Centrales nucléaires : Des références datant de 1356 pour Fessenheim

« Les tremblements de terre avaient été si violents que pas un seul bâtiment, notamment ceux construits en pierre, n’échappa à une destruction partielle ou totale. » Ces mots ne racontent pas le Japon, Haïti ou Mexico. La scène se passe à Bâle, en Suisse, en 1356, le 18 octobre, jour de la Saint-Luc.

« Les secousses se poursuivent dans la même journée et la nuit suivante avec une violence telle que les habitants fuirent la ville, s’installèrent dans les champs, dans les cabanes et les fermes pour de nombreux jours », raconte Konrad von Waltenkofen, dans Alphabetum Narrationum, en 1356 ou 1357.

Ce témoignage, traduit du latin, est la référence, avec un autre ouvrage du même auteur, Das Rothe Buch von Basel, qui a servi à établir les normes de sécurité antisismique de la centrale nucléaire française de Fessenheim, en Alsace, à cinquante kilomètres de la ville suisse. La plus ancienne centrale du parc nucléaire français est conçue pour résister à un séisme de magnitude 6,7, « soit 0,5 de plus que le tremblement de terre de 1356, estimé à 6,2 », explique son directeur, relayé par la ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. De quoi faire hurler les écologistes qui s’insurgent que l’on puisse évaluer un séisme à partir de témoignages de moines et déterminer sa magnitude sur une échelle élaborée six siècles plus tard.

La terre a tremblé longtemps et loin

« Il n’y avait pas de sismographes, pas d’échelle et ce n’est pas évident de passer de données sur l’intensité ressentie à une magnitude instrumentale : le 6,2 est sujet à une incertitude de départ », reconnaît Michel Cara, professeur de sismologie à l’université de Strasbourg. Pour établir l’intensité du séisme, il a fallu analyser les dégâts constatés à l’épicentre et étudier son rayon. Le jour de la Saint-Luc, en l’an 1356, la terre a tremblé longtemps et fort loin. Des témoignages font état de secousses ressenties à Berne, Zurich et jusqu’à Constance en Allemagne. En France, l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, la Bourgogne, la Champagne et l’Ile-de-France ont été touchées. A Metz, Philippe de Vigneulles rapporte que « le jour de la Saint-Luc en hyveir, fut le tremblement en Mets, tel et si grant que tout crolloit en plusieurs lieux par la cité et sembloit que les maisons deussent cheoir ».

Grâce à ces écrits, dit Michel Granet, directeur du bureau central de sismologie français, à Strasbourg, « on a déterminé une valeur de l’intensité maximale, entre VIII et IX », sur une échelle dont le maximum, incarné par le Japon aujourd’hui, atteint XII. L’intensité, qui varie en fonction de la distance à l’épicentre, est ensuite convertie en magnitude, invariable elle. « On se sert des milliers de séismes pour lesquels on a l’intensité et la magnitude, explique M. Granet, et on détermine une loi empirique reliant les deux mesures. » Avec une autre méthode, les chercheurs suisses ont classé « Bâle 1356 » à 6,8, soit 0,6 au-dessus de la mesure retenue par les Français. De quoi inquiéter les antinucléaires aujourd’hui...

Rémi Barroux


P.-S.

* Article paru dans le Monde, édition du 19.03.11. 18.03.11 | 14h11 • Mis à jour le 19.03.11 | 11h52.

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