Délit de solidarité envers les exilé.e.s : « Le pouvoir condamne Cédric par vengeance »

Cédric Herrou a écopé, hier en appel, de quatre mois de prison avec sursis, pour « délit de solidarité » avec les exilés. Sa mère réagit.

Sa grand-mère, italienne, est passée par les vallées transfrontalières pour immigrer en France. Sa mère, elle, a connu les geôles nazies. Jackie Herrou se dit « écœurée » par la condamnation de son fils, Cédric, pour être venu en aide à ceux qui fuient les guerres et la pauvreté. L’agriculteur est condamné à quatre mois de prison avec sursis et doit payer, à la SNCF, 1000 euros de réparation pour avoir tenté d’héberger, dans des locaux abandonnés appartenant à l’entreprise, des exilés africains. Ce verdict, qualifié d’« insupportable dérive politique de la justice » par la Ligue des droits de l’homme, suscite l’indignation. Europe Écologie-les Verts appelle à « amplifier le mouvement de solidarité » tandis que pour le Parti communiste français « c’est l’État qui doit être condamné, pas Cédric Herrou ». Celle qu’on surnomme « Mama Herrou » fustige, pour sa part, l’aberration d’un tel jugement, assurant qu’il n’entame en rien la détermination des habitants de la Roya.

Emilien Urbach : Votre fils a été condamné hier à une peine de prison. Comment réagissez-vous ?

Jackie Herrou : En tant que mère, je suis soulagée, j’avais peur que ce soit pire, mais la réaction de la citoyenne est l’écœurement. J’ai l’impression que la justice a voulu contenter les dirigeants politiques en leur donnant un petit os à ronger. Cédric héberge encore de nombreux exilés chez lui. Ce sont pour beaucoup de jeunes mineurs qui doivent être pris en charge par l’État et qui ne le sont pas. La situation est aberrante. Le voilà condamné alors que les services de l’État lui demandent directement de pallier leur défaillance.

C’est-à-dire ?

J.H. L’Aide sociale à l’enfance lui demande de prendre en charge les mineurs isolés qui arrivent chez lui. On demande à mon fils de les nommer, de faire des recherches sur leur identité, de les garder chez lui le temps que leurs services puissent monter dans la vallée pour les récupérer. Certains restent pendant plusieurs semaines. Il les nourrit, les loge, les soigne. Ils sont entièrement pris en charge par Cédric à la ­demande des services de l’État. Et le préfet le fait condamner en appel. C’est incompréhensible.

Le tribunal accuse Cédric d’agir de façon intéressée parce qu’il y aurait un caractère politique à sa démarche solidaire…

J.H. Bien sûr que Cédric fait un acte politique. Mais ce n’est pas un politicien. Il fait de la politique au sens le plus noble du terme. Comment faire autrement ?

Un humaniste…

J.H Cédric est un garçon qui a toujours été très ouvert aux autres. Il a grandi dans le quartier populaire de l’Ariane, à Nice. Ses copains de jeux étaient des enfants de toutes origines. Je l’ai élevé comme ça. Cela ne m’étonne pas qu’ils viennent en aide aux gamins qu’ils croisent sur la route. Il faut voir dans quel état ils arrivent. Certains ont été torturés. C’est normal que Cédric en ait pris dans sa voiture pour les mettre à l’abri. Il ne le fait plus, d’ailleurs. Maintenant, ils viennent tout seuls. Ils savent qu’ils peuvent compter sur lui et sur les habitants de la Roya. Quand Cédric se lève le matin, il compte les nouveaux arrivants.

Pourtant, la police et l’armée quadrillent le secteur…

J.H. Oui, et j’imagine l’agacement des autorités. Le déploiement de force dans la vallée de la Roya est impressionnant. Et ça leur coûte de l’argent… On parle de 60 ?000 euros par jour pour barrer la route des exilés. Il en arrive, malgré tout, tous les jours. 220 personnes sont encore hébergées chez Cédric. On peut comprendre que nos dirigeants soient un peu vexés. Ils essaient de faire passer mon fils pour un voyou ou un profiteur par vengeance.

Quelle conséquence pourrait avoir cette condamnation sur la population de la vallée ?

J.H. Certaines personnes vont se réjouir. Les solidaires subissent régulièrement le harcèlement de quelques groupuscules hostiles à l’accueil des exilé·e·s. Ce week-end, le pare-brise de la voiture d’une bénévole a été cassé et ses pneus crevés, devant le domicile de Cédric. Mais, dans leur majorité, les gens sont accueillants et, même si les plus actifs commencent à fatiguer, la solidarité va continuer.

Entretien réalisé par Emilien Urbach