Le traitement de l’affaire DSK entretient la confusion des esprits
17 mai 2011
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Nous assistons depuis quelques jours à une effervescence médiatique sans précédent autour de l’inculpation pour agression sexuelle et tentative de viol de Dominique Strauss-Kahn. Dans ce contexte, Osez le féminisme s’inquiète du traitement de cette affaire et de plusieurs prises de parole publiques qui entretiennent de nombreuses idées reçues autour des violences faites aux femmes. Dominique Strauss-Kahn est présumé innocent : rappeler ce fait et attendre les conclusions de la justice américaine devrait suffire. Manifestement, non.

  • Il est très peu fait état de la présumée victime dans les différents sujets. Certes, les informations la concernant sont très parcellaires. Condamner sans savoir est grave : cela remet en cause le principe fondamental de la présomption d’innocence. Mais jeter le soupçon sur les propos de la plaignante est également grave et dangereux. Grave car c’est ajouter à la souffrance de cette femme. Dangereux car c’est un signal clair aux victimes présentes et futures qu’il est risqué porter plainte.
  • Le déferlement de blagues sexistes auquel on assiste, parfois sous forme de palmarès, montre à quel point les violences faites aux femmes sont encore minorées dans l’imaginaire collectif. On assiste à une confusion grave entre liberté sexuelle et violences sexuelles. Les faits dénoncés, s’ils étaient avérés, ne relèveraient ni d’une « affaire de mœurs » ni d’un problème de libido envahissante. Ils constitueraient un crime.
  • Enfin, certaines réactions publiques relayées dans les médias révèlent une méconnaissance totale du viol comme phénomène de société. Évoquer le jugement porté par certains sur le physique de la jeune femme ou parler de « profil du violeur », contribue à entretenir de nombreuses idées reçues encore tenaces dans notre société. Rappelons que le viol concerne toutes les catégories sociales. Il n’est pas réservé à un certain profil d’hommes et ne concerne pas seulement des femmes au physique très attrayant. Les femmes qui sont victimes de viols et tentatives de viols ont un seul point commun : être femmes et, en tant que telles, être considérées comme des objets.
    Osez le féminisme rappelle que chaque année en France, 75 000 femmes sont victimes de viol. Seules 10% d’entre elles portent plainte. Nombreuses sont celles qui sont astreintes au silence par une chape de plomb, celle du tabou et de la culpabilité qu’on fait peser sur elles. Nombreuses sont celles qui font les frais d’idées reçues largement propagées, dont la plus commune est qu’elles l’auraient bien cherché.

Cela peut changer. Cela doit changer !

Osez le féminisme


Mis en ligne le 19 mai 2011
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