette en grande partie illégitime et illégale car contractée par des régimes militaires dictatoriaux. Comme les autres pays du Sud, le Pakistan a déjà repayé le montant de sa dette plusieurs fois, pourtant le poids de celle-ci pèse toujours plus lourd sur l’économie du pays et s’élève en 2010 à 55 milliards de dollars.

La campagne contre la dette a vite trouvé écho au sein d’une population de plus en plus consciente d’être le sujet d’un théâtre de marionnettes sordide où les intérêts des plus puissants dictent la politique intérieure du pays au mépris de leurs droits les plus fondamentaux. Au nom de plans d’ajustements structurels, les dépenses publiques ont été réduites au profit de privatisations massives, imposant une idéologie capitaliste sauvage et agressive qui permet aux pays les plus riches d’extraire les ressources des pays les plus pauvres.

Les pluies torrentielles ont mis au jour l’étendue de la misère vécue par une grande partie de la population, la corruption de ses élites, mais aussi les visées impérialistes de Etats-Unis quand, sous leur pression, le gouvernement pakistanais a choisi d’inonder tout un district dans le sud-ouest du pays afin de sauver une base militaire utilisée par les Américains. Les dollars des fonds d’aide de secours ne suffisent plus pour cacher l’hypocrisie des donneurs – ni celle de ceux qui reçoivent au nom du peuple mais ne cessent de penser aux moyens de cambrioler le trésor publique.

Cette campagne vise donc un pilier critique de la structure globale d’oppression – c’est-à-dire, la convergence des intérêts des pays les plus industrialisés et ceux des élites locales. Le débat suscité a le potentiel de menacer les fonctionnements de l’Etat pakistanais – et, ainsi, celui du système impérialiste. Il est grand temps que le Pakistan cesse de mendier de l’aide et décide de ne pas rembourser une dette qui n’a jamais servi les intérêts de sa population.

CINDY ZAHND


P.-S.

* Paru le Jeudi 14 Octobre 2010 dans le Courrier (Suisse).

* Mme Zahnd est membre de la LRC, qui est composée de huit organisations : National Trade Union Federation, Women Workers Help Line, CADTM Pakistan, Labour Party Pakistan, Progressive Youth Front, Pakistan For Palestine, Labour Education Foundation et Pakistan Kissan Rabita Committee.

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