Les Etats-Unis : prochain refuge des pays à bas salaires

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La hausse des salaires en Chine, en conséquence des grèves ouvrières de la dernière période, est concomitante avec la baisse des salaires observée aux États-Unis. Les coûts du travail ont donc tendance à converger entre les deux pays, États-Unis et Chine. La publication militante nord-américaine « Labor Notes » consacre un article à cette question. Il montre comment les grands cabinets de consultants conseillent aujourd’hui à leurs clients d’examiner une relocalisation de leur production aux États-Unis. Le seul motif est bien la recherche du profit dans une situation où les salaires des ouvriers nord-américains connaissent des baisses considérables.


Les plaisanteries sur les États-Unis en train de devenir le Mexique de l’Europe étaient déjà devenues fréquentes, mais les « consultants » des entreprises nord-américaines développent à leur tour très sérieusement cette idée. Ils prédisent que d’ici à 5 ans certains États américains du Sud des USA seront parmi les localisations industrielles les moins chères du monde développé, et deviendront compétitifs avec la Chine.

Pendant des années, des consultants comme le Boston Consulting Group ( BCG) ont conseillé à leurs clients de produire en Chine. Maintenant, ils expliquent que la hausse des salaires nourrie par l’agitation ouvrière en Chine doit être comparée aux bas salaires pratiqués dans le Mississipi, l’Alabama et la Caroline du Sud, et qu’en conséquence délocaliser les productions à l’extérieur des États unis n’en vaudrait plus la peine.

Certes, les salaires des ouvriers d’usine chinois ne sont pas prêts d’atteindre les niveaux des salaires pratiqués aux USA. Ainsi, en 2015 ils ne devraient représenter que 17% du salaire horaire nord-américain, celui-ci étant de 26 $ en moyenne. Mais les travailleurs américains ayant aujourd’hui une plus grande productivité et l’augmentation du prix des carburants rendant de plus en plus onéreuse l’expédition de marchandises à travers le monde, les coûts entre les deux pays –Chine et États-Unis- convergent rapidement.

Par exemple, le BCG estime que dans 4 ans, les travailleurs chinois du delta de fleuve Yang Tsé coûteront seulement 31% de moins que les travailleurs du Mississipi. Dan Luria, directeur du centre de recherche technologique de l’industrie du Michigan indique que beaucoup de consultants qui, jusqu’à l’année dernière, conseillaient à leurs clients d’ « asiefier » leur production leur demandent maintenant d’ y réfléchir à deux fois.

De fait, les employeurs qui préparent la production de nouvelles lignes de produits ne regardent plus seulement vers le Sud des États-Unis. Beaucoup d’emplois dans les États du Nord des États-Unis, et même dans les anciens bastions de l’industrie automobile, sont déjà « compétitifs ». Dans l’usine phare de Ford Truck, à Deaborn située en dehors de Detroit, les contrats de travail des ouvriers de maintenance non syndiqués se font sur la base d’un salaire horaire de 10 $. C’est plus que la moyenne chinoise d’aujourd’hui, mais moins que ce qui est prévu pour 2015.

Parmi les entreprises qui envisagent une relocalisation de leur production, il y a Ford, Cartepillar, et Wham-O Inc qui est retourné en Californie et dans le Michigan pour produire des frisbee. MasterLock rapatrie du travail effectué en Chine dans le Milwaukee. General Electric, attiré par les subventions d’administration fédérale, va construire des réfrigérateurs aux normes écologiques dans l’Indiana au lieu du Mexique

Le syndicat nord-américain des métallurgistes s’est longtemps battu pour une renaissance de la production industrielle aux États-Unis, arguant qu’une économie qui ne fabrique pas est une économie faible et non durable. En 2007, le syndicat a noué avec le patronat une alliance pour la Production aux États-Unis (AAM, Alliance for American Manufacturing).

Pour le directeur exécutif de cette alliance, Scott Paul, Il n’y a pas de preuve tangible que les entreprises de retour de Chine vers les États-Unis constituent aujourd’hui une tendance significative. Il énumère toutefois les facteurs qui peuvent réellement concourir à cette tendance.

Il indique que si les entreprises nord-américaines choisissent de s’installer vers les États des USA à bas coût salarial, comme l’avaient fait les constructeurs automobiles japonais il y a trente ans, cela deviendra vite une compétition entre États, à qui aura les salaires les plus bas. Et si la Caroline du Sud offre les salaires les plus bas, le Mexique pourra proposer encore moins cher. Le fait demeure que les entreprises prennent leur décision en fonction du plus grand profit qu’elles peuvent en espérer dans ce monde de concurrence féroce.

Comme le déclare à Labor Notes, Michael Zinser, l’un des co-auteurs du rapport du BCG cité au début de l’article, « le choix de la localisation est agnostique : c’est seulement une question de ce que le marché peut accepter ». Dan Luria, du Michigan, prévoit lui aussi que des fabricants quitteront effectivement la Chine, mais pour plutôt s’installer au Mexique ou en Europe de l’Est.

L’Alliance pour la Production aux États Unis, associant syndicat et patronat, voudrait que le gouvernement intervienne et influence les décisions des entreprises. La loi de 2009 sur les exigences d’un contenu « national » de production s’est ainsi appliquée à la construction du train à grande vitesse et a contraint Siemens à installer son usine à Sacramento en Californie.

Au contraire, l’administration Obama a adopté une approche non interventionniste dans les choix des entreprises. Banques et entreprises automobiles ont été renfloués sans aucun contrôle sur leurs activités

Pour les dissidents de l’UAW, le plan de sauvetage de l’industrie automobile a été une gigantesque occasion manquée pour amener l’industrie automobile américaine à fabriquer aux États Unis des produits « propres » avec des salaires décents pour les ouvriers. Les entreprises ayant été laissées libres de leurs politiques, les travailleurs confrontés à la course aux salaires les plus bas n’ont plus rien à négocier.

Jane Slaughter