Appel de la Bastille pour l’annulation de la dette du Tiers Monde

, par Collectif

Présentation par le CADTM

Pour le CADTM, l’Appel de la Bastille, rendu public en 1989 à Paris, est un texte fondateur. Cette année-là, en juillet, un contre-sommet est organisé dans la capitale française en opposition au sommet du G7 (le groupe des sept pays les plus industrialisés : Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie et Japon) tenu à l’invitation du président de la République, François Mitterrand, alors que les festivités du bicentenaire de la Révolution française battent leur plein partout en France. Ce contre-sommet, baptisé « Premier Sommet des Sept Peuples parmi les plus pauvres » , entend prendre radicalement le contre-pied de la philosophie du G7, en faisant résonner la voix non pas des plus riches, mais des plus pauvres, et la voix des peuples, plutôt que celle des chefs d’Etat les plus puissants. En l’occurrence, les pays pauvres représentés à Paris sont le Bengladesh, le Brésil, le Burkina Faso, Haïti, le Mozambique, les Philippines et le Zaïre.

La rencontre fut l’occasion d’un forum où l’on débattit notamment de questions écologiques, de la situation économique mondiale, de la dette asphyxiant les pays du Tiers Monde, ou encore des relations Sud-Nord et Est-Ouest. Elle donna lieu également à une grande manifestation convoquée à l’initiative – notamment – de l’écrivain Gilles Perrault, qui voulait, face à l’instrumentalisation du Bicentenaire par le gouvernement français, “voir les révolutionnaires de 1989 célébrer ceux de 1789”. La mobilisation se termina par un concert géant, Place de la Bastille, organisé par le chanteur Renaud sous le mot d’ordre « Dette, apartheid, colonies, ça suffat comme ci ! » , auquel participèrent Johnny Clegg et de nombreux autres artistes.

L’Appel de la Bastille est le fruit de ces journées de juillet 1989, rendues possibles par une coalition d’associations, de mouvements sociaux et de citoyens résolus à témoigner de leur engagement aux côtés du “Tiers-Etat” de la planète.


A la veille du vingt et unième siècle, le bonheur reste une idée neuve. Nous vivons dans un monde où toutes les conditions de ce bonheur sont réunies mais où le plus fort taux de croissance est atteint par la misère... Un monde où la faim tue chaque jour des dizaines de milliers d’enfants, allume l’émeute sur trois continents, assassine l’espérance. Un monde qui mutile l’existence des femmes, victimes toujours prioritaires quand la lutte pour la simple survie aggrave les oppressions traditionnelles. Le responsable de ces tragédies est un impérialisme économique qui saigne à blanc le Tiers Monde et l’écrase sous le poids de la dette. Il a ses concurrences internes mais la cohésion est sans faille lorsqu’il s’agit d’assurer sa domination. Seule la solidarité des peuples peut briser son pouvoir. Cette solidarité ne signifie en aucun cas un soutien à ceux des régimes qui parachèvent la misère de leur pays, étouffent la voix et les droits des peuples.

Après les manifestations de juillet 89 à Paris lors du sommet des 7 et contre la dette, nous en appelons à l’union de toutes les forces progressistes du monde. L’annulation de la dette ne résoudra pas tous les problèmes mais elle est un préalable à toute solution de fond. S’y refuser vaudrait refus d’assistance à peuples en danger. Ensemble, nous pouvons et devons imposer l’annulation totale, immédiate de la dette du Tiers Monde. Ensemble, nous pouvons et devons ranimer l’espérance, faire en sorte que la justice et l’égalité soient l’avenir commun.


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