Quelques réflexions à la suite du départ d’Abdel Zahiri du NPA

La lettre de démission d’Abdel Zahiri est disponible sur ESSF : Lettre de démission du NPA


Quelques réflexions suite au départ d’Abdel

Ce départ est un échec certes, plusieurs échecs de divers ordres d’ailleurs, le sien aussi, et j’en prends ma part.

Je passe ici sur les considérations interpersonnelles que bien des camarades qui le soutiennent, n’ayant pas vécu sur place, idéalisent un peu facilement, ce n’est pas le sujet.

Cet échec est d’abord et avant tout, et dès la venue d’AJCREV, l’impasse d’une conception de la question des quartiers populaires (QP), vers laquelle Abdel a glissé, à partir de vécus légitimes, réels, violents, mais partiels et du coup partiaux. Impasse que nous avons expérimentée et pour ma part explorée avec ouverture jusqu’à la rupture.

On trouve l’expression de cette conception dans le texte proposé par Fahima repoussé par le CPN, dont je cite :

" Le NPA doit réfléchir au choc des cultures militantes et au fossé socio-spatial entre les luttes des QP et la gauche traditionnelle. Il s’agit de combler ceci par le partage d’expériences et l’écoute politique.

Le NPA doit permettre la rencontre à tous les niveaux des camarades qui vivent et subissent l’oppression dans les QP, quel que soit leur sexe, origine ou couleur de peau, lors des réunions du parti, de la même façon qu’il y a des réunions de femmes non mixtes. Puis mutualiser les réflexions de ces rencontres avec tous les camarades impliqués dans ce travail pour le NPA. Il s’agit ainsi de surmonter, comme on s’en préoccupe pour les rapports hommes/femmes, les sentiments d’exclusion et de domination qui évoquent l’expérience vécue avec des profs, éducateurs ou assistantes sociales. "

Les difficultés et les erreurs que nous avons connues en Vaucluse y sont contenues, dans ce que nous avons vécu ensemble, de meilleur et de pire.
En effet ce texte pointe les réelles violences subies par certaines couches sociales, elles sont dénoncées à juste titre.

Mais une chose est zappée dans ce texte : l’hétérogénéité « culturelle » des populations « qui vivent et subissent l’oppression dans les qp ».

Car pour le QP d’Avignon ceci s’est vite concentré sur les seuls milieux de culture musulmane, supposés tous croyants scrupuleux, « observants scrupuleux ». Puis, et ce fut pire, à leur hégémonie supposée sur la « culture QP ». Or à Avignon par exemple il y a une forte présence gitane, une population non musulmane aussi, par ailleurs bien des camarades du NPA ou proches de celui-ci sont issus « des quartiers », vivent dans les quartiers, sans pour autant relever de cette catégorie particulière (importante), de culture musulmane.

De plus au sein de ces espaces sociaux comme le dit Fahima, on retrouve des Islams et non un Islam, des relations aux pratiques et usages musulmans diverses voire conflictuelles (entre mosquées ici) avec une vraie bataille politique dont la poussée d’un islam droitier contre les libertés de la jeunesse et des femmes. Cette poussée ne se heurte pas à un début d’Islam ouvert mais à un « islam sociologique » c’est à dire un attachement aux traditions et aux références « de racines » comme composantes de la vie familiale qui ne se veut pas bigot, et est méfiant devant les excès (voile, burqa, islamisme). Cette poussée droitière se heurte aussi à une contestation de l’Islam au moins dans ses préjugés, Ni putes ni soumises quoi qu’on en pense, en est une manifestation, le courant local « citoyen » issu des chevènementiste que connaît bien QP, aussi etc.

Or très vite le QP d’Avignon a fait un virage vers une conception des quartiers comme dominés par l’Islam, une vision de l’Islam comme religion pas seulement discriminée (privée de droits) mais opprimée (ce qui fait de tout musulman un opprimé, même l’Imam fondamentaliste ou la militante de la burqa, avec des hésitations sur l’Iran et les Talibans), ce virage a conduit à une promotion du voile comme drapeau des quartiers alors même qu’il est l’enjeu d’une double bataille contradictoire : d’intolérance dans l’ensemble de la société sur fond de racisme, et d’une pression conformiste sur les femmes avec une visée d’embrigadement moral de la jeunesse (ce qu’on retrouve chez les catho, les orthodoxes et les évangélistes).

Ainsi lorsque la camarade demande des réunions « non mixtes » (donc de camarades des quartiers seul/es) elle conduit cette logique jusqu’au bout.
Sinon qui sont ces camarades des quartiers ? Qui est ou n’est pas des quartiers ? Comment en est-on ? Par l’habitation ? l’origine spacio-culturelle ? la religion ? l’origine ethnique ? le métier ou l’absence de métier ? Un prof en LP de quartier par choix, « gaulois », lui-même originaire des quartiers, est-il ou non des quartiers ? Une militante issue des quartiers mais ayant un boulot stable et vivant dans un petit ensemble propret, reste-t-elle des quartiers ? Un ouvrier - cheminot ou intérim - gaulois issu de et vivant dans les quartiers ?

Si nous faisions une telle réunion ici, il y aurait des enseignants, des cheminots, des ouvriers du transports et de la vente, des intermittents du spectacle, une directrice de centre social sympathisante etc...

Et ce qui unirait tout le monde serait la police, la justice, le logement, l’emploi,le racisme, etc, la question religieuse diviserait.

Voilà l’impasse qui conduit Abdel à nous quitter, même si on en comprend parfaitement le ressort, la recherche et qu’on partage la colère et l’exaspération, voire respecte le choix religieux.

Ce qui unifie un tant soit peu une réalité quartier c’est LA CONDITION SOCIALE qui est infligée à cette partie des prolétaires, la relégation spatiale, la ghettoIsation d’habitat, l’abandon des services publics, la pression policière et morale (la stigmatisation), la peur/haine attisée envers les classes supposées dangereuses, l’utilisation de la discrimination religieuse, mais aussi le recours sournois à la religion (Islam, mais aussi protestantisme charismatique dans certaines banlieues) y compris par le pouvoir pour embrigader l’énergie de ces exaspérations légitimes, bref toutes sortes de discriminations qui sont autant de discours masquant ou déplaçant la bataille loin de la condition sociale justement.

Bataille qui dans ce cas seule UNIFIE toutes et tous (et permet les diversités).
Il faut tout repenser autrement, et depuis la question sociale, d’abord et avant tout, et une laïcité intransigeante qui n’exclue personne car elle permet les diversités, mais laisse la Foi où elle doit rester, dans l’intime conviction, en comprenant qu’en faire un discriminant... discrimine et divise... les quartiers, pas seulement le NPA.

Fraternellement

Jacques

On rencontre d’ailleurs la même « fragmentation » des oppressions avec l’Homophobie : lesbophobie, transphobie, biphobie... qui, si chacune rend compte d’un aspect réel des violences subies, oublie du coup que l’homophobie n’est qu’un dégât collatéral du sexisme, cette construction normative du monde à partir de la séparation du travail, des rôles, des hiérarchies, des droits, des devoirs fondée sur la différence biologique des sexes et l’asservissement des femmes.

Autre débat.