Grandes manœuvres à la fête de l’Humanité

Beaucoup de soleil et beaucoup de monde cette année à la fête de l’Huma. Comme d’habitude, une partie du public est venue pour les concerts, mais la grande majorité était venue participer à la plus grande des fêtes populaires qui en est à sa 79e édition.

Les militantEs du PCF s’affairent dans leurs stands pendant que la grande masse du peuple de gauche, toutes tendances confondues, parcourent des allées essentiellement décorées de mots d’ordre contre l’austérité signés « PCF-Front de gauche ». Toutes les organisations de la gauche radicale ont leur stand, mais ce sont évidemment les organisations du Front de gauche – PCF, mais aussi PG, Ensemble et même la toute petite Gauche unitaire – qui ont les plus grandes superficies.

La participation aux débats a semble-t-il été assez moyenne, et dans les allées, on peut sentir cette année un profond malaise. La violence de la crise, les débats internes au Front de gauche, l’hostilité violente vis-à-vis du PS, et les méfiances nourries par rapport à Mélenchon, dominent les interrogations, sur fond d’inquiétudes face à la montée du Front national.

La grande bouffe

La fête de l’Huma a toujours été un révélateur de ce qui se passe à gauche. Cette année en a été une nouvelle illustration, avec l’alignement du PCF sur une orientation préparatoire à une « nouvelle union de la gauche ». En témoigne la participation des « frondeurs » du PS, très présents lors d’un repas fort médiatisé le samedi midi et dans le débat politique central, ainsi qu’EÉLV dans toutes ses composantes... même la moins hostile à Valls (Jean-Vincent Placé).

C’est la Gauche unitaire de Christian Piquet qui trace le plus clairement cette orientation, organisant sur son stand un débat autour du thème « Vite une nouvelle majorité rose, verte, rouge » avec Pierre Laurent, Marie-Noëlle Lienemann, David Cormand et Pascal Cherki…

Et dans son discours de clôture de la fête, Patrick Le Hyaric a été très clair : il a demandé humblement à Hollande de changer de Premier ministre et de politique, reprenant ainsi le fond du discours des « frondeurs », opposés à la politique du gouvernement mais « pas dans l’opposition »...

Chacun ses préoccupations

Dans ce cadre, Mélenchon ou Ensemble sont rétrogradés par la direction du PCF en seconde division... Certes, tout ce beau monde, certains en s’imposant, aura finalement été invité à déjeuner à la table de Pierre Laurent samedi midi, mais c’était juste pour la photo.

Plus isolé que les années précédentes, Jean-Luc Mélenchon a tenu son propre meeting dans le stand du PG, et ses promenades dans les allées ont été accueillies par moins de monde, moins d’applaudissements, et plus fraîchement que les autres fois, avec en particulier des critiques sur son soutien à Kerviel, accueilli en grande pompe sur le stand du PG samedi matin. De fait, Mélenchon ne croit plus au Front de gauche et veut dépasser les partis politiques pour préparer sa candidature à la prochaine présidentielle, avec la création de son « Mouvement pour la VIe République ».

Enfin, on notera que le débat, pourtant important, organisé sur le stand des Bouches-du-Rhône par le collectif unitaire issu du 12 avril (voir article en page 8), n’aura été mentionné ni dans le programme de la fête ni dans le compte rendu fait par l’Humanité. Y ont participé quelques dizaines de personnes, preuve de l’intérêt accordé à cette question par les différentes directions politiques. Il est vrai que l’on n’y parle pas d’élection...

Un stand très animé

En ce qui concerne le NPA, il y avait beaucoup de monde sur notre stand, plus que d’habitude, avec des discussions fraternelles, notamment avec des militantEs du PCF, des ex-LCR, des ex-NPA ou sans-partis... Le stand était animé par les militantEs du NPA, notamment avec la présence d’Olivier Besancenot, Christine Poupin et Philippe Poutou.

C’était archi-comble pour le débat autour de la Palestine, lancé par Olivier Besancenot et animé par Alain Pojolat et Julien Salingue. La librairie La Brèche a vendu beaucoup de livres, dont plus d’une centaine d’exemplaires du dernier livre d’Olivier Besancenot et de Michael Löwy, Affinités révolutionnaires. Des dizaines de signatures ont été recueillies pour la pétition demandant la relaxe d’Alain Pojolat. Devant notre stand se sont installées les tables des Sanofi en lutte et des Sans-papiers. Plus de 10 000 tracts ont été diffusés durant le week-end, et plusieurs dizaines des personnes en ont profité pour prendre contact avec nous.

« On n’est pas toujours d’accord avec vous mais heureusement que vous êtes là » est la réflexion entendue qui résume peut-être le mieux ce week-end. Trois journées intéressantes et révélatrices. À l’année prochaine !

Alain Krivine


P.-S.

* Paru dans l’Hebdo L’Anticapitaliste - 256 (18/09/2014). http://www.npa2009.org/

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