Le résultat des législatives 2017 : Victoire ou défaite, une simple question de point de vue ?

La victoire éclatante du parti d’Emmanuel Macron lui permettra de gouverner sans difficulté à l’Assemblée nationale. Mais les oppositions seront plus fortes et plus incarnées que prévu.

La notion de victoire est souvent une question de point de vue. Celle d’Emmanuel Macron, lors de ce second tour des élections législatives, dimanche 18 juin, ne devrait souffrir aucune contestation. Avec quelque 361 sièges (dont 319 pour LRM et 42 pour le MoDem), selon les premières estimations, il réussit le pari incroyable de rafler la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale, à la tête d’un mouvement qui n’a même pas deux ans. Il a désormais les coudées franches pour mettre en œuvre son programme, à commencer par sa réforme du code du travail par ordonnances, dès cet été.

Et pourtant, les promesses de la semaine passée, avec près de 450 sièges envisagés, ne se sont pas pleinement réalisées. Elles donnent un goût d’inachevé à ce résultat. Le tsunami annoncé a été rétrogradé au rang de simple vague. Il y a six mois, Emmanuel Macron aurait signé sans sourciller pour pareil résultat. Ce soir, plusieurs des siens, qui pouvaient s’imaginer députés, se retrouvent au tapis. La République en marche s’est vue hégémonique, elle devra se contenter d’être majoritaire.

Le parti Les Républicains, qu’on annonçait éparpillé, « résiste » avec une centaine de députés (et une vingtaine d’UDI). C’est le pire score de la droite depuis 1958 et c’est deux fois moins d’élus qu’en 2012. Mais c’est deux fois plus que dans les pires projections de la semaine passée. Question de point de vue toujours. Reste à mesurer quel sera le rapport de force interne de ce futur ensemble. Les députés LR « Macron-compatible » pouvaient s’imaginer prendre la tête d’un groupe réduit aux acquêts. L’OPA s’avère désormais compliquée. La droite, même affaiblie, même divisée, pourra se prévaloir d’incarner la principale force d’opposition. Maigre consolation.

Mélenchon se rêve en leader de la gauche

Avec toute la bonne volonté du monde, les socialistes, eux, vont avoir du mal à voir le verre à moitié plein. Pourtant, ils se creusaient la tête cette semaine pour trouver une quinzaine de circonscriptions gagnables et en décrocheront finalement une trentaine. Avec leurs partenaires du PRG et quelques divers gauche, ils pourront former un groupe d’une cinquantaine d’élus. Mais la défaite, même légèrement atténuée, reste trop sévère. Jean-Christophe Cambadélis, sèchement éliminé au premier tour, en a tiré les conclusions en se retirant de son poste de premier secrétaire du PS. « La gauche doit tout changer, la forme comme le fond », a-t-il lancé.

La France insoumise, additionnée au PCF à défaut d’être alliée, se trouve dans la même situation que le PS : écrasée au premier tour, la coalition devrait finalement pouvoir compter sur un groupe d’une grosse vingtaine de députés (16 LFI et 11 PCF). La France insoumise perd 4,5 millions de voix entre la présidentielle et les législatives et elle échoue à devancer le Parti socialiste en nombre de sièges. Mais preuve s’il en est que la politique est une question de dynamique, en parvenant à former un groupe, Jean-Luc Mélenchon transforme la défaite du premier tour en semi-victoire au deuxième. Il n’en fallait d’ailleurs pas tant pour que le nouveau député de Marseille s’autoproclame premier opposant à Emmanuel Macron : « Le peuple français n’a donné aucune chance aux survivants de l’ancien monde, et nous a désignés pour porter demain le fanal du combat », a-t-il déclaré, estimant que le gouvernement n’a pas la légitimité « pour perpétrer le coup d’Etat social ».

Marine Le Pen impose le FN à l’Assemblée

Il se disputera le titre avec Marine Le Pen, qui fait, elle aussi, son entrée à l’Assemblée nationale. La néodéputée d’extrême droite, qui s’est retrouvée en situation le 11 juin d’être potentiellement la seule rescapée du Front national, pourra compter sur l’appui de sept à huit des siens. C’est insuffisant pour former un groupe, mais c’est assez pour éviter les images embarrassantes de la cheffe esseulée sur les bancs de l’Assemblée. Un succès ? Si le parti multiplie par quatre le nombre de ses élus entre 2012 et 2017, il a perdu 4,6 millions d’électeurs entre le premier tour de la présidentielle et celui des législatives. Question de point vue encore.

Le FN peut relativiser en arguant que tous les partis voient leur électorat s’effriter, dans un contexte de faible participation. Car comme au premier tour, le fait majeur de ce scrutin réside dans ce chiffre incroyable : près de six Français sur dix ont boudé les urnes en cette journée de grand soleil.

Chacun interprète cette abstention record à sa façon. Edouard Philippe, le premier ministre, y voit une « ardente obligation de réussite », comme si cette faible participation était paradoxalement un encouragement à aller plus loin. Jean-Luc Mélenchon, lui, lit dans ces chiffres une « très bonne nouvelle », « une forme de grève générale civique » – comme si chaque abstentionniste était un insoumis qui s’ignore.

Quant à Marine Le Pen, elle estime que cette faible participation « fragilise considérablement la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale » et que les idées d’Emmanuel Macron « sont minoritaires dans le pays », face « aux millions de Français » qu’elle incarne nécessairement. On l’a compris, en politique, l’abstention est toujours une défaite. Mais c’est surtout celle des autres.

Nicolas Chapuis