Mélenchon mobilise des dizaines de milliers de personnes contre « le coup d’Etat social »

Plusieurs personnalités de gauche, dont Benoît Hamon, ont protesté samedi à Paris, dans une manifestation qui a rassemblé entre 30 000 et 150 000 personnes.

Jean-Luc Mélenchon a réussi son pari. En réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes (150 000 selon les organisateurs, 30 000 selon la police), samedi 23 septembre, à Paris, entre Bastille et République, pour sa « marche contre le coup d’Etat social » le leader de la France insoumise (LFI) se pose durablement comme la principale figure de l’opposition à Emmanuel Macron et à sa politique. Mais pas seulement. Il devient aussi le pôle autour duquel la gauche pourrait se reconstruire.

« Nous sommes engagés dans un bras de fer social, mais il s’agit de davantage encore… [Les ordonnances], ce n’est pas seulement le contenu antisocial qu’elles portent en elles mais c’est l’incroyable subversion de l’ordre républicain (...) Ces gens détruisent tout ce que nous avons construit, nous, nos mères, nos pères, nos grand-pères... », a ainsi lancé l’ex candidat à la présidentielle en ouverture de son discours, dénonçant le « saccage » de l’éducation nationale et du logement social.

Dans le carré de tête de la manifestation, outre les députés de La France insoumise (LFI), plusieurs leaders de la gauche sont venus pour une photo de famille que l’on n’avait pas vue depuis fort longtemps. Et si les Insoumis pouvaient déplorer l’absence de leaders syndicaux (à l’exception de l’Union syndicale Solidaires qui avait un point fixe) comme Philippe Martinez de la CGT, force est de constater qu’ils avaient fait le plein du côté des organisations politiques.

Benoît Hamon, ancien candidat socialiste à la présidentielle, était présent avec son lieutenant Guillaume Balas. Dans un communiqué, le mouvement de l’ex député des Yvelines a néanmoins tenu à expliquer que « la participation aux initiatives de La France Insoumise ne relève ni d’une alliance privilégiée ni d’un partenariat stratégique en vue d’un programme commun ou de la conquête du pouvoir ».

Emmanuel Maurel, figure de l’aile gauche du PS et membre de la direction provisoire était là aussi, ainsi que les écologistes Esther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne, et Sergio Coronado, ex-député. Marie-George Buffet, Elsa Faucillon et Stéphane Peu, députés communistes, avaient également fait le déplacement. Même Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, qui entretient de mauvaises relations avec M. Mélenchon, s’est senti obligé de venir saluer le carré de tête avant de filer à la marche pour la paix organisée par son parti.

« J’espère que nous serons capables de construire ensemble, dans le respect de tous, des mobilisations unitaires toujours plus fortes et résolument conquérantes », a-t-il notamment déclaré.

Construire un rapport de force

Adrien Quatennens, député LFI du Nord, prévient : « Ici ce n’est qu’un début ». Heureux de « sentir derrière lui des milliers de personnes », il bombe le torse.

« On n’organise pas un baroud d’honneur, les gens ne sont par là pour faire un défilé de mode. On est là en train de signifier à Emmanuel Macron qu’on répond présents au bras de fer qu’il a souhaité. Si lui ne cédera pas, on ne cédera pas non plus. »

Son collègue Alexis Corbière se met même à rêver que « le gouvernement recule ce soir ». Plus généralement, les élus insoumis pensent déjà à l’avenir de la contestation, qui pourrait passer par une « convergence », en particulier avec les syndicats. « Ca serait positif, note Eric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis, je crois qu’il faudra ça pour bloquer la politique de Macron. » Et de rappeler qu’en 2006, le gouvernement de Dominique de Villepin avait renoncé au contrat première embauche, pourtant promulgué par le président Chirac. A la tribune, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi plaidé pour cette union des luttes :

« Nous allons nous rapprocher des organisations syndicales pour leur proposer de se mettre à notre tête pour mener le combat, un combat qui soit déterminé, décisif et tous ensemble. Ce n’est pas qu’une bataille sociale, c’est une bataille républicaine. »

Seule ombre au tableau, le NPA qui n’a pas souhaité participer au carré de tête. « L’union est un combat !, sourit Eric Coquerel. On est pour l’unité la plus large et pour que ça continue. Mais on n’est pas là pour servir de marchepied à qui que ce soit. »

Les manifestants, eux, étaient ravis du succès de la marche. Tous jurent qu’ils sont venus pour combattre la politique du gouvernement et qu’il faut construire un rapport de force suffisant pour le faire reculer. Et cela passe - forcément - par l’unité. Venu d’Arcachon, Jean-Philippe, 59 ans, appelle à faire « front commun » :

« Je viens défiler contre la politique de Macron. Pas simplement contre les ordonnances. Il faut actualiser la lutte des classes qu’Emmanuel Macron a remis au goût du jour. On peut le faire reculer avec un énorme rapport de force. En ce moment c’est très compliqué avec les syndicats, mais on doit construire un front commun. »

Ancien militant syndical Sud Rail, il milite aujourd’hui à la France insoumise. « On défile contre la politique de Macron mais surtout contre les ordonnances. J’ai été à toutes les manifs syndicales et à la Fête de l’Humanité aussi, abonde Pascale, 63 ans, architecte et sympathisante LFI. Cette marche est complémentaire avec tout ça. Il n’est jamais trop tard pour faire reculer le gouvernement. »


Des tensions entre « insoumis » et le Black bloc

Environ deux cents personnes se réclamant du Black bloc (militants radicaux se réclamant de l’antifascisme, de l’anarchisme ou de l’autonomie, cagoulés ou masqués et entièrement vêtus de noir) ont défilé samedi 23 septembre, en tête de « la marche contre le coup d’Etat social ».

Derrière notamment une banderole où il était écrit « Mélenchon est un soumis », ils ont entonné « Ni Dieu, ni maître, ni Mélenchon ». Alors que tout se passait dans le calme, à l’arrivée Place de la République, il y eut quelques affrontements avec la sécurité protégeant la scène ou M. Mélenchon allait prononcer son discours. Des barrières en métal ont notamment été lancées avant que tout revienne au calme.


Lors de la dernière mobilisation à l’appel de LFI, le 18 mars, 130 000 personnes s’étaient rassemblées à Paris selon les organisateurs. La police n’avait pas donné de chiffres.

Deux journées de grève et de manifestations dans toute la France contre la réforme du code du travail ont déjà eu lieu les 12 et 21 septembre, à l’appel de la CGT. La première a rassemblé entre 223 000 et 500 000 personnes, tandis que la seconde a réuni entre 132 000 et 223 000 manifestants (chiffres police et CGT).

Abel Mestre et Enora Ollivier