Hommages : René Cottrez, Luc Béal-Rainaldy, Jean-Claude Baillon

HOMMAGE : RENÉ COTTREZ

René n’aura profité que quelques mois de sa retraite, avant d’être peu à peu accaparé par son dernier combat : deux ans à se battre contre un cancer dû à l’amiante avec le même courage qui l’animait dans ses combats contre l’exploitation et l’oppression. Ce n’est pas sans mal que la reconnaissance comme maladie professionnelle a été obtenue, car les patrons contestent de plus en plus, mais sauf erreur il n’y en a guère qui en aient été affectés...
Jeune ouvrier embauché à Renault-Cléon, à 18 ans, René s’était jeté dans la fournaise des mois de mai-juin 1968. Il y joua un rôle déterminant dans le démarrage de la grève dès le 15 mai.

Militant révolutionnaire, il est resté fidèle à ses convictions, quelquefois dans des conditions fort difficiles, quand il s’était retrouvé, de la fin des années 1970 au début des années 1980, seul militant à défendre les idées de la LCR dans une usine de 9 000 salariés. Il avait joué un rôle important dans plusieurs grandes grèves, encourageant les travailleurs à agir par eux-mêmes, ce qui n’était pas bien vu par les dirigeants syndicaux de l’usine à l’époque. Il fut à plusieurs reprises candidat de la LCR aux législatives dans la circonscription d’Elbeuf. Passionné de photographie, il avait constitué une collection d’appareils unique. Il savait tout faire de ses mains et avait remonté, quasiment seul, une maison en ruine en Corrèze dont il comptait bien profiter avec sa famille et ses amis. Il était curieux de tout, et ses dernières lectures allaient du gros livre de Onfray sur Freud et la psychanalyse au Missak de Daeninckx sur la vie du résistant internationaliste Manouchian. Avide de connaissances, il était devenu un praticien du droit du travail redouté des patrons et de leurs larbins. À partir du secteur juridique, dans le cadre de l’union locale CGT d’Elbeuf, il s’était attaché à l’organisation des salariéEs, en particulier dans des boîtes où la politique patronale s’oppose à toute présence syndicale. La CGT Cléon lui avait aussi confié des mandats importants. Bourru, pas toujours facile d’abord et têtu comme une mule, c’était en même temps une figure reconnue, appréciée et respectée. Il restera dans toutes les mémoires comme un sacré bonhomme.

On était un certain nombre à l’aimer comme il était. Josette, dont il fut le compagnon de toujours, ses deux « gars » et leurs compagnes, ses petites-filles, en ont eu le témoignage par la nombreuse affluence et les hommages qui lui ont été rendus le jeudi 22 septembre au crématorium d’Évreux par Jacky Touzain, ancien secrétaire général du syndicat, Jean-Marie Canu, son vieux camarade et complice de toujours, et Christine Poupin au nom du NPA.

Nous continuerons ses combats pour changer radicalement cette vie et débarrasser l’humanité du capitalisme.

Ses camarades du NPA Haute-Normandie

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 117 (29/09/11).


HOMMAGE À LUC BÉAL-RAINALDY

Luc Béal-Rainaldy était inspecteur du travail. Il s’est suicidé mercredi 4 mai dans les locaux de la Direction du travail. Il laisse un grand vide à ses proches, ses amis de lutte, de révolte et de colère.

Nous l’avions connu à la LCR. Luc a longtemps milité à la CFDT, construisant l’opposition à la politique de renoncement de la direction du syndicat avant de créer le Snutefe-FSU.

Il était de tous les combats, y donnait sans compter son sourire, sa générosité, son écoute modeste et son intelligence vive…

À Fontenay-sous-Bois, au côté de Tassadit, sa compagne, il soutenait les Roms et les sans-papiers. Il était avec les travailleurs sans papiers dans les piquets de grève de Metal Couleur et de Paris Store. On le retrouvait au collectif unitaire contre la Constitution européenne en 2005 et parmi ceux qui lançaient le collectif Fontenay Diversité de défense des sans-papiers en 2006. Anti-impérialiste, il était de toutes les initiatives, contre la guerre en Irak et parmi les créateurs du comité Palestine, qu’il soutenait toujours.
Luc joignait toujours les actes aux mots. Si son travail professionnel et syndical au Snutefe ­(dont il était secrétaire national)­ l’absorbait beaucoup, il continuait de participer aux initiatives locales.

Pour ces combats, il faut être fort… et fragile aussi, avoir à fleur de peau la lutte contre l’injustice, avoir le souci de l’autre…

Même porté par les luttes, on peut finir par être usé, broyé par la machine capitaliste. Les restructurations sans fin, les combats sans cesse recommencés, ce travail gris, ces espoirs déçus, tout cela finit par peser trop lourd. Nous accusons ce système abject, inhumain, mis en place par un gouvernement au service des possédants, d’être responsable de ta mort.
Pour les luttes qui viennent, nous gardons en mémoire ton exigence d’unité et ton sourire, Luc.

De tout cœur, nous sommes avec vous, Naïma, Samuel et Tassadit.

NPA de Fontenay-sous-Bois, le 7 mai 2011

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 102 (11/05/11).


Hommage à Jean-Claude Baillon

Notre camarade Jean-Claude Baillon nous a quittés brutalement le mardi 15 mars. Agrégé de philo, écrivain, scénariste, il s’engagea très jeune contre la guerre d’Algérie, fut l’un des fondateurs de la JCR dans la région de Nice, milita clandestinement dans l’Espagne franquiste, entre autres...

Bien que diplômé, il avait choisi d’être scénariste et auteur, situation précaire d’un intermittent du spectacle. Il a repris des activités militantes à 60 ans, croyant dur à la recomposition de la gauche. Il était ouvert et volontaire, pour entraîner les camarades, nouveaux et anciens, sur les terres en friche de la vallée du Loing, touchée par les licenciements et la relégation sociale.

Dans notre département de Seine-et-Marne, il a été un moteur dans les mobilisations pour la défense des services publics (poste et hôpital) ainsi que pour les retraites, dont on peut dire qu’il a lancé les collectifs unitaires, respecté par tous les courants engagés. Personnage haut en couleurs, à la générosité aussi tonitruante que ses coups de gueule, il a milité pendant deux ans avec enthousiasme au sein du NPA qu’il décida de quitter lors du récent congrès en raison de désaccords politiques. Le « Grizzly de la vallée du Loing » manque déjà à tous ses camarades du NPA et d’ailleurs. Salut Camarade !

Comités NPA 77

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 95 (24/03/11).