Inquiétudes à la centrale nucléaire de Cruas : le prochain Fukushima sera-t-il français ?

, par NPA (commissions diverses)

Suite aux multiples incidents survenus à Cruas en 2015, la CRIIRAD alerte : « il faut que les Français se préparent » à une « catastrophe nucléaire » [1]

Il faut dire que les éléments rapportés [2] par EDF et l’ASN, lors de la réunion de la CLI de décembre 2015 à laquelle la CRIIRAD participait, ont de quoi faire frémir.

Le 5 septembre, un corps étranger (pièce métallique de 300 grammes) a été découvert à la base du faisceau tubulaire d’un des générateurs de vapeur (GV) du réacteur n°3. Cette pièce appartenait à un outillage installé dans les GV lors des arrêts de réacteur pour… y éviter l’introduction de corps étrangers.

Les GV contiennent des milliers de tubes dans lesquels circule l’eau contaminée du circuit primaire, à une température de 320 °C et une pression de 15 bars. L’eau du circuit secondaire est amenée au contact de ces tubes où elle se transforme en vapeur afin de faire tourner les turbines génératrices d’électricité.

Le corps étranger, qui a été oublié pendant plusieurs mois, a frotté contre le faisceau de tubes du GV, entraînant une usure importante de deux d’entre eux dont un présentait une perte d’épaisseur de 75 % ! La catastrophe n’était pas loin : une rupture de tubes dans un GV pourrait entraîner un relargage massif de substances radioactives dans l’environnement, si rapidement que les autorités n’auraient pas le temps de lancer une évacuation. Seule solution : mettre immédiatement à l’abri la population la plus proche.
Ce n’est pas tout : le 17 juillet 2015, lors de l’arrêt de tranche du réacteur n°1, une opération de brossage mal préparée a entraîné la chute d’une centaine de fils métalliques d’un écouvillon dans le pressuriseur. Il a fallu 13 jours d’arrêt de tranche supplémentaire pour récupérer les fils : s’ils avaient été entraînés ultérieurement dans le circuit primaire, ils auraient pu endommager les assemblages de combustible nucléaire. Selon l’ASN, « il n’y a cependant pas de certitude absolue qu’ils aient été tous trouvés ».

La CRIIRAD ajoute : « les GV du réacteur n°1 sont en très mauvais état, l’ASN note à leur propos un « taux de bouchage des tubes proche de la limite autorisée », des « taux de fissuration des tubes importants », « un taux de fuite primaire-secondaire […] relativement élevé, etc. » Ils auraient dû être remplacés lors de l’arrêt de tranche de 2015. Cela n’a pas été fait. Interrogé en séance par la CRIIRAD sur les raisons de ce report, le directeur de la centrale a simplement indiqué que les nouveaux GV n’étaient pas disponibles au moment de l’arrêt ».

EDF, en sacrifiant la sûreté nucléaire sur l’autel de la rentabilité, est responsable de cette situation. C’est ce que pointe le 12 mars Stop Nucléaire 26-07, dans un communiqué de soutien à la grève des salariés de NUVIA, sous-traitant à Cruas : « la privatisation et l’organisation de nombreux niveaux de sous-traitance impliquent des risques majeurs d’accidents nucléaires (turn-over, maladies et accidents de travail, fatigue des salariés… ) ».

La situation n’est pas meilleure dans les autres centrales françaises. À Fessenheim, le 9 avril 2014, l’ASN indique qu’une « inondation interne dans la partie non nucléaire de l’installation a endommagé des systèmes électriques de sauvegarde et conduit à la mise à l’arrêt du réacteur » n°1. Les grappes de contrôle étant alors inopérantes, EDF a dû étouffer la réaction en mettant en œuvre une procédure rare (injection d’eau borée).

Pour compléter ce bref tour d’horizon, le Journal de l’Énergie [3] révèle des documents internes dans lesquels, en 2014, EDF a classé la majorité des diesels de secours en « état dégradé » (44%) ou « état inacceptable » (13%). Aucun n’est en « état correct ». Rappelons que ce sont ces groupes de secours qui, à Fukushima, n’ont pu prendre le relais suite à la coupure du réseau électrique national.

Le constat de la CRIIRAD n’est pas alarmiste. Les autorités envisagent désormais publiquement la possibilité d’une catastrophe nucléaire en France, et nous y « préparent », si l’on peut dire : pour l’IRSN, il faudra limiter les évacuations post-catastrophe et « restaurer une liberté individuelle vis-à-vis du risque radiologique » [4]. Dit autrement, « Vous êtes irradié ? Démerdez-vous ! » ...

C’est plutôt une protection collective qu’il faut assurer : partout où nous le pouvons, mobilisons-nous pour stopper cette industrie mortifère !

Commission nationale écologie du NPA