Syrie : la révolution résiste à Salamiyah – « Cette âme de la révolution populaire syrienne a besoin d’une solidarité internationaliste sans faille »

, par NAISSE Ghayath

Si Kobané n’est pas tombée entre les mains de Daesh, c’est grâce à la résistance des forces présentes dans la ville et aux renforts des peshmergas d’Irak et de quelques bataillons supplémentaires de l’Armée syrienne libre (ASL). Mais Daesh, organisation réactionnaire, voire fascisante, contre-révolutionnaire, n’est pas la seule menace contre les villes « libérées » ou au cœur de la révolution...

Il y a Jabhat al-Nosra, frère jumeau de Daesh et affilié au groupe terroriste Al-Qaïda, Ahrar Alsham et d’autres petits groupes jihadistes. Sans oublier bien entendu le premier élément contre-révolutionnaire et de loin le plus meurtrier : le régime de Bachar al-Assad. Ce dernier achève le siège d’Alep, la deuxième ville du pays, après de longs mois de bombardements. Ses troupes reconquièrent des villes autour de Hama, au centre du pays, et de Damas, dans la Ghouta.

Jabhat al-Nosra a attaqué les positions de Jabhat thuwar souria (le front des révolutionnaires de Syrie), une force « démocratique » de l’ASL, dans la région d’Idlib au nord-ouest du pays, le forçant à se retirer. Al-Nosra rejoue le scénario de Daesh, tentant de créer un « Émirat islamique » dans cette zone. Les combats contre Al-Nosra se poursuivent dans la région d’Idlib. Al-Nosra avance aussi vers Efrin, ville kurde à 200 km à l’ouest de Kobané, et une des trois provinces déclarées auto-­administrées par le PYD.

L’âme de la révolution

Salamiyah est le symbole de la révolution populaire. Cette ville se situe au centre de la Syrie, entre Hama et Homs, s’ouvre à l’est vers le désert et l’Irak, à l’ouest vers la Méditerranée, au sud vers Damas, et au nord vers Idlib et Alep.

Elle, qui comptait 150 000 habitantEs avant la révolution, en compte aujourd’hui 300 000, avec la population déplacée de la campagne de Hama, et le double avec les localités aux alentours. Si cette population est à majorité ismaélienne (branche philosophique et libre penseuse du chiisme), la ville connaît historiquement une parfaite tolérance religieuse et culturelle. « Ville de la pauvreté et de la pensée », elle se distingue par un niveau culturel élevé – beaucoup de poètes et écrivains connus en sont issus – et surtout, a donné un grand nombre d’opposantEs. C’est le fief des partis laïques, nationalistes ou communistes.

Pour ces raisons, la ville a été négligée au niveau socio-économique, et réprimée par les régimes d’Hafedh et de Bachar al-Assad. L’éducation et une partie du système de santé y sont principalement prises en charge par des associations. Une classe ouvrière existe, qui travaille dans les usines modernes des environs de Hama, distante de 35 km.

Contre le régime dictatorial et les forces réactionnaires

Salamiyah est la troisième ville à s’être levée contre le régime en 2011. Les manifestations y sont pacifiques jusqu’à ce jour. Les coordinations révolutionnaires de base et le conseil local ont joué un rôle important dans les luttes et l’organisation de la solidarité avec les masses assiégées d’autres villes.

Beaucoup de ses militantEs sont tombés sous les balles du régime. Leur symbole est le jeune militant Mulhem Rustom, mort le 18 juin 2012 alors qu’il apportait avec ses camarades de l’aide alimentaire à la ville assiégée d’Al Rastan  [1].

Les coordinations de base y restent vivantes, notamment celle de femmes. Des bataillons de combattants ont été créés ces deux dernières années, mais sont actifs à la périphérie, pour épargner à la ville et sa population la destruction et l’immigration.

Sous contrôle du régime, la ville résiste malgré la répression : check-points en ville et aux alentours, coupures d’électricité (fournie une à deux heures par jour) et d’eau (fournie un jour toutes les deux semaines)... La résistance se fait donc contre le régime dictatorial, mais aussi contre les forces de Daesh, dont les troupes avancent de l’est, contre Al-Nosra, dont les troupes avancent de l’ouest et qui a conquis le village Alsotihat, à 5 Km à l’ouest.

La gauche révolutionnaire, les Factions de libération du peuple (FLP), les coordinations de base, et tous les démocrates et progressistes organisent dans cette ville la lutte contre ces forces contre-révolutionnaires : elles ne passeront pas !

Cette âme de la révolution populaire syrienne a besoin d’une solidarité internationaliste sans faille.

Ghayath Naisse