Sous pression fasciste, évacuation d’un campement de migrant.e.s à Grenoble

, par DELMONTE Yves

Militant de la Patate Chaude (association de solidarité avec les migrantEs) et militant du NPA, Yves DELMONTE revient pour nous sur l’expulsion de 200 migrantEs du parc Valmy de Grenoble le 24 mai dernier.


Depuis quelle date ce campement existe-t-il ?

Yves DELMONTE – Ce campement vit depuis le 18 février 2017. Au début il y avait une cinquantaine de personnes essentiellement des demandeurs d’asile, en majorité macédoniens, serbes ou albanais et depuis l’expulsion du précédent camp il y a trois mois, ils s’étaient dispersés dans la ville. Ces personnes étaient isolées et en danger…Après concertation plusieurs associations de solidarité avec les mal-logéEs ont décidé de les aider et de réinvestir les lieux. Donc depuis cette date ils sont de nouveau ensemble et surtout visibles. Et dernièrement il y avait environ 200 migrantEs.

Comment fonctionne cette solidarité au quotidien ?

Il faut savoir qu’en Isère il y a 4000 personnes sans logement dont 2000 sur Grenoble et 10 000 logements vacants…nous exigeons donc l’application de la loi de réquisition des logements vides. A Grenoble, il existe des associations très actives en solidarité avec les mal-logéES comme la Patate Chaude, le Centre d’Information Inter Peuples, le DAL, l’Assemblée des mal-logéEs… C’est une grande richesse militante. Par exemple, le 11 mars dernier, nous avons organisé une belle manif unitaire parcourant les quartiers populaires de la ville pour exiger « des droits et un toit pour tous ». Il y avait plus de 1000 personnes avec la présence de Jean-Baptiste Eyraud porte-parole du DAL et Gustave Massiah.

A qui appartient ce terrain ?

Ce terrain appartient à la ville de Grenoble qui est gérée depuis 2014 par une alliance EELV/PG/Ensemble. A souligner que cette majorité a demandé fin avril l’expulsion du camp. C’est politiquement pitoyable. Heureusement le juge des référés a rejeté la demande d’évacuation car la mairie aurait dû proposer des alternatives aux occupantEs du camp. Ce qui n’a jamais été fait. D’une manière générale, que ce soit la métropole ou la ville de Grenoble rien de sérieux n’a été entrepris pour aider les migrantEs.

Alors pourquoi l’évacuation du campement ?

Les autorités ont utilisé les provocations de l’extrême droite pour argumenter l’expulsion. Dans la nuit du 22 mai des militants fascistes en moto avec barres de fer ont terrorisé les familles. Le 23 mai ils ont récidivé en jetant un cocktail molotov dans un container situé à proximité du camp. Malgré la présence la nuit des militantEs de la solidarité pour aider les habitantEs, la Préfecture a engagé une procédure d’expulsion en urgence sous couvert de « mise à l’abri des familles ». Le 24 mai en début d’après-midi, ce sont 21 cars de flics qui se sont garés le long du campement pour procéder à l’expulsion et seulement 3 minis-bus pour transporter 200 personnes dans 2 gymnases…Une honte !. Les militantEs en chaine devant les familles ont scandé des slogans pour le droit au logement et en solidarité avec les migrantEs. Nous avons eu à peine le temps d’aider les familles à prendre leurs paquetages que les bulldozers entraient en action….Mais on ne lâche rien, nous restons en lien avec les familles et la solidarité va continuer et s’amplifier. Une réunion unitaire est programmée. Cet évènement majeur à Grenoble illustre la nécessité de construire sur l’Isère un large mouvement antifasciste et antiraciste et de renforcer la solidarité avec les migrantEs pour imposer une solution d’hébergement pérenne et satisfaisante.