Parti socialiste : le spectre de l’effondrement ?

, par SABADO François

Après les élections municipales, puis les européennes, les dernières élections au Sénat constitue une nouvelle défaite pour le Parti socialiste. On ne voit plus ce qui pourrait le sauver de l’effondrement. Et pourtant...

Et pourtant, il persiste et signe dans sa politique capitaliste néolibérale au service du Medef et des classes dominantes. Pourquoi alors une telle brutalité dans les choix de Hollande et de Valls ? Pour comprendre, il faut revenir quelques années en arrière.

En finir avec la social-démocratie...

Valls est de ceux qui ont clairement revendiqué l’abandon de la « référence socialiste, historiquement datée ». Il a aussi épousé les thèses de « Terra Nova », organisme d’études et de recherches lié au PS, qui a proposé aux socialistes de « changer de base sociale », de substituer aux classes populaires « les classes moyennes et moyennes supérieures » : la nouvelle sociologie de Paris et des grandes capitales régionales du pays. Bref, d’en finir avec une certaine histoire de la social-démocratie française.

De là la prétention de faire un « Bad Godesberg » à la française – le congrès de Bad Godesberg ayant vu la social-démocratie allemande rejeter en 1959 ses références au marxisme. Ces déclarations s’inscrivent dans l’évolution du PS depuis le début des années 80. En effet, la trajectoire « sociale libérale » du Parti socialiste n’est pas nouvelle. Son intégration dans les sommets de l’État et du capital financier est avérée depuis plusieurs années. Son processus de transformation de parti social-démocrate en parti bourgeois de type « parti démocrate à l’américaine » est bien avancé.

Mais cela ne suffit pas à Valls : le PS reste trop à gauche. Les quelques traces de son histoire qui travaillent, encore, les contradictions de ce parti doivent être éliminées. D’où la mise en scène : crise gouvernementale, show au Medef, nomination d’un banquier à l’économie, attaques contre les chômeurs... Toute une panoplie qui vise à marquer une rupture.

Aucune hypothèse ne peut être écartée

Alors, qui peut dire ce que sera la situation du PS dans les semaines ou les mois qui viennent ? Jusqu’à maintenant, un processus comparable à celui du Pasok – le mouvement socialiste panhellénique qui s’est effondré – semblait écarté, mais les choix de l’équipe Hollande-Valls peuvent provoquer un écroulement de ce PS. Le pourrissement sur pied, avec de nouvelles défaites électorales en 2015, jusqu’à la déroute annoncée de 2017, est possible. Mais aucune hypothèse ne peut être écartée, depuis la « dissolution » – où le PS risquerait sa dislocation – à la réorganisation de l’appareil socialiste autour d’une nouvelle équipe « plus à gauche », avec des responsables comme Martine Aubry ou d’autres d’un profil similaire.

Mais le problème, c’est que l’ancrage néolibéral du PS pèse sur tout le parti. Aussi, à ce stade, les fragmentations ou oppositions ne débouchent pas sur des courants de gauche. Jusqu’à ce jour, tous ont accepté les politiques d’austérité. Les « frondeurs », divers et variés, ont soutenu, voire participé, à un gouvernement qui a adopté la ligne du Pacte de responsabilité, cet accord scélérat avec le patronat. Et dans cette politique, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, occupait les avant-postes...

C’est ce qu’explique, dans un entretien au journal le Monde, un des porte-paroles des « frondeurs », Christian Paul, admettant qu’« il n’y a pas de fracture radicale au sein du PS » Et Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, insiste en soulignant que « leur faiblesse [à propos des frondeurs], c’est qu’ils ne sont pas sur une ligne différente ». C’est aussi ce que traduit d’ailleurs leur abstentionnisme dans les votes à l’Assemblée nationale. Et un de leurs dirigeants, Jérôme Guedj, de conclure : « Soit nous continuons dans un baroud d’honneur, ce qui va finir par lasser tout le monde, soit nous passons le cap et nous votons contre »... Sauf que là les frondeurs ne dépasseront pas la dizaine !

Indépendance et rupture

Il n’empêche qu’une telle crise provoque des tensions, des questionnements, des possibilités de dialogue avec des militants socialistes, qu’il faut suivre précisément. Face à la crise politique, qui désoriente et démobilise le peuple de gauche, il faut l’action et la discussion commune, contre toutes les politiques d’austérité, mais pas pour se retrouver à la remorque d’ex-ministres qui – il y a peu – soutenaient le Pacte de responsabilité...

Le suivisme vis-à-vis des parlementaires abstentionnistes ne peut constituer une alternative à Valls, surtout lorsque ceux-ci peuvent se retrouver demain dans une nouvelle combinaison politique, toujours avec le même président. C’est malheureusement ce que tente éperdument de faire la direction du PCF, à la recherche d’une nouvelle « Union de la gauche ».

L’efficacité contre le patronat, les droites et l’extrême droite, c’est la rupture avec toutes les politiques d’austérité et l’indépendance nette vis-à-vis du Parti socialiste et de toutes forces qui s’allient avec lui.

François Sabado