« Il y a 25 ans, le monde entier apprenait à prononcer ce nom : Tchernobyl... Aujourd’hui, il apprend à prononcer Fukushima »
24 avril 2011
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INTERVENTION AU MEETING LORS DE LA MANIFESTATION ANTINUCLEAIRE DU 24 AVRIL 2011, ORGANISEE A BRUXELLES A L’INITIATIVE DE « CLIMAT ET JUSTICE SOCIALE » ET DES « AMIS DE LA TERRE »

Chères amies, chers amis,

Merci pour votre présence à cette manifestation.

Il y a 25 ans, le monde entier apprenait à prononcer ce nom : Tchernobyl. Il faisait beau ce 26 avril et tout le monde était dehors pour profiter du soleil, car les autorités avaient affirmé que le nuage radioactif s’arrêterait aux frontières. Le nombre de victimes n’est pas connu avec certitude, mais il tourne probablement autour de 500.000.

25 ans après, le monde entier apprend à prononcer ce nom : Fukushima. Le pays le plus technologique du monde vit à son tour une catastrophe nucléaire majeure. La deuxième de son histoire, car il ne faut pas oublier Hiroshima et Nagasaki.

Comme dans le cas de Tchernobyl, les gouvernements nous rassurent : les doses de radioactivité faible, ce n’est pas grave ; quelques milliers de litres d’eau radioactive rejetés dans l’Océan Pacifique, ce n’est pas grave ; du plutonium libéré dans l’environnement parce qu’un réacteur au MOX a fondu, ce n’est pas trop grave. Comme à Tchernobyl, le bilan se comptera en dizaines de milliers d’enfants malformés et de personnes qui mourront prématurément d’un cancer.

Comme à Tchernobyl, une zone de trente kilomètres de rayon ou plus sera inhabitable et impropre à toute activité humaine pendant des siècles, peut-être même des milliers d’année car le Plutonium met 240.000 ans à disparaître quasi complètement de l’environnement. Si l’homme de Néanderthal avait construit des centrales au MOX, des hommes et des femmes aujourd’hui contracteraient encore des cancers par suite de cette irresponsabilité.

Comme dans le cas de Tchernobyl, on nous dit : « c’est un accident dû à des circonstances exceptionnelles, nous en tirons les leçons pour que nos centrales soient encore plus sûres ». Nous n’acceptons plus ce discours. La probabilité d’un accident ne peut être ramenée à zéro. Personne ne peut garantir que le changement climatique ne provoquera pas une inondation qui entraînera une catastrophe nucléaire à Doel. Dans ce cas, il faudra évacuer plus d’un million de personnes et Anvers sera inhabitable pendant des siècles. Personne ne peut exclure un séisme d’une magnitude de 7 entraînant une catastrophe à Tihange. Dans ce cas, plus de 300.000 personnes devront être évacuées. Personne ne peut exclure d’un avion de ligne s’écrase sur un réacteur à Chooz.

Quantité d’accidents peuvent entraîner un emballement de la réaction de fission et déboucher sur un drame comme celui de Fukushima, chez nous ou ailleurs. Ce risque est inacceptable.

Nous sommes scandalisés d’entendre Yves Leterme déclarer qu’on a encore besoin du nucléaire. Il est inacceptable que le Premier Ministre d’un gouvernement en affaires courantes se prononce ainsi contre une loi de sortie du nucléaire votée par une large majorité du parlement.

Cette loi de 2003, nous exigeons qu’elle soit respectée et appliquée. Les trois réacteurs les plus vieux doivent fermer en 2015. Ils couvrent à peine 10% de la demande en électricité. Cette fermeture peut facilement être compensée par une hausse de l’efficience énergétique et une diminution de la consommation électrique.

Les autres réacteurs doivent fermer avant 2025. Il y a d’autres moyens de produire de l’électricité. D’ailleurs, on n’a pas besoin d’augmenter toujours la quantité d’électricité. Il est plus que temps de comprendre que la croissance matérielle infinie n’est pas possible dans un monde fini.

Il est clair que la sortie du nucléaire doit être posée dans le cadre plus large de la politique énergétique et de la lutte contre les changements climatiques. Nous refusons le choix entre la peste atomique et le choléra du réchauffement de la planète. Le nucléaire n’est pas une filière énergétique sans carbone. Nous exigeons une transition écologiquement efficace et socialement juste vers une économie sans énergie fossile et sans énergie nucléaire. Partageons les ressources, le travail et les revenus.

Cette transition, ce n’est pas à nous de la payer. Ce n’est pas aux travailleuses, aux travailleurs, aux allocataires sociaux, aux sans papiers, aux femmes, aux jeunes, de payer les investissements nécessaires. La facture doit être présentée aux lobbies de l’énergie, aux monopoles du pétrole, du charbon, du gaz naturel et de l’atome. Ce sont eux les responsables du gâchis. Ils ont les moyens de payer : la rente nucléaire d’Electrabel se monte à plus de deux milliards d’Euros alors que cette entreprise ne paie que 0,04% d’impôt. Le secteur du nucléaire dans notre pays a reçu des subventions pour un montant de 150 millions d’Euros (sans compter les subventions de l’Etat français, qui se chiffrent en milliards). Ce scandale doit cesser.

Chères amies, chers amis,

Il y a deux siècles, un philosophe méconnu écrivait qu’un jour viendrait où la propriété privée des ressources naturelles semblerait à l’humanité aussi absurde et inacceptable que la propriété privée d’un être humain par un autre, autrement dit : l’esclavage. Ce jour approche. La propriété privée de l’énergie est effectivement absurde et inacceptable. L’énergie est notre bien commun à toutes et tous. Il est urgent et nécessaire de lutter, tout ensemble, pour l’arracher des mains du privé, pour la soustraire à la logique du profit.

Merci pour votre attention, le combat continue.

Daniel Tanuro
Pour « Climat et Justice Sociale »
Le 24/04/2011


Mis en ligne le 25 avril 2011
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