Référendum sur l’appartenance à l’UE en Grande-Bretagne : Contre le racisme, pour un vote « stay in » critique

, par THORNETT Alan

Le Parti conservateur actuellement au pouvoir en Grande-Bretagne est profondément divisé et en crise au moment où nous nous approchons du référendum sur l’adhésion à l’Union européenne le 23 juin...

Le Premier ministre Cameron avait promis le référendum pendant la campagne des élections parlementaires de l’année dernière afin de récupérer des voix qu’il perdait au profit de UKIP dans une situation où il ne s’attendait pas à gagner les élections. Il doit actuellement regretter ce minable petit jeu opportuniste car le résultat du référendum est loin d’être certain.

La campagne dominante pour le Brexit est un étalage nauséabond de racisme et de xénophobie, et cela empire de jour en jour. C’est un référendum d’abord et avant tout sur l’immigration. Pour les conservateurs et UKIP, l’UE est remplie d’étrangers et d’étrangères, et ils n’en veulent pas ici... Un vote pour la sortie sera vu avant tout comme un vote contre l’immigration, alors que des migrant.e.s se noient par dizaines de milliers dans les mers Méditerranée et Adriatique.

Dans ces conditions, cet article – et c’est la position de Socialist Resistance – argumente en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE lors du référendum afin de s’opposer à une montée de plus en plus forte du racisme et de la xénophobie.

 La gauche radicale divisée

Les deux organisations les plus importantes, le SWP et le Socialist Party (CIO) font campagne pour le Brexit, et une série d’organisations plus petites, dont Socialist Resistance et Left Unity, font campagne pour rester dedans, aux côtés du Parti des Verts, du Parti National Écossais (SNP) et de Plaid Cymru (les indépendantistes du Pays de Galles).

Jeremy Corbyn fait aussi campagne pour rester dans l’UE, sur des bases similaires, c’est-à-dire avec un positionnement de gauche très différent de celui de Cameron : pour une Europe sociale, pour une Europe des peuples, etc.

Il existe deux campagnes de la gauche radicale pour le Brexit : une qui comprend le SWP et le Parti communiste (GB), et l’autre du Socialist Party sur la même base politique. Ces deux campagnes ont été noyées par la droite xénophobe, et n’ont aucune visibilité dans le référendum. Malheureusement, les conditions n’existent pas dans ce référendum pour qu’il puisse y avoir une campagne de gauche progressive et crédible pour la sortie, avec des forces significatives qui la soutiennent et qui pourrait avoir un profil distinct de la campagne de droite.

Les deux campagnes de la gauche radicale pour la sortie fondent leur position sur la nature réactionnaire et anti-ouvrière de l’UE, le rôle joué par celle-ci en Grèce en étant la meilleure démonstration. Et bien sûr, ils ont raison. L’UE est une structure réactionnaire et anti-ouvrière, qui a effectivement appauvri la nation grecque entière sur l’autel du sauvetage de l’euro et la poursuite du projet néolibéral de l’UE. Cela est absolument vrai et j’ai déjà écrit de multiples fois à ce sujet.

 Les conséquences d’un Brexit, une poussée réactionnaire

Le problème est que ceci ne prend nullement en compte les conséquences politiques dangereuses d’un vote pour la sortie, ainsi que les conséquences pour le mouvement ouvrier.

Un vote pour le Brexit, dans ces conditions orienterait la situation politique en Grande-Bretagne très nettement à droite. Cela renforcerait UKIP et la droite du Parti conservateur, et entraînerait peut-être un réalignement profondément réactionnaire entre les deux.

Cameron ne serait plus là, certes, mais celui qui le remplacerait serait un xénophobe populiste de droite qui interpréterait le vote pour le Brexit comme un mandat direct pour de nouvelles mesures draconiennes, en particulier contre l’immigration.

Ce ne serait pas un Brexit dirigé par un gouvernement cherchant à rompre avec les politiques néo­libérales et les contraintes de l’UE. Ce serait un Brexit dirigé par des populistes et des xénophobes de droite dans le cadre d’un programme de droite raciste.

De toute façon, le fait d’être par principe en faveur de la sortie de l’UE ne signifie pas voter pour une sortie, quelles que soient les circonstances ou les conséquences. Nous devons être guidés non seulement par des principes généraux, mais par ce qui sert au mieux les intérêts du mouvement, ici et maintenant, en riposte contre l’austérité.

Il faut aussi souligner qu’un vote pour le Brexit mettrait les 2,2 millions de citoyens de l’UE qui habitent la Grande-Bretagne dans une situation très vulnérable. C’est quelque chose dont la campagne pour le Brexit de gauche – et de manière insouciante – ne tient absolument pas compte.

 Jouer avec le feu

Les défenseurs d’un Brexit de gauche devraient réfléchir très sérieusement aux conséquences d’un vote pour une sortie dans un référendum tel que celui-ci. Ils jouent avec le feu quand ils disent, et ils le disent effectivement, qu’un vote pour le Brexit ouvrirait des opportunités pour la gauche et mènerait à un gouvernement Corbyn. Cela n’a pas de sens. Au mieux, c’est un pari risqué énorme. Quand une victoire pour la droite a-t-elle déjà ouvert des opportunités pour la gauche ?

En fait, le terme « sortie de gauche » est un nom mal approprié. C’est une contradiction dans les termes, puisqu’aucune « sortie de gauche » n’est disponible. La seule sortie proposée est une sortie de droite dominée par les xénophobes dans le cadre de leur programme. Les animateurs des campagnes de la gauche radicale pour le Brexit commettent une lourde erreur, et ils devraient bien y réfléchir.

Alan Thornett (membre de la direction de Socialist Resistance)


P.-S.

* Paru dans l’Anticapitaliste le 16 juin 2016.

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