Miguel Romero (1945-2014) – « el Moro » – nous a quittés. Du combat contre le franquisme à la IVe Internationale, il fut pour nous une référence militante

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Pour nous militants de la IVe Internationale de ces quarante dernières années, Moro – le Maure – a été une référence militante. Il a été un des fondateurs de la Ligue communiste révolutionnaire, section espagnole de la IVe Internationale dans les années 1970. Il avait participé dès la fin des années 1960 aux organisations du mouvement étudiant de Madrid, notamment le FLP (front de libération populaire) contre la dictature franquiste.

Le Moro était un de ces jeunes étudiants produit de la radicalisation de la jeunesse des années 1960 qui liaient leur engagement contre le franquisme aux montées révolutionnaires de l’époque, de Mai 68 à la lutte de libération du peuple vietnamien et au printemps de Prague. C’était profondément un internationaliste.

Mai 68, l’intervention de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire) et les premières années de la Ligue communiste en France vont le conduire à travailler avec la IVe internationale.

Il aura été le principal dirigeant de la LCR en Espagne durant toutes ces années de clandestinité et lors de la transition post franquiste. Il a été ensuite, à contre courant du désenchantement des lendemains de la fin de la dictature franquiste, un des animateurs de la LCR, mais au-delà de la gauche révolutionnaire de l’Etat espagnol, le Moro a aussi été un des principaux animateurs de la IVe Internationale en Europe, ainsi qu’en Amérique latine où il a participé à une série débats stratégiques de la révolution latino-américaine, notamment en Amérique centrale. Il a aussi, entre autres avec Daniel Bensaid, à qui l’unissait une vraie complicité politique et une profonde amitié, contribué à la construction des sections de l’Internationale, en Bolivie, Mexique et Brésil...

Il a ensuite choisi de poursuivre son engagement politique en créant la revue Viento Sur, une revue de référence tant par sa qualité que par son ouverture intellectuelle et politique. Il l’aura dirigée et animée jusqu’à la fin de sa vie, malgré un cancer qui le déchirait et ses forces qui s’épuisaient.

Avec la création d’Izquierda anticapitalista est apparue une organisation révolutionnaire qui faisait sienne les combats qu’il n’avait cessé de partager et il lui a apporté tout le soutien dont il se sentait capable.

Moro a été pour notre génération un exemple de ce que signifie l’engagement politique. De la clandestinité à la construction quotidienne d’organisations révolutionnaires, il était toujours présent. Loin de tout dogmatisme et sectarisme, il cherchait dans toutes les expériences révolutionnaires ce qui pouvait changer les choses, ce qui pouvait conduire à faire de la politique concrète. Mais, c’était surtout un exemple dans les relations militantes : un profond respect des individus, la recherche de ce qui unissait plutôt que ce qui divisait, et une profonde sympathie.

Paco Robs et François Sabado