A l’approche des municipales, le Front de gauche se fissure

Quel avenir pour le Front de gauche ? Plus les mois passent, plus les relations entre le Parti communiste et le Parti de gauche se dégradent. Même quand les deux partenaires se retrouvent, comme le 1er décembre, pour manifester contre la hausse de la TVA, le message est relégué au second plan par des polémiques, en l’occurrence celle sur les chiffres de participation.

Le week-end des 14 et 15 décembre, le PG a choisi de déplacer la bataille sur le terrain européen. De nouveau, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a été visé. Lors du congrès du Parti de la gauche européenne (PGE) à Madrid, la formation de Jean-Luc Mélenchon – lui-même en voyage en Equateur – a voté contre la réélection de son allié communiste à la tête de cette coalition de la gauche radicale européenne et y a suspendu sa participation. Motif invoqué : les municipales à Paris, où le PCF, porté par son numéro un, a choisi de s’allier avec le PS, quand le PG défend l’indépendance vis-à-vis des socialistes.

« C’EST UNE BÊTISE. ÇA AMÈNE ENCORE PLUS DE TENSION »

La question des municipales continue d’empoisonner les relations entre les deux partenaires et bloque toute avancée sur les européennes. Les têtes de liste ne sont toujours pas désignées. Pour le PG, il est urgent d’attendre : il espère que les résultats, notamment dans la capitale, modifieront le rapport de force en sa faveur. Ce qui lui permettrait de revendiquer la tête de liste en Ile-de-France et de contester la place au sortant communiste, Patrick Le Hyaric.

Un point de vue que ne partage évidemment pas M. Laurent. « Leur intérêt comme le nôtre est d’être prêt rapidement, expliquait récemment le secrétaire national du PCF. De janvier à mars, tout le monde va être dans les municipales, il faut installer notre campagne avant. »

Las. Si le PCF espérait mettre sous le tapis l’histoire des municipales, c’est raté. « Ce n’est pas nous qui mettons en danger le Front de gauche, lance Martine Billard, coprésidente du PG. Ce qui est mortifère, c’est de ne pas garantir l’autonomie du Front de gauche. »

Le choix du PG ce week-end a été mal vécu par les autres forces du rassemblement. « C’est une bêtise, reconnaît Myriam Martin, une des porte-parole d’Ensemble, rassemblement des « petits » partis du Front de gauche. Ça amène encore plus de tension. »

« SPIRALE DÉLÉTÈRE »

Le PG est montré du doigt, mais le PCF n’est pas épargné. «  Au nom de l’unité, on ne peut pas être amené à n’être que ceux qui aideront les sortants communistes à être réélus, note Clémentine Autain, autre porte-parole d’Ensemble. Il faut que chacun puisse s’y retrouver mais ce ne sera pas le cas s’il n’y a plus de Front de gauche. »

Inconcevable il y a quelques mois, la possibilité de la disparition du Front de gauche commence à hanter des esprits. « La menace d’éclatement pèse », s’inquiète Mme Autain, tandis que Mme Martin appelle à « arrêter la surenchère ». « Si Pierre Laurent est à ce point infréquentable, pourquoi on se met tous autour de la table toutes les semaines ? », ajoute-t-elle. Même son de cloche chez Christian Picquet, président de la Gauche unitaire, qui estime que « l’on s’approche d’une zone à haut risque ».

Comment, dès lors, dépasser ce que certains qualifient de « spirale délétère » ? Si tous clament leur attachement au Front de gauche, le temps presse, à quelques mois des municipales et des européennes. M. Picquet veut rester optimiste. « Si on le veut, on a encore la possibilité de sortir de cette passe difficile et inquiétante », assure-t-il. Chacun le veut-il ? La question est posée.

Raphaëlle Besse Desmoulières


P.-S.

* LE MONDE | 18.12.2013 à 12h19.

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