Quelques escargots et limaces des Beaumonts (Montreuil 93) – I – Des Pomatidés aux Hygromidés

, par ROUSSET Pierre

A ce jour, le parc des Beaumonts n’a pas fait l’objet d’inventaires approfondis concernant le groupe des mollusques : dans ces conditions, seules les espèces les plus visibles (dites macroscopiques) ont retenu l’attention. Une première série d’espèces ont été initialement observées en 2004-2007. Depuis 2013, l’identification s’appuie sur des photos, ce qui peut s’avérer insuffisant. Les notes qui suivent sont donc tout à la fois très incomplètes et sujettes à caution.

L’ouvrage est remis sur le métier. Il sera progressivement étoffé, le texte sera complété et de nouvelles illustrations seront intégrées. Il s’agit d’un travail « en cours » et les commentaires sont évidemment les bienvenus.

Dernier ajout (photos) : 25 juin 2016.


Les limaces et les escargots sont des invertébrés, appartenant au phylum animal des mollusques, le plus nombreux (quelque 80.000 espèces) après celui des arthropodes qui comprend les insectes, les arachnides (araignées…) et les crustacés. Ce sont des gastéropodes, avec un pied bien développé et, primitivement, une seule coquille enroulée dans laquelle ils peuvent se rétracter. Les limaces ont perdu cette coquille externe, mais gardent souvent une coquille interne se résumant à de petites lamelles de calcaires à l’intérieur du manteau. Les gastéropodes étaient originellement aquatiques, mais bon nombre sont devenus terrestres.

Les personnes qui étudient les mollusques sont des conchyliologistes ou malacologistes.

Les noms vernaculaires (français) utilisés ici sont ceux de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) du Muséum National d’Histoire Naturel (MNHN) [1] Le nom latin (scientifique), d’usage en principe universel, a souvent changé en fonction de l’évolution des connaissances et l’unification internationale de la nomenclature n’est qu’en cours. Les appellations abandonnées sont dites des « synonymes ».

Toutes les espèces mentionnées ici appartennent à la classe des gastéropodes. On se contentera de préciser les familles et sous-familles (ou genres et sous-genres, une notion plus souple).

L’ordre de présentation suit celui de M. P. Kerney et R. A. D. Cameron dans leur Guide des escargots et limaces d’Europe (Delachaux et Niestlé, 1999), dont beaucoup d’indications sont tirées ; ainsi parfois que de Vaclav Pfleger, Guide des coquillages et mollusques, Hatier 1989. Pour les espèces d’eau douce, J. d’Aguilar, J.-L. Dommanget, De la vie dans les étangs, les ruisseaux et les mares (Vigot : 1998) a été mis à contribution.

Notes concernant la taille :

* Tous les escargots mentionnés ici sont grands – il existe en effet de nombreux escargots minuscules. Pour donner une indication synthétique sur les espèces les plus visibles, on a cependant utilisé les termes de petit, moyen, grand (voire très petit et très grand).

* Dans le calcul de la taille, nous renvoyons ici à la largeur et la hauteur, tel que dans le Kerney/Cameron. La longueur n’est utilisée que pour les limaces.

* Note sur les aires de répartition : elles ne mentionnent pas les zones extra-européennes.


 Famille des Pomatidés (Pomatiidae)

Le genre Pomatias de cette famille des Pomatiidae compte deux espèces en Europe, principalement méditerranéenne. Il présente une épaisse coquille et un opercule calcaire. Les femelles sont plus grandes que les mâles.

Elégante striée Pomatias elegans (O.-F. Müller 1774)

Synonyme : Pomatias élégant

Taille : largeur de 9 à 11,5 mm, hauteur de 13 à 16 mm.

Coquille conique de 4 1/2-5 tours, fortement arrondis, épaisse avec une sculpture réticulée formée des spires fines et de lignes transversales. Couleur gris-violet à jaunâtre avec des taches sombres. Particularité, cette espèce terrestre présente un opercule calcaire épais affleurant l’ouverture quand l’animal est rétracté.

Habitat : très varié, généralement sur terrains calcaire.

Aire de répartition : Europe de l’Ouest et méditerranée.

Statut aux Beaumonts : semble bien représenté, surtout dans les parties boisées.

Elégante striée (Pomatias elegans), parc des Beaumonts, 12 juillet 2014, cliché Pierre Rousset.

Elégante striée (Pomatias elegans), parc des Beaumonts, 19 juin 2016, cliché Pierre Rousset.

L’opercule

L’opercule est en place, le corps de l’escargot étant rétracté dans la coquille.

Elégante striée (Pomatias elegans), parc des Beaumonts, 17 juin 2016, cliché Pierre Rousset.

L’opercule relevé pour laisser sortir le corps.

Elégante striée (Pomatias elegans), parc des Beaumonts, 16 mai 2016, clichés Pierre Rousset.

Elégante striée (Pomatias elegans), parc des Beaumonts, 18 avril 2016, cliché Pierre Rousset.

Elégante striée (Pomatias elegans), parc des Beaumonts, 17 juin 2016, cliché Pierre Rousset.


 Famille des Succinéidés (Succineidae)

Ces gastéropodes ne possèdent qu’une seule paire de tentacules, car la paire antérieure est vestigiale dans la famille des Succineidae. Le corps est gros et ne peut se rétracter entièrement dans la coquille. Hygrophiles sans être amphibies, ils peuvent nager renversés comme des limnées.

Ambrettes Succinea putris ou Oxyloma elegans

Les Ambrettes, de la sous-famille des Succeneinae, forment un complexe de deux espèces. Une dissection de l’appareil génital est nécessaire pour les différencier. Succinea putris Linné diffère d’Oxyloma elegans Risso par un épiphallus simple et libre et l’absence d’appendice pénien. Le corps de Succinea putris est en général de coloration brun jaune, mais il existe aussi des formes gris sombre. Celui d’Oxyloma elegans est en général sombre, mais il existe des formes claires.

Taille : 10-17 mm pour putris (exceptionnellement 24 mm) et 9-12 mm (exceptionnellement 20 mm) pour elegans.

Habitat : Milieux très humides : rives de cours d’eau, bords des lacs, marais, prairies humides. On peut le trouver sur dans la végétation palustre telle que les joncs, les iris, les rubaniers…

Aire de répartition : largement répandue sauf en montagne.

L’Ambrette est un petit escargot de forme allongée dont la coquille très fine est composée habituellement de trois tours de spires. Le dernier tour occupe les 2/3 de la hauteur totale de la coquille. La finesse de sa coquille, de la couleur de l’ambre, qui va du gris-pâle au brun et à l’orangé laisse souvent apercevoir les organes internes de l’animal.

Ce mollusque peut vivre trois années en hibernant dans le sol ou sous les feuilles. Bien qu’hermaphrodite comme les autres escargots, il doit s’accoupler car les gamètes mâles et femelles n’arrivent pas à maturité à la même époque.

Ambrettes (trois, mare perchée), parc des Beaumonts, 21 mai 2014, clichés Pierre Rousset.

Ambrette en mouvement, parc des Beaumonts, 27 mai 2016, clichés Pierre Rousset.


 Famille des Arionidés (Arionidae)

Limaces sans carène sur la ligne dorsale médiane, à coquille interne généralement absente ou très réduite. Glande muqueuse caudale juste au-dessus de l’extrémité postérieure du corps. Famille de répartition holarctique ; seule la sous-famille des Arioninae est représentée en Europe où elle serait confinée. Généralement herbivore, mais peuvent manger des ordures ou des cadavres.

Toutes les espèces d’Arioninae – dont celles présentent aux Beaumonts – appartiennent au genre Arion, sauf une confinée au sud-ouest de l’Irlande.

Grande loche Arion rufus

Synonyme : Arion ater rufus (Linnaeus, 1758), Arion ater (Linnaeus, 1758), Arion empiricorum A. Férussac, 1819, Arion nigra.

Les loches rufus et ater ne se distinguent qu’à la dissection, la première appelée couramment loche rouge ayant en fait des coloris très variables ; la seconde portant le nom vernaculaire de loche noire. Elles sont considérées comme des espèces séparées (Arion rufus, Arion ater) ou comme des sous-espèces (Arion ater rufus, Arion ater ater).

Taille : très grande (longueur jusqu’à 10-15 cm en extension, voire 20).

Habitat : très varié, quasiment tous types de milieux. Bois, jardins, prairies, haies, landes, cultures, terrains calcaires ou acide...

Aire de répartition : ouest- et centre-européenne.

Statut aux Beaumonts : abondant.

Arion rufus semble ubiquiste et de coloration très variable. La forme rouge est courante aux Beaumonts, la présence de la forme noire pas évidente.

Les couleurs des loches aux Beaumonts peuvent être rouge brique, orange, brune, gris, blanchâtre, jaunâtre… L’image ci-dessous, notamment, réfère au complexe d’espèce Arion fuscus/subfuscus dont la taxonomie est encore à approfondir dans nos régions : Arion fuscus (O.F. Müller, 1774) Loche rousse, Arion subfuscus (Draparnaud, 1805) Loche roussâtre. Une autre photo réfère probablement à la Loche méridionale (Arion lusitanicus).

Loches rousse/roussâtre (Arion fuscus/subfuscus) se nourrissant du cadavre d’un lombric et présentant une palette de coloris. Parc des Beaumonts, 1er mai 2015. Cliché Pierre Rousset.

On voit bien l’orifice respiratoire (le pneumostome) largement ouvert. Il fait communiquer la cavité palléale transformée en poumon avec le milieu extérieur.

Loche rouge (Arion rufus) se nourrissant d’une feuille. Parc des Beaumonts, 1er mai 2015. Cliché Pierre Rousset.

Loche méridionale (Arion lusitanicus) le corps en extension. Parc des Beaumonts, 17 juillet 2014. Cliché Pierre Rousset.

Loche rouge (Arion rufus) d’un coloris dit typique. Parc des Beaumonts, 19 septembre 2013. Cliché Pierre Rousset.


 Famille des Hygromidés (Hygromiidae)

Cette famille rassemble de nombreuses espèces de taille petites à moyennes. Leurs formes sont très diverses (discoïde, globuleuse, turriculée). Elles se définissent par leurs caractères anatomique. Elle est divisées en cinq sous-familles dont :

La sous-famille des Hygromiinae  : de nombreuses espèces d’apparence très variée qui ne sont reliées que par des caractères anatomiques.

Caragouille globuleuse, Cernuella virgata, (Da Costa, 1778) [MD]

Synonymes : il existe de nombreux synonymes dont Helicella virgata, H. maritima, H. variabilis...

Taille : Petite. Largeur de 8,8 à 20 mm, hauteur de 4,2 à 11, 5 mm.

Coquille globuleuse à spire haute et convexe de 5-7 tours.

Habitat : lieux secs et ouverts, lisières sur calcaire, prairies, haies, dunes.

Aire de répartition : Europe de l’Ouest, Méditerranée.

Statut aux Beaumonts : semble abondant.

Coquille blanche à brune avec en général des bandes spirales bruns sombres qui se fondent parfois formant quelques rayures très larges. Parfois aussi dépigmentées. Très variable de forme, taille et coloris.

Caragouille globuleuse (Cernuella virgata), parc des Beaumonts, 18 juin 2013, cliché Pierre Rousset.

Caragouille globuleuse (Cernuella virgata), parc des Beaumonts, 21 août 2013, clichés Pierre Rousset.


Pierre Rousset

Pour accéder à la seconde partie (article 38117) :

Quelques escargots et limaces des Beaumonts (Montreuil 93) – II – Des Monachinés aux Planorbidés

Remerciements : En avril 2005, Morgane Dumas a bien voulu identifier pour nous un certain nombre de coquilles d’escargots que nous lui avions transmises. Qu’elle en soit remerciée ! Plus récemment, Abderhamane Latreche (Muséum National d’Histoire Naturelle) et Yves Dachy (naturaliste à Bédarieux) apportent aussi leur aide, tant pour l’identification des photos que pour des conseils et corrections concernant le texte ou la recherche des mollusques. André Lantz a transmit ses propres observations, concernant notamment les Ambrettes (Succinea). Quant à Lilian Léonard, chargé de mission en Malacologie au Service du Patrimoine Naturel du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, il m’a fourni de nombreux commentaires et corrections à partir desquelles le texte a été revu dans son ensemble.


Notes

[1http://inpn.mnhn.fr/. La plupart des guides ne donnent pas ou peu de noms français qui peuvent, par ailleurs, varier suivant les régions.