La France insoumise et sa convention : Ça roule fort, mais c’est complexe

, par LONGERINAS François

La convention du mouvement La France insoumise s’est réunie les 25 et 26 novembre 2017 à Clermont-Ferrand.

Le pari de proposer une nouvelle offre politique a été largement remporté avec l’émergence de ce mouvement.

La véhémence et l’agressivité que subissent beaucoup de celles et ceux qui ont le malheur de laisser entendre qu’ils se reconnaissent dans la FI en est un indice, parmi d’autres. « C’est là que cela se passe »... si l’on souhaite poursuivre le chemin vers une société juste, égalitaire et soucieuse de la protection de l’environnement, condition incontournable de la survie de l’espèce humaine sur la Planète.

Beaucoup de personnes qui critiquent notre mouvement n’ont aucune idée de ce qui s’y passe, à l’intérieur et polarisent leurs regards sur le personnage de Jean-Luc Mélenchon. On peut comprendre que le bonhomme en agace plus d’un, mais il suffit d’en causer avec les et les autres, au sein de la FI, pour se rendre compte que JLM, dont chacun reconnaît les qualités d’orateur, la culture et l’intelligence, ne fait pas l’unanimité. C’est normal. Et puis il y en a qui adorent le logo et d’autres qui le trouvent nul, d’autres encore qui sont fans des nationalisations alors que certains défendent une démarche autogestionnaire...

D’autant que la diversité des personnes engagées au sein de la FI révéle des références idéologiques et culturelles mêlant altermondialisme, pensées libertaires, communistes, social-démocrates radicales, écologistes et même situationnistes... dont seul le programme L’Avenir en commun est le point de référence partagé. La FI n’est pas un appareil monolithique, mais bien un mouvement pluriel, bien loin d’une armée derrière son général en chef.

Bien-sûr, on n’est pas les seuls dans le paysage politique issu de la Gauche, et nous ne pouvons faire comme si les militant.e.s du NPA, du PCF, du M1717, de LO, d’AL, d’EELV... ne partagaient avec nous cette ambition de transformer la société en profondeur. On ne peut faire comme si ces organisations n’existaient pas. L’unité avec eux est nécessaire si l’on veut gagner contre Macron et sa bande de financiers la bataille pour le Droit du travail, les emplois associatifs, le développement des énergies renouvelables en alternative au nucléaire, et j’en passe.

Il nous faut donc être capables de débattre. Sur le fond.

La bataille pour pérenniser un tel mouvement atypique est loin d’être gagnée...

D’abord parce que nos adversaires, les néo-libéraux, les réacs de tous poils, nos ennemis, les fachos et nos « concurrents » de la vraie Gauche traditionnelle, ne nous laissent passer aucune erreur, aucun bégaiement, aucune maladresse. Sans parler de mes confrères et consœurs journalistes, dont beaucoup sont atteints culturellement par la vague néo-libérale, voire confondent liberté d’expression et libéralisme économique. Mais ce n’est pas mon sujet du jour.

Je me suis moi-même engagé dans la France insoumise de manière déterminée quand j’ai perçu, au début de cette année, que la mayonnaise prenait, en particulier par l’écho que rencontraient les propos de Jean-Luc Mélenchon dans les quartiers populaires, desquels je me suis quelque peu rapproché en venant habiter à Saint-Denis, dans le 9-3. Et quelle ne fut ma surprise de voir des dizaines de jeunes venir échanger avec nous, distribuer les tracts, voire même s’emparer du drapeau tricolore en déambulant dans la ville. Je ne suis pas pour autant devenu un fan des symboles républicains de la Nation, mais cela m’a interrogé, voire troublé.

La France insoumise regroupe, à travers ses groupes d’action, quelques dizaines de milliers de personnes, en faisant l’une des forces militantes les plus importantes du pays. Au sein de celle-ci, tout le monde s’entend à dire que les regroupements locaux, nommés dorénavant « groupes d’action » sont appelés à s’auto-organiser comme bon leur semble.

La Convention nationale que nous venons de vivre a rassemblé plus de 1500 Insoumis.e.s, dont 80% avaient été tirés au sort parmi plusieurs milliers de volontaires. Les trois cents autres étaient des membres de l’Espace politique, lieu rasssemblant régulièrement les représentants de toutes les sensibilités de la FI (PG, PCF, Ensemble, Ecologie sociale), de l’équipe opérationnelle et les animatrices et animateurs de groupes de travail qui avaient produit les livrets thématiques.

Ce week-end, l’ambiance était chaleureuse et dynamique. A un rythme soutenu, de samedi après-midi à dimanche matin, nous avons travaillé sur la mise en œuvre des trois thèmes de campagne décidés par les 55000 participants au vote décisionnel. A savoir la lutte contre la pauvreté, la sortie du nucléaire et le développement des énergies renouvelables et enfin le combat contre l’optimisation et l’évasion fiscale. Des centaines d’idées ont germé en termes d’actions concrètes et d’objectifs à atteindre. Que du bon ;-)

Dimanche, la matinée a été essentiellement consacrée aux modes de fonctionnement du mouvement. C’est là sans doute que nous avons le moins progressé, tant il est difficile de faire du neuf. Certes nous sommes au clair pour développer un travail de terrain, dans les quartiers urbains comme dans les villages, en mobilisant les citoyens, autant pour résister à la dégradation sociale et écologique que pour mettre en œuvre des alternatives concrètes et locales afin de se prouver qu’on peut vivre, produire et consommer autrement.

Le problème est plutôt que nous n’avons pas encore trouvé toutes les manières de faire tourner le mouvement. Du côté des groupes locaux, pas de problème, chacun s’organise et agit comme bon lui semble. Au plan national, plusieurs instances, comme « l’espace politique », le groupe parlementaire et le collectif Programme ont pour mission de donner à toutes et à tous les outils pour agir et réfléchir.

Nous avons la chance d’avoir un groupe à l’Assemblée fort de sa diversité et de son énergie. Cette force d’action et d’intervention d’élus, qui réussissent à être à la fois sur le terrain et à la tribune du Parlement pour combattre la politique gouvernementale et faire des propositions alternatives. Chapeau à elles et à eux !

Il n’en demeure pas moins que nous n’avons pas encore trouvé la solution de tous les modes de décision au nom de la FI, à tel point que chacun.e peut de fait donner son avis et le rendre public, au nom du mouvement et de son statut en son sein : député, groupe local d’action, groupe thématique... Mais qui va décider au plan national de s’engager ou non dans un mouvement unitaire ? De signer un appel ? Aujourd’hui on bricole...

Il manque tout de même une maille au filet. Je reconnais que ce n’est pas simple. Ayant rejoint les Verts il y a plus de vingt ans en particulier pour une promesse de « la politique autrement », j’ai vu se dégrader un fonctionnement horizontal à connotation conseilliste... en un amas de magouilles internes aboutissant à l’émergence de boutiques et d’écuries au service d’égos arrivistes.

L’affaire n’est donc pas gagnée. Et chacun le sait. Si la FI finissait par tomber dans une forme-parti traditionnelle, certes rénovée dans l’apparence, mais centralisée au service d’un petit groupe au nom de l’efficience, cela ne durera pas. Personne n’en est dupe et ces interrogations ont été l’objet de discussions à la quasi totalité des tables de discussion de la Convention de ce week-end.

Je comprends les vieux militants qui se méfient de toutes les dérives qu’ils ont connues autrefois dans leurs partis. C’est leur droit. Mais me préoccupent (et me rassurent) bien plus les interrogations de ces milliers de jeunes qui ont rejoint la FI dans la suite, logique à leurs yeux, de leurs engagements à Nuit debout, dans les ZAD, dans le soutien aux migrants ou au sein de leur organisation syndicale contre la loi Travail...

Bref ce n’est pas gagné. Et que celles et ceux qui n’y croient pas nous lâchent les baskets et nous laissent essayer...

François Longerinas