Répression policière inadmissible en Belgique – Le Commissaire de police de Bruxelles doit être démis de ses fonctions

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Le Commissaire de police de Bruxelles doit être démis de ses fonctions

Ce samedi 2 avril, la concentration contre le fascisme et l’islamophobie et en hommage aux victimes des attentats terroristes, prévue en face de la Bourse à Bruxelles a été durement réprimée par la police. Près de cent personnes ont été arrêtées et emmenées à la caserne d’Etterbeek. Des personnes se trouvant en terrasse d’un café, et même dans l’établissement, ont aussi été arrêtées.

« Les arrestations étaient systématiques, et souvent brutales », commente un des militants de la LCR arrêtés [1]. « Dans la cellule où je me trouvais, au moins une personne se trouvait à la Bourse sans aucun rapport avec le rassemblement ». Ajoutons que le président de la Ligue des Droits de l’Homme, Alexis Deswaef, a été la première personne arrêtée, alors qu’il venait d’arriver sur place. Arrêté « pour l’exemple », selon le commissaire Vandersmissen [2].

Les personnes arrêtées à la Bourse ne manifestaient pas (elles restaient sur place). Il n’y avait aucun calicot, aucune pancarte, aucun mégaphone, aucun slogan ni quoi que ce soit. Il est évident que le commissaire Vandersmissen a profité de l’arrêté de police pour diriger personnellement l’arrestation de quiconque se trouvait sur place et lui semblait susceptible d’être antiraciste. Il s’agit donc d’arrestations sur base de l’opinion politique (supposée) des personnes présentes, et pas d’arrestations de personnes qui « troublaient l’ordre public ».

Pendant ce temps-là, à Molenbeek, une trentaine de manifestants fascistes avaient tout le loisir de défiler avec une banderole et même d’aller jusqu’à l’Atomium ! « Les manifestants anti-islam se sont rassemblés au centre culturel Westrand, dans la commune brabançonne de Dilbeek. Ils se sont ensuite rendus à Molenbeek, où ils ont brandi une banderole et ont scandé des slogans. Après un quart d’heure, le groupe s’est dirigé vers l’Atomium », indique la RTBF.

La plupart des personnes arrêtées à Molenbeek sont des jeunes du quartier. A peine sept personnes liées à l’extrême droite ont été arrêtées. Dimanche 27 mars, cette même police de Bruxelles a laissé un groupe de 400 fascistes défiler jusqu’à la Bourse en faisant le salut nazi et attaquer violemment les personnes présentes pour se recueillir. Une douzaine de ces casseurs à peine ont été interpellés. Le rôle « politique » joué par la police de Bruxelles sous la conduite de son chef apparaît donc, une fois de plus, on ne peut plus clairement.

Monsieur Vandersmissen et ses hommes contribuent activement à casser le mouvement et les démonstrations de recueillement multiculturels qui se déroulent à la Bourse depuis les tueries du 22 mars. Par là même, ils favorisent l’option défendue par les groupuscules fascistes, de repli sur soi, de communautarisation, de rejet de l’autre et d’islamophobie. Ce qui est par ailleurs un des objectifs recherché par les terroristes de Daesh.

« Il est grand temps d’en finir avec les ‘je suis’, les bougies et les marches blanches… », affirme sur internet un groupuscule fasciste. Ce samedi 2 avril, c’est la police conduite par M. Vandersmissen qui s’en est chargée !

Yvan Mayeur, bourgmestre PS de Bruxelles, et Rudi Vervoort, Ministre Président PS de la Région bruxelloise, se sont mis à la remorque de la bourgmestre MR de Molenbeek. Ils ont pris des mesures de surenchère sécuritaires et liberticides, totalement inutiles par rapport à l’appel de l’extrême-droite à manifester à Molenbeek, de l’autre côté du canal. Ils sont politiquement responsables des abus de pouvoir commis par les « forces de l’ordre », dont le comportement est digne d’un état d’exception. C’est dangereux et inacceptable dans un régime qui se prétend démocratique. La LCR attend de l’ensemble des forces politiques et syndicales qu’elles dénoncent cette situation.

L’arrestation de simples passants et de personnes venues se recueillir pacifiquement et qui, de surcroît, ne portaient aucun signe indiquant leur participation à une manifestation, est inacceptable. Elle contraste avec la complicité éhontée de la police bruxelloise dimanche dernier à l’égard de militants fascistes. Dans les deux cas, la responsabilité du commissaire Vandersmissen est clairement engagée. La LCR exige sa destitution et que toute la lumière soit faite sur les incidents des 27 mars et 2 avril à la Bourse.

Direction Nationale de la LCR, le 2 avril 2016


Yvan Mayeur se défausse sur son chef de police

Yvan Mayeur se défausse sur son chef de police en prétendant que l’interdiction de rassemblement le 2 avril concernait exclusivement « les groupes d’extrême-droite » et « (je) ne comprends pas, dit-il, pourquoi tant de gens sont arrêtés administrativement, comme le président de la Ligue des Droits de l’Homme ». Citation : « Het manifestatie- en samenscholingsverbod gold enkel voor extreemrechtse groeperingen. Ik begrijp niet waarom er zoveel mensen administratief zijn aangehouden, zoals de voorzitter van de Ligue des Droits de l’Homme ». (http://www.standaard.be/cnt/dmf20160403_02217647)

C’est une contre-vérité. L’arrêté du Ministre Président de la Région, Rudi Vervoort, stipule explicitement le contraire : « Article 1er : Est interdit sur l’ensemble du territoire de l’Agglomération bruxelloise, ces 2 et 3 avril 2016, tout rassemblement de personnes dans le cadre de l’appel à la manifestation et au rassemblement »Expulsons les islamistes -Génération identitaire« ou dans le cadre de tout autre appel ou rassemblement y étant lié, visant à faire part, de quelque manière que ce soit (sic !), de son soutien ou de sa réprobation à l’égard de ce rassemblement. Cette interdiction vise par conséquent tant les organisateurs que les opposants à ces rassemblements ».

En même temps qu’il se défausse sur Vandersmissen (ce qui est politiquement lâche et fait le jeu de la dénonciation par l’extrême-droite des politiciens « pourris »), Yvan Mayeur couvre néanmoins son commissaire, en escamotant l’autre aspect de l’action de celui-ci, à savoir la complicité flagrante avec les fascistes, bien mise en lumière le 2 avril mais aussi le 27 mars.

C’est absolument inacceptable, en particulier de la part d’un bourgmestre qui se prétend « socialiste ». 1°) Il ne faut pas demander des « explications » à Vandersmissen, il faut l’écarter (c’est une mesure d’urgence pour donner un coup d’arrêt à la gangrène fascistoïde dans la police de Bruxelles). 2°) Il faut une commission d’enquête pour faire toute la lumière sur les évènements des 27 mars et 2 avril, avec possibilité pour les citoyens victimes des violences policières de témoigner.

LCR (Belgique), 4 avril 2016