Après le « troussage de domestique » de DSK, le sexisme et la domination masculine en France
1er juillet 2011
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Les femmes en France sont victimes de violences, ce n’est hélas pas un scoop. De la main au cul dans le métro, aux coups mortels de leur conjoint, le tableau est vaste et la lutte n’est pas finie.

Ce qu’ont « découvert » les médias et du coup l’ensemble de la société, est dénoncé depuis longtemps par les associations féministes c’est le harcèlement sexuel au travail par des clients, des supérieurs, des collègues ou encore, pour les journalistes, par l’interviewé. On a aussi (re)découvert qu’il n’y a pas que de la « drague à la française » dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Les députées et les assistantes parlementaires ne subissent pas que la « s éduction latine » mais bien du harcèlement sexuel, décrit – e t interdit – par le code du travail, comme les agissements de harcèlement de toute personne dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelles à son profit ou au profit d’un tiers (art. L.1153-1).

Il s’agit ici, au-delà du cas DSK, de l’enquête et de la décision des tribunaux américains, de juger l’attitude des politiques et médias. Tous les amis de Strauss-Kahn ont expliqué pendant plusieurs jours qu’il était au-dessus de tout soupçon parce qu’il est marié, père de famille, président du FMI, de « gauche » … et surtout parce qu’il est leur ami. Un « complot » serait sûrement l’explication la plus logique à tout ceci Mais les violences faites aux femmes ne concernent pas que les pauvres, les immigrés ou les gens de droite... Les enquêtes (cf. rapport de l’Observatoire des violences) montrent que toutes les couches de la société, toutes les familles politiques (y compris la nôtre) sont touchées, et qu’avoir du pouvoir en plus de la domination masculine n’y change pas grand chose…

Quant à la victime, dans les premiers jours, elle n’existait tout simplement pas pour les médias français. C’est toujours la même vieille musique les victimes de violences qui portent plainte (surtout contre un homme puissant comme Strauss-Kahn) sont forcément des menteuses et si elles ne le sont pas, menteuses, elles doivent avoir une vie irréprochable. Ce qui a dû dissuader plus d’une femme de ménage face à des clients un peu trop insistants.

 Le corps des femmes

Depuis les années 1970, les féministes se battent et s’organisent pour le droit à disposer librement de leur corps, à la fois par les luttes pour le droit à l’avortement et à la contraception, et contre le viol et les violences. Ces luttes s’articulent avec le combat pour la reconnaissance de l’oppression spécifique vécue par les femmes, contre le patriarcat et le capitalisme, pour le droit d’expression et de représentation dans la sphère politique, économique et familiale.

Une loi contre les violences a été votée en 2010. Mais celle-ci a été vidée de son contenu et de son financement pour tout ce qui concerne la prévention, la formation des personnels… Le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) avec toutes les associations, syndicats et certains partis continuent de se battre pour une loi qui protège réellement les femmes en mettant l’accent sur l’éducation, la prévention et la formation plutôt que sur la répression. Une loi dotée de vrais moyens.

Malgré les droits que les femmes ont gagnés, il reste beaucoup à obtenir pour changer la société notamment la structure sociale dans laquelle les hommes détiennent le pouvoir et prétendent dominer, contrôler les femmes. Selon l’idéologie patriarcale, la subordination des femmes serait naturelle, légitime et donc souhaitable. Il ne s’agit pas seulement de modifier des lois et des mentalités mais bien de mettre en cause un système tout entier basé sur le contrôle et une chaîne de privilèges structurés et enracinés.

 Une bataille à mener

La situation est-elle différente maintenant que l’on sait [1] que même les hommes politiques de gauche peuvent être violents envers les femmes Fondamentalement non, car il est fort probable que les femmes continueront de subir des violences. Mais la parole a été libérée et il est à espérer que les femmes qui porteront plainte seront davantage écoutées par la justice et la société. Elles ne seront plus des filles qui ont mal compris les intentions de leurs patrons ou clients, mais bien des victimes de harcèlement sexuel. Début juin, dans un entretien publié dans le Monde, E. Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, constatait une augmentation de 20 à 30 des appels. Deux collectifs féministes « La barbe » et « Osez le féminisme » ont lancé le 21 mai une pétition « Sexisme ils se lâchent, les femmes trinquent » signée par plus de 30000 personnes en quelques jours [2], et ont organisé un premier rassemblement à Paris. Une autre manifestation nationale contre le sexisme ordinaire se prépare, elle aura lieu le 5 novembre ainsi que des états généraux en décembre… (infos sur les sites du NPA, rubrique féminisme, et du CNDF).

Léa Guichard

1. Si DSK bénéficie de la présomption d’innocence, ce n’est pas le cas de Jacques Mahéas, sénateur PS et maire de Neuilly-sur-Marne, toujours en fonction, et condamné pour harcèlement sexuel. Sans oublier Georges Tron, en passe de récupérer son immunité parlementaire.

2. http://www.osezlefeminisme.fr/article/sexisme-ils-se-lachent-les-femmes-trinquent


* Publié dans : Revue Tout est à nous ! 23 (juillet-août 2011).

Mis en ligne le 9 septembre 2011
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