Législatives : A Marseille, Mélenchon joue son va-tout

Arrivé en tête dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, le chef de file de La France insoumise fait face à une candidate LRM et à l’abstention.

L’orage menace sur la place du Général-de-Gaulle, jeudi 15 juin, à Marseille. Jean-Luc Mélenchon démarre d’une voix monocorde. Il est fatigué et ne le cache pas. « Je compte presque les jours pour que ce soit fini car je n’en peux plus », lâche-t-il. Mais le tribun de la gauche radicale est un diesel qu’on n’arrête plus une fois lancé. C’est son dernier meeting et il veut en profiter. Près d’une heure de discours pour dénoncer « le coup d’Etat social qui se prépare » et le « hold-up » d’Emmanuel Macron.

Le chef de file de La France insoumise le sait : il joue son va-tout dans cette 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. A 65 ans, il rêve de décrocher un siège à l’Assemblée nationale, l’un des seuls mandats qui lui manque. En quarante ans de vie politique, il a été président délégué d’un conseil général, ministre de Lionel Jospin, sénateur et député européen. Sera-t-il victime dimanche du « dégagisme », ce concept qu’il a lui-même importé pendant la présidentielle ?

Sur le papier, il peut être confiant. Au premier tour, le 11 juin, il est arrivé largement en tête, avec 34,31 % des voix – même s’il a perdu cinq points par rapport au 23 avril dans sa circonscription –, devant son adversaire de La République en marche (LRM), Corinne Versini, et reléguant le député sortant PS, Patrick Mennucci, à la troisième place.

Ce soir-là, il n’hésite pas à rappeler que Mme Versini, une chef d’entreprise d’Aix-en-Provence que M. Mennucci qualifiait de « candidate du Medef », « vient pour la mairie de Marseille ». « Moi, ce n’est pas mon sujet », ajoute-t-il. Une précision qui n’est pas anodine. Début mai, M. Mélenchon n’a-t-il pas pris soin de réserver sa première visite au maire Les Républicains (LR) de la ville Jean-Claude Gaudin ? Sûrement par « courtoisie républicaine », comme l’expliquait alors son équipe, mais surtout pour l’informer de ses visées nationales et non locales.

Son message a bien été reçu par une droite marseillaise en difficulté. Officiellement, Renaud Muselier, le président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a appelé, jeudi, à « faire barrage à Mélenchon ». En sous-main, la droite locale tentera de s’opposer à la candidate du parti présidentiel. « Le PS laminé, le Front national en baisse, le seul ennemi potentiel pour nous reste LRM et Corinne Versini qui ne cache pas son appétit municipal, reconnaît un haut dirigeant LR local. On se retrouve donc supporteurs de Mélenchon pour ne pas avoir Versini tête de liste en face de nous en 2020. » L’intéressée, qui a reçu jeudi le soutien de la ministre des sports, Laura Flessel, réfute toute ambition municipale. « Je n’ai pas pour objectif d’aller à la mairie », assure-t-elle.

« Sectarisme »

Outre les voix des abstentionnistes, M. Mélenchon doit aussi récupérer celles de son ex-concurrent PS s’il veut l’emporter. Après une campagne de premier tour tendue, le ton du chef des « insoumis » était à l’apaisement dimanche soir. « Patrick Mennucci me tient pour responsable de son élimination mais c’est Mme Versini qui l’a éliminé, comme quoi les Marseillais feraient bien de ne pas faire confiance à une Aixoise, glissait-il. Mais j’imagine qu’il doit être amer. »

C’est peu de le dire. « Je serais lui, je voudrais buter Mélenchon », résume crûment un ancien allié du socialiste. Mardi 13 juin, M. Mennucci a réuni ses troupes pour discuter du second tour. Sans attendre, sa suppléante Nassera Benmarnia, a appelé à voter pour le cofondateur du Parti de gauche. « Quelques militants sont sur sa ligne, a commenté le député sortant. D’autres, très minoritaires, voteront LRM, mais beaucoup veulent s’abstenir. »

Lui tendra cependant la main à son ancien camarade en échange d’un soutien aux candidats « restés fidèles » au PS. Devant le refus de M. Mélenchon, M. Mennucci a annoncé jeudi qu’il ne donnerait pas de consigne de vote, dénonçant le « sectarisme », l’« égocentrisme » et la « volonté hégémonique » du leader de La France insoumise. « Mélenchon ? C’est une grande gueule, ça plaît ici », note un commerçant du Vieux-Port. « Viril mais… correct », titrait pour sa part La Provence, jeudi, après avoir organisé un entretien croisé entre les deux candidats.

Mme Versini dit avoir apprécié un moment « très respectueux ». Plusieurs sources affirment qu’elle avait cependant refusé en amont que le débat soit filmé dans son intégralité, ce qu’elle dément. Après la rencontre, la candidate a échangé quelques mots avec son adversaire. « Mélenchon m’a dit : “Si je gagne, ce sera une affaire nationale”, raconte-t-elle. Je lui ai répondu : “Encore plus si c’est moi qui vous bats”. »

Raphaëlle Besse Desmoulières (Marseille, envoyée spéciale) et Gilles Rof