Le retour des chacals : choristes pour le rétablissement de la peine de mort ou une perpétuité « réelle » (soit une peine de mort lente)

, par POJOLAT Alain

Alors que le débat sur la déchéance de la nationalité s’épuise, les propos nauséabonds qu’il avait entraînés continuent à faire florès, portés par l’extrême droite, Les Républicains...et le ministre de la Justice lui-même.

Sans surprise, le Front national, fidèle à lui-même depuis sa création, mène campagne pour un référendum où il faudrait choisir « entre le rétablissement de la peine de mort et une peine de perpétuité réelle » (Marine Le Pen le 13 mars dernier).

Même son de cloche chez certains Républicains. Passons rapidement sur le « ces gens-là mériteraient de passer au peloton d’exécution » proféré par Nadine Morano, dont les outrances verbales font les délices des réseaux sociaux, pour nous attarder sur le cas d’Olivier Dassault. Le président du conseil de surveillance du groupe Dassault, marchand d’armes sans scrupules, qui commerce avec les dictatures les plus sanguinaires dont l’Arabie saoudite, tout cela avec l’aval du gouvernement, trouve, lui, que « la perpétuité réelle n’est pas dissuasive et qu’il faut rétablir la peine de mort »... Les populations martyrisées par les bombardements aveugles de l’armée française en Libye, en Syrie, où ailleurs, les milliers de morts ou mutilés, apprécieront... Car comme le dit Dassault « Quand on vend du matériel, c’est pour que les clients s’en servent » !

« Sans perspectives de sortie »...

En bonne bourgeoise « éclairée », et contrairement à son ami Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, n’est pas fan d’un éventuel retour à la guillotine. Mais trouvant quand même l’arsenal judiciaire actuel un peu laxiste, elle initiait le 21 mars une pétition exigeant « une perpétuité réelle et effective ».

Il n’en fallait pas plus à Manuel Valls pour saisir la perche qui lui était tendue : « Nous n’avons aucun problème à examiner toutes les mesures qui soient efficaces dans le cadre de notre état de droit, dans le respect de nos valeurs » (sic). Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice, pense lui que « aujourd’hui on peut être en prison en France sans perspectives de sortie », faisant allusion à Georges Abdallah que l’État français maintient scandaleusement en détention depuis 32 ans malgré deux décisions de justice favorables à sa sortie.

Fin effroyable... ou effroi sans fin ?

Et seul Bruno Leroux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, rompt le discours obscurantiste dominant, qualifiant de « peine de mort lente » la prison avec perpétuité effective, rappelant le principe de droit édicté par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) que la France a signé : « toute peine de réclusion doit comporter à terme un espoir de sortie de prison ».

Ce débat mortifère fait régresser l’ensemble de la société. Quel que soit le bilan très négatif que l’on peut tirer de l’exercice du pouvoir par la gauche, l’abolition de la peine de mort en 1981, à l’issue d’un difficile combat idéologique, à contre-courant d’une opinion publique déjà manipulée par la droite, fut une rupture, une conquête, une victoire contre la barbarie. Les partisans du rétablissement de la peine de mort, au prétexte qu’elle serait dissuasive, ont depuis été définitivement disqualifiés par les statistiques effectuées, entre autres, par Amnesty International... Mais la peine de mort lente en prison, sans espoir de sortie, doit elle aussi faire partie d’un monde qui doit disparaître.

Alain Pojolat