Nous n’acceptons pas de voir notre passé commun insulté par Jean-Luc Mélenchon Le combat de la Fraction rouge de l’ERP d’Argentine et les années 1960s-1970s

Dans un texte collectif, Alain Krivine et neuf autres anciens ou toujours militants de la Quatrième Internationale s’indignent des accusations lancées par Jean-Luc Mélenchon contre Paulo V, aujourd’hui journaliste au Monde. « S’il est un principe chèrement acquis face au stalinisme, écrivent-ils, c’est que le débat politique ne saurait être remplacé par la criminalisation de l’adversaire ».


Nous venons de lire le blog de Jean-Luc Mélenchon qui, pour s’en prendre à la couverture de sa campagne présidentielle par Le Monde, choisit de calomnier le passé militant d’un des journalistes de cette rédaction, en charge de l’Amérique latine. Paulo Paranagua est ainsi décrit par le candidat de « La France insoumise » comme un « assassin repenti » en tant qu’ancien dirigeant de la « Fraction rouge de l’ERP d’Argentine », qu’il qualifie de « groupe de provocateurs ». Jean-Luc Mélenchon n’hésite pas à qualifier Paulo Paranagua de « muse de la CIA », l’accusant à demi-mots d’être responsable « de la mort de toutes les personnes qui l’ont approché sur place ».

Ces accusations sont lancées sans l’ombre du début d’une preuve, sans qu’aucun fait ne viennent les étayer. C’est inacceptable.

Les soussignés s’indignent de ces accusations qu’ils jugent contraires à toute éthique militante. S’il est un principe que doit défendre le mouvement ouvrier et social, chèrement acquis face au stalinisme, c’est que le débat politique, aussi vif soit-il, ne saurait être remplacé par la calomnie et la criminalisation de l’adversaire. Le problème n’est donc pas notre désaccord politique actuel avec le journaliste Paulo Paranagua, en raison de sa défense de l’ordre néo-libéral international ou de ses attaques contre les forces progressistes d’Amérique latine. Jamais ces désaccords d’aujourd’hui ne nous autoriseront à insulter l’histoire militante collective à laquelle, jeune militant de la Quatrième Internationale, il a participé.

En traitant la Fraction rouge de l’ERP d’Argentine de « provocateurs », d’ « assassin » et d’ « agent de la CIA », Mélenchon insulte un groupe de révolutionnaires qui, durant les années 1970, s’affrontèrent au régime militaire (1966-1973) et à l’Alliance Anticommuniste Argentine (escadron de la mort qui fit des milliers de victimes), puis combattirent la dictature militaire argentine réinstallée en 1976. Comme d’autres groupes – guévaristes, péronistes de gauche, socialistes révolutionnaires –, ces militant-e-s pratiquaient la lutte armée, pour résister au plus criminel des régimes militaires de l’époque. Nombre d’entre eux ont été assassiné-e-s, torturé-e-s, emprisonné-e-s par la dictature. Dont Paulo Paranagua, militant brésilien engagé par internationalisme en Argentine, qui fut arrêté, torturé et emprisonné, avant d’être expulsé vers la France à l’issue d’une campagne internationale de soutien.

Nous pouvons aujourd’hui revisiter la question de la violence révolutionnaire et, évidemment, nous questionner sur les impasses de la lutte armée, thème d’ailleurs déjà débattu à l’époque. Mais, en aucun cas, Paulo Paranagua et les dirigeants de l’ERP d’Argentine ne furent des « assassins à la solde de la CIA ». Ils furent, à l’époque, nos camarades de lutte et d’espoir.

Les soussignés, alors militants de la Quatrième Internationale et quelles que soient aujourd’hui leurs positions, n’acceptent pas de voir leur passé commun insulté par Jean-Luc Mélenchon.

Signataires : Alain Krivine, Hubert Krivine, Alain Cyroulnik, Samy Joshua, Mario Klashko dit « Pelado », Michael Löwy, Charles Michaloux, Helena Pina, Pierre Rousset, François Sabado, Charles André Udry.