Présidentielle : records d’abstention, de votes blancs ou nuls et de voix pour le FN

Près de 12 % des bulletins déposés dans l’urne ne se sont portés ni sur Marine Le Pen ni sur Emmanuel Macron. Un niveau jamais atteint sous la Ve République.

Un record de votes blancs et nuls

Ils n’ont pas voulu choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Environ 12 % des votants ont déposé un bulletin blanc ou nul dans l’urne, selon une estimation Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et Le Monde (8,8 % des électeurs inscrits). Un phénomène record qui s’ajoute à l’abstention, elle aussi élevée (environ 25,3 % des inscrits).

Un « troisième choix » à un niveau jamais atteint

Déjà élevé au premier tour (2,58 % des votants), le nombre de bulletins blancs ou nuls a cette fois explosé tous les records. Le niveau est deux fois plus élevé qu’en 2012 (5,82 %). D’ordinaire, ce sont 4 à 6 % des électeurs qui font ce choix lors d’un second tour.
Les votes blancs et nuls à un niveau record pour une présidentielle

Il est courant d’observer une nette hausse du nombre de bulletins blancs ou nuls au second tour d’un scrutin présidentiel, mais cette fois, ce phénomène s’est produit dans des proportions jamais atteintes. En 1969, le duel entre Georges Pompidou et Alain Poher avait conduit à une nette hausse du « ni l’un ni l’autre » (de 1,29 % au premier tour à 6,42 %). En 2012 également, le duel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy avait démobilisé un fragment non négligeable de l’électorat (de 1,92 % à 5,82 %). Mais aujourd’hui, le différentiel est donc de l’ordre de près de 10 points.

Un niveau record, tous scrutins confondus, depuis 2012

C’est également nettement plus que ce que l’on observe aux autres élections. Si l’on reprend tous les scrutins nationaux en France depuis 2012, là aussi, jamais un tel niveau de bulletins blancs ou nuls n’avait été observé. Le précédent palier (8,3 %) avait été atteint au second tour des départementales de 2015.

Adrien Sénécat
Journaliste aux Décodeurs

* http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/05/07/presidentielle-un-record-de-bulletins-blancs-et-nuls_5123805_4355770.html


 Abstention record pour un second tour depuis l’élection de 1969

A 19 h 15, l’abstention pour le second tour du scrutin, dimanche, a été estimée à 25,3 %, soit une participation de 74,7 %.

Ce second tour de l’élection présidentielle, qui s’est terminé par la victoire du candidat d’En marche !, Emmanuel Macron, avec 65,8 % des suffrages contre 34,2 % pour la candidate du Front national, Marine Le Pen, a été marqué par une abstention record.

A 19 h 15, l’abstention pour le second tour de l’élection présidentielle, dimanche 7 mai, est estimée à 25,3 %, soit une participation de 74,7 %, selon une estimation Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France LCP-Public Sénat, RFI-France 24, Le Point et Le Monde.

Il s’agit de la plus forte abstention pour un second tour depuis l’élection présidentielle de 1969. C’est également la première fois depuis 1969 que la participation du second tour est plus faible qu’au premier. En effet, au premier tour, le 23 avril, la participation s’est élevée à 77,77 %.

Dimanche à 17 heures, la participation au second tour de l’élection présidentielle était de 65,3 %, a annoncé le ministère de l’intérieur, en baisse de six points par rapport à celle de 2012 (71,96 %). La participation est également en baisse par rapport au premier tour (69,42 % à 17 heures).

A midi, la participation était de 28,23 %, a annoncé le ministère de l’intérieur, aussi en baisse par rapport à celle de 2012 (30,66 %) mais stable par rapport au premier tour (28,54 % à midi).

Un contexte différent

Depuis 1974, la participation au second tour est plus importante qu’au premier, à l’exception de 2007 où elle fut stable. Mais le contexte, cette année, est nettement différent. D’une part, l’élimination au premier tour des candidats des deux principaux partis de gouvernement peut entraîner une désaffection de leur électorat. D’autre part, à l’inverse de l’élection présidentielle de 2002, qui avait opposé Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac au second tour, la qualification de la candidate de l’extrême droite n’a pas provoqué une mobilisation massive. En 2002, entre les deux tours, la participation avait bondi de huit points.

Plus de 66 000 bureaux de vote en métropole sont restés ouverts jusqu’à 19 heures, soit une heure plus tard que lors des précédentes élections présidentielles, pour éviter les risques de divulgation des résultats. Dans certaines grandes villes, les bureaux sont restés ouverts jusqu’à 20 heures.

Rejet de « l’extrême finance »

Descendus dans la rue le pavé pour dire non au Front national lundi 1er mai, nombreux sont ceux qui, interrogés par Le Monde, expliquaient ne pas vouloir, pour autant, aller voter pour le second tour. Beaucoup en effet ont renvoyé durant les deux semaines d’entre-deux-tours les finalistes dos à dos. Estimant, pour certains, que ce qu’ils appelaient « l’extrême finance » de M. Macron, selon le slogan de Jean-Luc Mélenchon, n’était pas préférable à l’extrême droite de Mme Le Pen.

Nombre d’électeurs, notamment parmi ceux qui ont voté au premier tour pour Jean-Luc Mélenchon désapprouvent, voire expriment, une franche hostilité vis-à-vis du programme jugé « trop libéral » de l’ancien ministre de l’économie de François Hollande.

Selon l’enquête « comprendre le vote des français » de Sopra Steria publiée le 7 mai, 31 % des abstentionnistes sondés disent refuser de choisir « entre deux candidats qu’ils rejettent totalement ». 28 % estimaient, en outre, qu’aucun des deux ne « correspondait à leurs idées ».

Ce climat de défiance inédit vis-à-vis des deux candidats s’illustre parfaitement par le résultat de la consultation organisée par La France insoumise et dont les résultats ont été publiés mardi 2 mai. Si la majorité des « insoumis » s’est prononcée pour un vote blanc ou nul (36,12 %), ils étaient quand même 29,05 % à opter carrément pour l’abstention. Et ce alors même que le programme de Jean-Luc Mélenchon proposait le vote obligatoire.

Refus de choisir

Au soir du premier tour, une enquête Ipsos réalisée auprès de 2 024 personnes montrait déjà que 29 % des électeurs de M. Mélenchon refusaient de choisir, déçus que leur champion ne soit pas au second tour.

A droite, certains électeurs ont aussi manifesté une hostilité marquée vis-à-vis des deux candidats, les renvoyant dos à dos. Certains ténors du parti Les Républicains comme Laurent Wauquiez sont d’ailleurs demeurés ambigus dans leurs consignes et n’ont pas expressément appelé à voter pour Emmanuel Macron.

Drôle de campagne où la colère, le mécontentement et les divisions ont régné jusque dans l’intimité des familles. Selon l’enquête électorale réalisée par le Cevipof-Ipsos pour Le Monde datée du 2 mai, 12 % des sondés indiquaient s’être abstenus au premier tour pour « envoyer un message de mécontentement à la classe politique ». 18 % ne se sentaient représentés par aucun candidat.

Sarah Belouezzane
Journaliste emploi-social au Monde

* http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/05/07/presidentielle-2017-abstention-record-pour-un-second-tour-depuis-l-election-de-1969_5123757_4854003.html


 Le FN bat de nouveau son record de voix

Jamais les électeurs français n’ont été aussi nombreux à déposer un bulletin en faveur du Front national dans l’urne que le dimanche 7 mai.

Marine Le Pen a été largement battue au second tour de l’élection présidentielle dimanche 7 mai. Avec seulement 34,5 % des voix, selon une estimation Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et Le Monde, la candidate du Front national termine loin derrière Emmanuel Macron (autour de 65,5 %). Mais malgré cette large défaite, le parti d’extrême droite devrait battre son record de voix, précédemment enregistré au premier tour de l’élection, le 23 avril.

En effet, Marine Le Pen devrait réunir autour de 10,6 millions de voix, selon nos calculs (la candidate a quant à elle revendiqué « 11 millions » d’électeurs dans sa déclaration, peu après 20 heures).

Au premier tour, elle avait déjà battu le précédent record de son parti, qui datait des régionales 2015, en dépassant les 7,6 millions de voix. Au-delà de cette progression entre les deux tours, la candidate du FN a donc fait environ deux fois mieux que son père en 2002 face à Jacques Chirac (5,5 millions de voix), même s’il y avait à l’époque un peu moins d’électeurs inscrits sur les listes (41 millions contre 47 millions aujourd’hui).

Les Décodeurs

* LE MONDE | 07.05.2017 à 20h37 • Mis à jour le 07.05.2017 à 20h48 :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/05/07/presidentielle-le-fn-bat-de-nouveau-son-record-de-voix_5123823_4355770.html


P.-S.

* Pour les graphiques, voir les articles originaux.