Guadeloupe 2009-2014 : Ruddy Alexis, (in)justice néocoloniale

Lundi 31 mars, le procès en appel de Ruddy Alexis était censé s’ouvrir au Palais de justice de Paris (voir ci-dessous). Il avait été accusé du meurtre de Jacques Bino, syndicaliste et membre du LKP, tué par balles pendant le grand mouvement de 2009 en Guadeloupe...

La police a arrêté plusieurs personnes pour finalement inculper Ruddy Alexis de meurtre : 44 mois de préventive, dont 27 à l’isolement, pour finir par être acquitté, à l’unanimité des jurés, lors de son procès en première instance.

Ce procès s’est tenu au tribunal d’instance de Basse-Terre. L’opinion publique guadeloupéenne s’est largement solidarisée de Ruddy Alexis. Mais le Parquet, qui avait besoin d’un coupable pour éviter une enquête plus approfondie sur le rôle de la police dans cette période critique, a fait immédiatement appel du jugement, et a décidé de délocaliser le procès en appel, en le « dépaysant » à Paris.

Le comité de soutien de Ruddy Alexis, sa défense, une large partie des forces politiques et syndicales de l’île, se sont opposés à cette décision néocoloniale. Élie Domota, porte-parole du LKP et secrétaire général de l’UGTG, ainsi que le maire de Pointe-à-Pitre ont pris position contre. Il existe une cour d’appel créée précisément pour répondre à l’éloignement. Et qui peut croire que la justice sera mieux rendue à Paris qu’à Basse-Terre ?

Cette délocalisation a eu pour conséquence immédiate la fragilisation de la défense. Les transports et l’hébergement à Paris sont à la charge de l’accusé. Ils concernent l’inculpé mais aussi ses avocats, les témoins de la défense qui sont limités à 5, alors qu’une vingtaine avaient été sollicités en première instance. Et le procès en appel dure plus de 10 jours !

Arrêté, relâché... condamné ?

Le lundi 31 mars, Ruddy Alexis, actuellement au chômage, s’est présenté au tribunal de Basse-Terre, en disant qu’il n’avait pas les moyens d’aller à Paris et qu’il était à disposition de la justice. Il a été immédiatement arrêté et embarqué en avion pour Paris sous mandat d’amener. Il y est arrivé le mardi matin. Impossible pour le juge des libertés et de la détention de le garder au dépôt puisque acquitté, impossible de le mettre en centre de rétention parce que Français : il a donc été relâché vers 16 heures mardi 1er avril et s’est retrouvé sur le trottoir avec sa valise, seul ! Alerté par le comité de soutien, Monseigneur Gaillot a accepté d’héberger Ruddy Alexis dès le premier soir et ce pour toute la durée de son procès.

Et que dire d’une cour, de ses jurés, tous parisiens, appelés à juger un monde qu’ils ne connaissent pas ? L’interrogatoire des témoins qui n’ont pu venir se fait par visioconférence. Résultat : des cadrages mal faits (l’un des témoins est à peine visible tant il est déporté sur la droite de l’écran), un temps de transmission très long ce qui amène le président à reposer sa question au moment où la réponse lui revient, ce qui rend le tout inaudible... Un ensemble de difficultés techniques qui poussent le président à réduire l’interrogatoire à un QCM, où le témoin répond finalement par oui ou par non. Et ne parlons pas des parties du dossier formulées en créole, non traduites et donc incompréhensibles par la cour !

Tout ceci condamne cette justice prétendument indépendante. L’État français veut manifestement la condamnation de Ruddy Alexis.

JMB

* Paru dans Hebdo L’Anticapitaliste - 237 (10/04/2014). http://npa2009.org/


Justice : est-il fini, le temps des colonies ?

On se souvient de l’assassinat du syndicaliste Jacques Bino lors de la grande grève générale menée en 2009 par le LKP en Guadeloupe. Devant l’émotion de la population, les autorités se devaient de trouver un coupable et ce fut l’inculpation d’un innocent : Ruddy Alexis...

Enfermé pendant 45 mois dont 24 en isolement, il fut finalement acquitté à l’unanimité par la cour d’assises de Basse-Terre. Mais c’était sans compter sur la décision du parquet de faire appel 3 heures à peine après le verdict. Et en prime il « dépayse » le nouveau procès à Paris. Une décision exceptionnelle... et scandaleuse, alors même qu’une cour d’appel a été crée à Basse-Terre pour répondre à l’éloignement.

Justice de classe, justice coloniale

Le procès s’est donc ouvert lundi 31 mars devant les Assises de Paris... Mais sans l’inculpé, ni les témoins, ni les avocats qui, au même moment, tenaient une conférence de presse à Basse-Terre et dénonçaient une procédure qui les empêchait notamment de venir à Paris pour des raisons financières.
Le procès devait donc se dérouler en duplex devant une cour d’assises ignorant tout de la situation en Guadeloupe. Nouveau scandale : lundi, la cour a décidé de faire arrêter Ruddy Alexis et de l’amener de force à Paris, pour comparaître mercredi 2 avril. Les centres de rétention refusant de l’accueillir, les gendarmes l’ont laissé seul dans Paris...

En Guadeloupe tout comme en France, de nombreux démocrates s’indignent devant un tel scandale initié sous la droite et confirmé sous la gauche, avec une ministre de la Justice, Taubira, qui laisse faire... Le procès devrait durer près de deux semaines et déjà plusieurs personnalités se sont portées garantes de l’inculpé, dont Mgr Gaillot, présent au procès et prêt à l’héberger.

Correspondant

* Paru dans Hebdo L’Anticapitaliste - 236 (03/04/2014). http://npa2009.org/


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