Pourquoi je démissionne d’Ensemble !

Chères et chers camarades,
Je viens de lire l’intervention de Jean-François Pellissier, porte-parole d’Ensemble ! au congrès du PGE (Parti de la Gauche Européenne) – [1].

Jean-François Pellissier a bien sûr tous les droits de vanter un « mode de fonctionnement » d’Ensemble ! qu’il juge porteur d’une nouvelle façon de faire de la politique, supposée démocratique - en l’occurrence il cite le consensus. En pratique, malgré ses défauts, un tel processus devrait au moins impliquer positivement qu’une position recueillant de fait une majorité composite - mais loin d’un consensus -, ne prétende pas exprimer le point de vue de « tou.tes » : il faut donc qu’un.e porte-parole indique la rationalité des sensibilités qui « marquent » l’organisation dans sa richesse et différence avec d’autres.

Le pire est au contraire qu’un.e porte-parole reprenne et présente comme position de toute l’organisation, le point de vue d’une composante du débat.

Or c’est cette détestable pratique que je n’ai jamais acceptée dans aucune organisation où j’ai milité, qui marque la conclusion du discours de Jean-Fraçois P. : évoquant la nécessité de résister et créer une alternative aux politiques désastreuses de la pseudo gauche au pouvoir, il affirme : « Parce qu’il porte cette alternative, nous avons fait le choix, comme d’autres, de soutenir sa candidature et de faire campagne pour Jean-Luc Mélenchon. Il faut faire front commun, tous ensemble, car cette candidature porte l’espoir pour l’avenir ».

J’avais déjà trouvé que le communiqué lapidaire présentant le vote d’Ensemble ! n’exprimait aucun bémol (pour ne pas dire recul critique) sur cette campagne - tout en déclarant qu’il fallait, en quelque sorte, ménager la minorité d’Ensemble ! (c’est le moins qu’on puisse attendre d’une organisation démocratique...).

Mais apparemment, la logique d’un « front » qui « fait campagne » pour une candidature portant « l’espoir pour l’avenir » est de taire les critiques.

Je ne peux donc plus me revendiquer d’Ensemble !

J’en suis désolée.

Préserver « l’avenir », aujourd’hui plus que jamais, c’est mettre l’accent sur les enjeux majeurs à surmonter pour la construction d’un nouveau bloc hégémonique qui affronte la guerre sociale menée à l’échelle planétaire :

- l’auto-organisation pluraliste d’un mouvement socio-politique internationaliste et luttant contre toutes les oppressions croisées, qui ne s’en remette à aucun « sauveur suprême » ;

- le refus de la politique de « guerre de civilisation » menée à l’échelle internationale et intérieure - notamment au nom de « la France ».

Sur tous ces plans la candidature de Jean-Luc Mélenchon n’est d’aucun « espoir pour l’avenir », et elle ne permet pas d’exprimer des choix alternatifs clairs.

Le minimum pour ne pas sacrifier l’avenir au nom du « moindre mal » ou pour l’espoir d’une brèche à la gauche de la pseudo-gauche, c’est justement de garder une expression critique libre, de ne pas se contenter d’un « moindre mal », de mettre l’accent ailleurs que sur les élections quand celles-ci seront largement piégées.

Ensemble ! aurait pu contribuer à ce « minimum ». Mais c’est impossible dès lors qu’un (éventuel) « moindre mal » est transformé en une candidature censée « porter l’espoir pour l’avenir » : toute la logique de cette posture est dès lors de refuser toute critique des méthodes et du programme exprimé par cette candidature.

Je suis donc désolée de ne plus pouvoir assumer mon appartenance à Ensemble !

Mais quitter une organisation n’est évidemment pas se détourner de celles et ceux avec qui je débattrai toujours et que je continuerai à côtoyer dans bien des combats altermondialistes et autogestionnaires. Je suis convaincue qu’aucun cadre organisationnel et politique actuel ne peut répondre aux exigences d’un mouvement socio-politique altermondialiste pluriel dont nous avons besoin, au plan national et européen. Il devra se créer à partir de toutes les formes d’auto-organisation politico-sociales contre un ordre profondément injuste et destructeur des droits humains comme de la planète. Je suis sûre qu’un grand nombre de celles et ceux qui sont dans Ensemble ! ou dans diverses organisations à gauche de la Gauche s’y retrouveront.

Le 28/12/2016

Catherine Samary