Crise : Après l’échec à la présidentielle, le FN en quête d’une nouvelle identité

Marine Le Pen a admis que des débats devraient être menés après les élections législatives sur les orientations stratégiques du parti d’extrême droite.

Une seule interview, mais trois fronts ouverts. En se rendant au journal de 20 heures de TF1, jeudi 18 mai, Marine Le Pen – que certains cadres du Front national (FN) décrivaient ces derniers jours comme « fatiguée » – a renoué avec un combat politique qu’elle avait mis entre parenthèses depuis sa défaite au second tour de l’élection présidentielle contre Emmanuel Macron ; elle n’avait pas accordé d’entretien depuis le 7 mai.

La présidente du parti frontiste y a annoncé sa candidature aux législatives des 11 et 18 juin dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, où se situe la ville d’Hénin-Beaumont conquise par le FN lors des municipales de 2014. Une nécessité dans une formation politique où le patron est jugé sur sa capacité à donner l’exemple.

Enfin, la députée européenne a également consenti à descendre dans l’arène interne du parti d’extrême droite, en admettant que des débats devraient être menés après les élections législatives sur les orientations stratégiques de sa formation.

Grande explication de texte

Ce dernier point lui permet, en théorie, de s’accorder un mois de répit dans la grande explication de texte qui s’est ouverte entre ses lieutenants au lendemain de la défaite.

Son bras droit, Florian Philippot, a ainsi menacé à plusieurs reprises de démissionner si le parti devait renoncer à proposer la sortie de la France de l’union monétaire. Le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, a qualifié ces déclarations de « chantage » et il a estimé qu’il fallait revoir la copie de la formation frontiste sur cette question.

Enfin, la députée de Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen, s’est retirée de la vie politique pour éviter, entre autres, qu’on la pousse à s’opposer à sa tante lors du prochain congrès frontiste, qui doit avoir lieu fin 2017-début 2018. Elle souhaite aussi retrouver sa liberté de parole, une liberté qu’elle a utilisée dès jeudi, dans une interview à l’hebdomadaire Valeurs actuelles ; elle a estimé que le FN pouvait travailler avec le président (Les Républicains, LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, dessinant une union des droites à laquelle Mme Le Pen et M. Philippot n’ont jamais cru.

En somme, la présidente du FN consent à ce qu’un débat s’ouvre dans les mois à venir sur la ligne qu’elle porte à la tête du parti d’extrême droite depuis plus de six ans.

Libéralisme ou souverainisme ?

Le FN doit-il se rapprocher du populisme de droite développé dans certains pays d’Europe centrale ou du Nord, qui met la question identitaire au premier plan, se montre plus libéral d’un point de vue économique et n’hésite pas à s’allier avec la droite classique, tant au niveau local que national ?

Doit-il au contraire continuer à défendre le souverainisme intégral, l’intervention de l’Etat dans l’économie, et rester sur un strict positionnement « ni droite ni gauche », qui a certes permis au FN de battre des records électoraux, mais pas d’accéder au pouvoir ? La députée européenne veut se montrer ouverte.

« Le sujet de l’euro a inquiété considérablement les Français, il faut bien le dire, a-t-elle reconnu sur TF1. Nous allons devoir en tenir compte, discuter, réfléchir. Ce sera le chantier que nous ouvrirons après les législatives, ce sera le temps du congrès. »

Marine Le Pen a fait montre d’une même libéralité à propos d’une possible alliance avec une partie de la droite, à laquelle elle a répondu avec un « pourquoi pas ? ». « J’espère que nous serons rejoints par cette partie des Républicains qui refuse d’être dans la connivence avec Emmanuel Macron, qui refuse de soutenir une politique qui sera une politique immigrationniste, de soumission à l’Allemagne d’Angela Merkel, d’ultrafédéralisme européen », a-t-elle assuré. Un chemin d’union qui ne serait pas sans embûches.

Légitimité ébranlée

« Une fois réglée la question de l’euro, il reste celle de la préférence nationale : est-ce qu’on peut faire une alliance avec les droites sur un sujet comme ça ?, s’interroge l’historien Nicolas Lebourg, membre de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP). Abandonner ça, plus la sortie de l’euro, ça me paraît beaucoup. A moins d’opter pour une stratégie territorialisée, avec des alliances par le bas, au niveau local. »

Une stratégie que Marion Maréchal-Le Pen a commencé à mettre en place dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). Et qui risque de manquer d’une figure pour être incarnée lors du congrès du FN, puisque la jeune femme s’est retirée du jeu.

« LR a du mal à penser que le FN veut participer à une grande force conservatrice. Ce ne sont pas les mêmes logiciels idéologiques, ajoute de son côté Jean-Yves Camus, le directeur de l’ORAP. Par ailleurs, la ligne Philippot porte ses fruits dans une partie du pays, dans le Nord et à l’Est. Il sera difficile de convaincre l’électorat populaire du bien-fondé du libéralisme économique. »

Marine Le Pen consent aussi à ce que tous ces débats soient posés sur la table parce que sa légitimité personnelle a été durement ébranlée.

Dans un rare mea culpa, la présidente du FN a reconnu que son débat d’entre-deux-tours était « raté », « très clairement ». « J’ai souhaité mettre en lumière les très grandes craintes que je nourrissais, et que je nourris toujours, à l’égard de la politique que va mener M. Macron, a-t-elle expliqué. Je l’ai fait avec fougue, avec passion, peut-être trop de fougue, peut-être trop de passion. Je sais que certains n’attendaient pas cela. » La promesse de réforme, politique et personnelle, est un moyen pour elle de garder la main.

Olivier Faye

* LE MONDE | 20.05.2017 à 06h38 :
http://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2017/article/2017/05/20/apres-l-echec-a-la-presidentielle-le-fn-en-quete-d-une-nouvelle-identite_5130826_5076653.html


 Le départ de Marion Maréchal-Le Pen secoue le Front national

La députée d’extrême droite du Vaucluse quitte temporairement la vie politique. « L’époque des politiciens déconnectés du réel est révolue », dit-elle.

Marine Le Pen n’aura pas eu le temps de digérer son échec au second tour de l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron que la crise éclate déjà au sein du Front national. Une crise à bas bruit, mais une crise réelle, provoquée par le retrait momentané de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen de la vie politique. Ou comment voir partir une des figures les plus populaires de son parti (et au-delà), la chef de file de la tendance identitaire et libérale, qui a en plus le bon goût de s’appeler Le Pen. Le tout au pire moment : celui où la patronne du FN est affaiblie aux yeux de ses troupes, suite à une présidentielle décevante et à un débat raté dans l’entre-deux-tours contre le futur président de la République.

La députée de Vaucluse a annoncé sa décision, mercredi 10 mai, dans une lettre publiée par le quotidien régional Vaucluse-Matin. Elle ne briguera pas un nouveau mandat lors des élections législatives des 11 et 18 juin et va démissionner du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, où elle dirige le groupe du parti d’extrême droite depuis 2015. La nièce de Marine Le Pen renonce par ailleurs à sa place au sein du bureau politique du Front national.

Selon la jeune femme de 27 ans, plusieurs raisons président à ce choix. « Personnelles », tout d’abord, puisqu’elle déplore le fait de ne pas assez voir sa fille, âgée de 3 ans. Son entourage explique aussi que l’engagement public de la députée serait à l’origine de son récent divorce. « Politiques », surtout. Dans sa lettre à Vaucluse-Matin, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen explique prendre ce virage pour mieux se préparer à servir ses concitoyens à l’avenir. « Je pense que l’époque des politiciens déconnectés du réel avec des décennies de mandat électif derrière eux est révolue, assure-t-elle. Il faut prouver aux Français qu’il existe aussi des élus libres et désintéressés refusant de s’accrocher coûte que coûte à leur statut et à leurs indemnités. » Sa tante Marine Le Pen est, pour sa part, élue sans discontinuer depuis 1998 comme conseillère régionale, conseillère municipale ou députée européenne. Mme Maréchal-Le Pen « aspire » donc à travailler dans le « monde de l’entreprise » dans les années à venir.

« Je referai de la politique »

Dans un entretien à la webtélé d’extrême droite TVLibertés, mercredi, elle a ajouté : « J’évolue dans le monde politique depuis toujours. J’ai été élue très jeune, préservée de certaines inquiétudes, de certaines préoccupations des Français, de certaines difficultés. Il est temps pour moi de me confronter à cela, d’avoir une expérience autre que la politique. » Et de bien souligner que ce retrait ne pourrait durer que « quelque temps », qualifiant sa décision de « pas irrémédiable » et « pas définitive ». « Je pense que je referai de la politique, j’aime ça, j’ai hérité du souci de mon pays, je suis incapable d’être indifférente aux souffrances de mes compatriotes », affirme-t-elle.

L’annonce faite par la jeune femme ne constitue pas une surprise. Cette dernière avait répondu aux pressions de son grand-père Jean-Marie Le Pen en acceptant d’être parachutée dans le Vaucluse aux élections législatives de 2012, mais n’a jamais caché son souhait de faire autre chose de sa vie. Une tentation de Venise à laquelle la députée voulait succomber dès le mois de décembre 2016, à l’occasion d’un conflit avec sa tante et son bras droit Florian Philippot sur la question du remboursement de l’IVG. Le vice-président du FN, présenté comme son rival en interne, avait alors qualifié Mme Maréchal-Le Pen de « personne seule et isolée » dans le parti. En réaction, de nombreux cadres et militants avaient exprimé publiquement leur soutien à la députée, très populaire au sein de la base frontiste. Son entourage l’avait finalement convaincue de ne pas se retirer pour ne « pas parasiter la campagne présidentielle » de sa tante. Selon un proche, une solution intermédiaire avait été échafaudée – démission d’un de ses mandats ou retrait de la vie politique en septembre, après une éventuelle réélection comme députée de Vaucluse –, mais n’a finalement pas été retenue.

La nouvelle a été annoncée, mardi, par Marine Le Pen, aux membres du conseil stratégique qui a dirigé sa campagne présidentielle. « Sans autre forme de commentaire », assure l’un d’entre eux, qui ajoute : « Marion a été écœurée par la façon dont elle a été mise à l’écart de la campagne. » Aucun commentaire officiel n’a émané de la part de la direction du FN jusqu’à mercredi matin.

De son côté, Florian Philippot s’est contenté, sur RMC, de souligner que « ça n’est pas une décision sur un fondement politique, c’est une décision pour des raisons privées », . « Ce ne sont pas des désaccords, c’est une envie d’évolution personnelle, assure, pour sa part, au Monde le maire de Fréjus, David Rachline, qui ne pense pas que cette décision fasse fuir ceux qui se reconnaissent dans la ligne portée par Marion Maréchal-Le Pen. Le mouvement en général est riche de sa diversité. D’autres personnes incarnent aussi cette sensibilité. »

En se retirant temporairement, la députée de Vaucluse abandonne certes ses troupes, mais elle s’évite aussi les affres d’un congrès – qui doit se tenir fin 2017 ou début 2018. Et reporte à plus tard l’affrontement avec sa tante auquel elle est poussée en interne. « Elle a conscience d’avoir réveillé un courant qui était un peu endormi », estime un proche. Mme Maréchal-Le Pen s’offre aussi une position en surplomb qui lui permet de préparer l’après.

« La formation dans le secteur privé est un plus pour servir la France, confie un proche de la jeune femme. Elle a déjà démontré que son but, c’est de servir au mieux ses compatriotes. Elle a une image que n’ont pas d’autres pour pouvoir rassembler. » Comprendre : que n’aurait pas Marine Le Pen. Mme Maréchal-Le Pen jouit d’une cote flatteuse auprès des élus de la droite classique. Ce proche de la députée explique par ailleurs que l’arrivée d’Emmanuel Macron, 39 ans, à l’Elysée, « casse les jurisprudences et les codes ». « On n’est plus dans une logique d’âge, mais une logique de capacité. Tous ceux qui ont plus de 40 ans vont prendre un coup de vieux. »

Au soir du second tour de l’élection présidentielle, le 7 mai, la nièce de Marine Le Pen avait assuré à la télévision : « Je rejette fermement toute tentative médiatique qui voudrait me jeter contre Marine Le Pen dans les jours à venir. » Difficile, pourtant, de ne pas voir dans sa décision un signe de défiance.

Jean-Marie Le Pen dénonce une désertion

Le président d’honneur du Front national Jean-Marie Le Pen regrette la retraite temporaire de sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen. « S’il n’y a pas une raison gravissime à cette décision, je considère que c’est une désertion », a déclaré le député européen, mardi, dans un entretien au Figaro. Son retrait « va créer une grande déception », a-t-il assuré. Car, « bien au-delà de la PACA, Marion représentait un espoir d’avenir pour pas mal de militants et d’électeurs du Front national ». « Je pense que Marion aurait dû prendre cette décision avant, ou attendre un peu car nous sommes en campagne électorale. Le pays attend le verdict des urnes. Qu’en pleine bataille législative, l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement défaille, cela peut avoir des conséquences terribles », a-t-il ajouté. Pourra-t-elle se porter candidate à la présidentielle un jour pour autant ? « Pas si elle se retire du combat ! Parce qu’il faut prendre de l’élan », juge-t-il.

Olivier Faye

* LE MONDE | 10.05.2017 à 12h04 • Mis à jour le 10.05.2017 à 15h52 :
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/05/10/le-depart-de-marion-marechal-le-pen-secoue-le-front-national_5125456_4854003.html


 L’unité du Front national se fissure

L’échec de Marine Le Pen à l’élection présidentielle ravive les débats internes sur la ligne « ni droite ni gauche ».

C’est plus ou moins le même film qui se rejoue au Front national après chaque défaite. Les uns font le constat que le parti n’a jamais atteint un tel record de voix ; les autres estiment que la progression aurait dû être plus importante. Les premiers s’accrochent au positionnement « ni droite ni gauche » du FN, défini il y a une vingtaine d’années, et à sa proposition décriée de sortir de l’euro ; les seconds voudraient envoyer tout cela valser, et partir à la conquête de l’électorat de droite. Enfin, chacun se promet de prendre la parole publiquement et de régler ses comptes avec ceux d’en face, sans que deux camps homogènes ne se forment pour autant.

Le scénario avait été écrit ainsi après la défaite aux élections régionales de 2015 : il est en passe de se reproduire à l’identique aujourd’hui, alors que Marine Le Pen a échoué au second tour de l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron, avec un score décevant de 33,9 % des voix. A la différence près que l’image personnelle de la présidente « en congé » du FN a été abîmée par sa prestation ratée lors du débat d’entre-deux-tours.

Un poids lourd régional, favorable à ce que la formation lepéniste assume une identité de droite, résume la situation. « On a raté une occasion. Quand la droite a perdu les élections en 2012, on aurait pu dépecer la bête malade. Mais on n’y a pas touché, en partant à la conquête de l’électorat de gauche », dénonce cet élu, pour qui cette stratégie a trouvé son apogée lors de l’entre-deux-tours, quand Mme Le Pen a tenté d’attirer les électeurs de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Selon Ipsos, seulement 7 % des soutiens de l’ancien sénateur socialiste se sont reportés sur la députée européenne, contre 20 % des électeurs du candidat du parti Les Républicains François Fillon. La promesse lancée par la patronne du FN d’une « transformation profonde » du parti en « une nouvelle force politique », qui serait couronnée par un possible changement de nom, fait donc doucement sourire les plus critiques. « On a atteint les limites de l’exercice, estime notre élu. On considère que c’est un problème de communication, on change de nom, de logo, de couleur, et puis après ? Si le contenu de la boîte est le même… Les Français ne sont pas idiots. »

« Il faut qu’on marche sur nos deux jambes »

Un poids lourd du marinisme, de l’autre côté, défend avec force l’efficacité de la stratégie qui a été développée par la fille de Jean-Marie Le Pen depuis plusieurs années, en collaboration avec son bras droit Florian Philippot. « Cette stratégie nous a permis de pulvériser tous les résultats obtenus par le passé, je ne vois pas pourquoi il faudrait changer ce qui marche. Et on est majoritaires chez les ouvriers, ce n’est pas franchement l’électorat filloniste, souligne ce dirigeant de la campagne présidentielle, qui répond à l’échec supposé de conquête des électeurs mélenchonistes. Il faut qu’on marche sur nos deux jambes, Marine l’a fait, et bien fait. »

Ce proche de la présidente du parti d’extrême droite met par ailleurs en garde la cohorte des contempteurs : « Si les gens sont pour l’euro, il faut qu’ils le disent. Mais il faut aussi qu’ils sachent que nous sommes un mouvement souverainiste. On peut aussi être pour l’immigration pour plaire aux gens, mais à ce moment-là, on perd notre identité politique. » Et ce dirigeant d’assurer qu’il prendra la parole à visage découvert après les élections législatives des 11 et 18 juin… Comme l’élu régional cité plus tôt.

Une réunion devait se tenir, mardi 9 mai, à propos de ce scrutin, et caler l’accord avec le parti Debout de la France de Nicolas Dupont-Aignan. Le rêve de recomposition de la droite porté par certains risque d’attendre. « On n’a jeté aucun pont vers la droite, tout se passe sur les contacts personnels, reconnaît un haut dirigeant du FN. Les Républicains vont rester assez fédérés et auront un groupe consistant. Beaucoup de parlementaires de droite ne se retrouvent pas dans la démarche de Macron et resteront dans leur parti. »

« Philippot ne jouera pas sa tête »

Du résultat de cette élection dépend le niveau de tension à venir. En attendant, personne ne veut prendre le risque d’apparaître comme celui qui aura divisé la famille. « Personne ne va bouger avant le deuxième tour des législatives, croit savoir un soutien de la députée de Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen. De toute façon, Marine l’a dit dimanche : c’est parce que l’on a pas été assez “mariniste” que l’on s’est planté. Comme l’Union soviétique s’est plantée parce qu’il n’y avait pas assez de communisme… Le parti va garder pour l’instant la ligne Philippot. »

La députée européenne Sophie Montel, une proche du vice-président du FN, a en tout cas déjà plaidé en ce sens. « La ligne de Marine doit être suivie au doigt et à l’œil, a assuré Mme Montel sur France 3. Les sensibilités, c’est une chose, mais j’ai eu à un moment l’impression sur l’euro qu’un certain nombre de cadres à l’intérieur du Front étaient gênés pour aborder cette question. »

Pourtant, certains marinistes eux-mêmes estiment qu’un aggiornamento sur le sujet est nécessaire. « S’il y a un changement à faire, c’est sur le programme économique, et notamment la sortie de l’euro, avance un membre du bureau politique. On a créé de l’incompréhension et un vrai blocage. On doit tout revoir, tout le monde s’en rend compte, y compris Philippot. »

Sur cette question de la monnaie unique, « il est évident que les gens ont eu peur », reconnaît pour sa part le député du Gard, Gilbert Collard. « Il faut travailler sur cette peur. » Pour autant, « Philippot ne jouera pas sa tête », estime-t-on au sein du parti. « La contestation est forte en off, mais personne n’osera y aller à visage découvert. » Et pas question de s’en prendre à Marine Le Pen. « Marine nous a porté à 34 % de l’électorat, elle est la leader naturelle de l’opposition », avance Jean-Lin Lacapelle, secrétaire général adjoint du FN. Les critiques sont prévenus.

Olivier Faye et Abel Mestre

* LE MONDE | 09.05.2017 à 12h21 • Mis à jour le 09.05.2017 à 13h04 :
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/05/09/l-unite-du-front-national-se-fissure_5124838_4854003.html


 Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot, la concurrence de deux forces ascendantes au FN

Les deux candidats aux élections régionales s’opposent sur la ligne à suivre.

En trois jours, Marine Le Pen a rendu visite à deux figures du Front national : son bras droit Florian Philippot, tête de liste en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine et sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, tête de liste en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). A Hayange (Moselle), mercredi 25 novembre, la présidente du FN est venue soutenir le temps d’un meeting Florian Philippot, pour les élections régionales des 6 et 13 décembre. Deux jours plus tard, à Nice, la députée européenne s’est rendue auprès de Marion Maréchal-Le Pen, présentée comme une vainqueur potentielle. Ou comment mettre en lumière, à une semaine du premier tour, deux personnalités en concurrence au sein du Front national.

Tendu vers l’objectif de conquérir pour la première fois un exécutif régional, le parti d’extrême droite présente l’apparence de l’unité durant cette campagne. Crise des migrants oblige, tous les candidats ont remis l’immigration au premier plan dans leur discours. Dans la foulée des attentats du 13 novembre, la dénonciation de l’« islamisme radical » et du « communautarisme » a aussi repris de la vigueur, en plus des propositions sécuritaires. Les intentions de vote, elles, ont suivi une courbe ascendante. « Les gens, l’économie, ils s’en foutent. Dès que vous parlez d’immigration en meeting, ça réveille la salle, résume prosaïquement un dirigeant du parti. Philippot en parle lui aussi parce qu’il sait que c’est le sujet du moment. »

Etatisme assumé de M. Philippot

Malgré son omniprésence politique et médiatique depuis plusieurs années, le vice-président du FN reste considéré par de nombreux historiques du parti comme une personnalité d’ouverture. Critiqué, au choix, pour son gaullisme revendiqué, son étatisme assumé en matière économique ou son influence auprès de Marine Le Pen, le député européen de 34 ans est placé en concurrence avec Marion Maréchal-Le Pen, 25 ans. Dépositaire de la « marque » Le Pen, catholique, libérale et identitaire, la députée du Vaucluse, elle, n’hésite pas à jouer de sa popularité auprès de la base pour marquer sa différence. Elle avait fini première lors du congrès de Lyon en 2014 pour l’élection du comité central du FN, devant M. Philippot, seulement quatrième.

La jeune femme a ainsi réaffirmé, vendredi 27 novembre, sa volonté de supprimer les subventions accordées par la région au Planning familial, malgré le fait que sa tante ait rappelé que cela n’était « pas dans les projets du Front national ». En 2013, sa présence dans les cortèges de la Manif pour tous, contrairement à Mme Le Pen et à M. Philippot, avait déjà été remarquée. Ses propos sur la République aussi. La députée avait avoué en juin ne pas comprendre l’« obsession pour la République » exprimée par la majorité de la classe politique, estimant qu’« il y a des monarchies qui sont plus démocratiques que certaines Républiques ». Une vraie différence avec sa tante et son bras droit, qui ne manquent jamais de faire assaut de républicanisme dans leur entreprise de dédiabolisation.

« Marion, je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle dit. Sur la République, par exemple, je ne vois pas l’intérêt de ce genre de déclarations, je ne vois pas à qui ça peut faire plaisir », reconnaît en privé Mme Le Pen.

Même si elle s’en défend, sa nièce se distingue aussi sur la sortie de la zone euro. « L’euro, ce n’est pas l’alpha et l’oméga des difficultés de la France, ni l’alpha et l’oméga des solutions de la France », estime-t-elle, jugeant que « cette question ne pourra être abordée que si nous ne sortons pas seuls ». Mais pour la jeune femme, ces « sensibilités » n’ont rien d’insurmontable. « Sur l’essentiel, nous sommes d’accord. Florian aime parler de la monnaie, nous, d’autre chose. »

« Devenir la caricature de lui-même »

Des divergences sur le fond qui se muent parfois en affrontement personnel. M. Philippot et Mme Maréchal-Le Pen se sont ainsi écharpés avec vigueur, en octobre, sur les noms de certains candidats lors d’une commission d’investiture. « Ce sont plus des querelles de personnes que des sensibilités différentes sur le programme, veut croire un dirigeant du parti. Ce sont deux personnalités différentes, chacun peut parfois devenir la caricature de lui-même dans cette concurrence. » Certains anciens du parti donnent même quitus à Florian Philippot. « Il est là depuis quelques années et nous sommes passés de 15 % à 25 %, c’est en partie grâce à lui. Il a sûrement envie d’occuper plus de place », reconnaît le sénateur et maire du 7e secteur de Marseille, Stéphane Ravier.

De cet affrontement, Marine Le Pen peut tirer avantage et se présenter comme une figure de synthèse. Mais la présidente du FN, qui estime que la ligne politique du parti est tranchée à l’occasion des congrès, ne croit pas aux courants. « Le Front, c’est un tout, mais il n’y en a qu’une seule qui décide, c’est Marine, que personne ne l’oublie », rappelle son compagnon, Louis Aliot, vice-président du FN.

Cette rivalité permet néanmoins à Mme Le Pen de détourner l’attention d’une possible concurrence entre elle et sa nièce. La députée de Vaucluse a creusé son sillon en PACA, loin du siège de Nanterre, et gagné en indépendance. Partisane d’une union des droites, comme Patrick Buisson, elle a rencontré l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy en octobre, dans les locaux de TF1. « Ce n’est pas parce qu’elle rencontre des gens qu’elle est en rupture », défend un proche. Elle est aussi, avec Louis Aliot, la seule candidate à ne pas faire appel pour sa campagne aux services des Presses de France, le prestataire dirigé par un ancien du GUD qui a remplacé pour les régionales la société Riwal, visée par la justice.

Néanmoins, Mme Maréchal-Le Pen ne manque pas une occasion de rappeler qu’elle est un « bon petit soldat ». « Mon but, c’est de servir d’argument de crédibilité pour Marine Le Pen et le Front national, dit-elle. Si je fais tout ça, c’est pour qu’elle soit élue présidente de la République. » A Nice, vendredi, Mme Le Pen a quant à elle complimenté sa nièce, « une jeune femme incroyablement courageuse et intelligente, qui cache sous sa douce apparence un caractère et une détermination d’acier ». Tant que la promesse de victoire est encore à l’horizon, il n’y a pas de raison que ce consensus éclate.

Olivier Faye

* LE MONDE | 30.11.2015 à 06h43 • Mis à jour le 30.11.2015 à 11h01 :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/11/30/marion-marechal-le-pen-et-florian-philippot-la-concurrence-de-deux-forces-ascendantes-au-fn_4820141_823448.html