La convention de La France insoumise à Clermont-Ferrand

 A la convention de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon « refuse la police de la pensée »

La convention du mouvement s’est tenue samedi à Clermont-Ferrand. Refusant de se poser en chef de parti, Jean-Luc Mélenchon a promis une liste aux européennes de 2019.

La France insoumise (LFI) n’est pas un parti, et a fortiori, Jean-Luc Mélenchon n’est pas son dirigeant. C’est un des messages qu’entend faire passer le mouvement, qui tient sa convention samedi 25 et dimanche 26 novembre à Clermont-Ferrand pour mieux se définir.

LFI « n’a pas besoin d’une homogénéité des pensées, mais d’une homogénéité de l’action. Il n’y aura pas de police de la pensée ici. Personne n’est obligé de répéter ce que je dis », a lancé M. Mélenchon, qui a ouvert l’événement en tant que président… du groupe parlementaire à l’Assemblée nationale.

Les militants – 1 600 participants, selon l’organisation, la majorité tirée au sort après inscription – assis dans la pénombre autour de tables nappées de blanc, façon cabaret, ont donc écouté le député distiller pendant une heure et quinze minutes non pas une ligne à suivre mais des conseils et des considérations sur des sujets d’actualité.

« Pas de religion en politique »

Evoquant les différentes polémiques touchant les cadres du mouvement, M. Mélenchon a déploré « cinq mois ininterrompus de dénigrement », « parfois à la cadence de deux buzz par semaine ». Il s’est arrêté, sans le nommer, sur le cas de la députée de Paris Danièle Obono, à qui ses adversaires reprochent une forme de compromission avec l’islam politique, pour défendre une laïcité stricte.

« Il faut (…) que la religion ne vienne pas en politique diviser tous ceux qui ont vocation à s’unir. C’est la position du livret thématique de notre programme. Pas de religion en politique ! »

L’élu des Bouches-du-Rhône a, dans le même temps, « exigé du pouvoir de la clarté et pas des admonestations ». Il a réclamé que « la République soit fondamentalement et jusqu’au bout laïque », en abolissant le concordat en Alsace-Moselle et en mettant fin à la tradition qui veut que le chef de l’Etat ait le titre de chanoine de Latran : « Le président ne peut pas être le curé du pape ! »

Assurant faire partie du « mouvement de l’argumentation et pas de la vitupération », l’ancien candidat à la présidentielle a aussi vivement critiqué « l’ignoble Manuel Valls et ses aboiements permanents ». L’ancien premier ministre avait notamment qualifié le discours de LFI « d’islamo-gauchiste ».

« La division syndicale nous a nui d’une manière incroyable »

M. Mélenchon est ensuite revenu sur la faiblesse du mouvement de contestation aux ordonnances réformant le code du travail. « Nous venons de subir un revers », a-t-il lancé, après avoir une première fois reconnu, à la fin d’octobre, avoir perdu une manche face au président de la République, Emmanuel Macron. Il en a attribué la responsabilité au manque d’union entre les syndicats :

« Cette bataille a été menée en dépit du bon sens. La division syndicale nous a nui d’une manière incroyable. Honte à ceux qui en ont été responsables ! (…) Il faut absolument, par rapport aux batailles qui s’annoncent, que la convergence se fasse, chacun dans son rôle. Nous avons besoin de plates-formes de résistance populaire qui rassemblent tous ceux qui sont prêts à se battre. »

De son côté, le message est clair, il faut continuer : « Seule la lutte paie, parce qu’ils [les dirigeants] n’entendent rien d’autre », a-t-il dit, s’adressant aux acteurs du secteur de la santé à qui il prédit « une mauvaise année ».

Contre M. Macron et « les cadeaux faits aux riches » compris dans le budget voté cette semaine, il déroule, dénonce « une pluie d’argent qui part en direction d’une classe sociale qui s’est comportée en parasite sans rien apporter au bien-être de la nation ».

Une liste « L’Europe insoumise » aux européennes

L’ex-prétendant à l’Elysée a également évoqué les prochaines échéances électorales, les européennes, qui doivent avoir lieu en 2019. Ces élections vont être « un référendum sur la question européenne », promet M. Mélenchon pour qui « il faut briser les chaînes, sortir des traités budgétaires européens qu’ont préparés et signés Sarkozy et, ensuite, Hollande ». Ces textes « poussent le continent entier dans la misère et dans la guerre ».

M. Mélenchon a assuré qu’il y aurait « une liste “L’Europe insoumise” » à ces élections, éventuellement avec les Espagnols de Podemos « et tant d’autres amis », en cas de listes transnationales.

LFI a aussi les yeux tournés vers les éventuelles législatives partielles qui auront lieu en cas d’invalidation des élections de juin – une centaine est concernée, selon M. Mélenchon. « Nous serons partout », a-t-il prévenu.

Enora Ollivier (Clermont-Ferrand, envoyée spéciale)

* LE MONDE | 25.11.2017 à 18h32 • Mis à jour le 26.11.2017 à 12h50 :
http://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2017/11/25/a-la-convention-de-la-france-insoumise-jean-luc-melenchon-refuse-la-police-de-la-pensee_5220445_5126047.html


 Jean-Luc Mélenchon : « La galère commence pour Macron et finit pour moi »

Auto-organisation, assemblée représentative, groupes d’action… La France insoumise, réunie en convention à Clermont-Ferrand, a affiné son organisation.

La France insoumise, acte II. Le mouvement s’est réuni en convention – la 3e de son existence – ce week-end à Clermont-Ferrand pour esquisser une réponse à cette question : passé l’enthousiasme de la récente séquence électorale, que faire, et surtout comment ? « Il y avait une transition qui était délicate à passer », a expliqué Jean-Luc Mélenchon dimanche 26 novembre devant des journalistes. « Les deux premières conventions étaient dans le feu de la campagne présidentielle, leur objet [était] évident. On est à une autre étape, il va falloir s’installer dans la durée », a-t-il prévenu.

Tout au long du week-end, les cadres de LFI se sont échinés à convaincre que le moment ne correspondait pas à la recherche d’un « second souffle », qui sous-entendrait une perte de vitesse, mais bien le passage à un objet politique inédit, autour d’un mot d’ordre : « l’action ». Le mouvement entend se structurer en particulier autour de groupes d’« auto-organisation populaire » à l’échelle de quartiers ou de petites communes pour proposer de l’aide aux habitants sur des problèmes concrets. LFI met aussi en place un « réseau des luttes » avec une adresse e-mail où chacun pourra faire remonter des causes locales qu’il juge légitimes et demander un soutien national. Les militants ont par ailleurs voté ce week-end pour la mise en œuvre de trois campagnes nationales contre l’évasion fiscale, pour la fin du nucléaire et la lutte contre la pauvreté.

Changement de tactique

LFI change ainsi de tactique, alors que les manifestations contre les ordonnances réformant le code du travail n’ont pas eu le succès escompté. Samedi, en ouvrant la convention, M. Mélenchon avait imputé cet échec aux divisions syndicales qui ont « nui de manière incroyable » et ont fait que « la bataille a été menée en dépit du bon sens ». Avec davantage d’union, « on est persuadés qu’on aurait pu mettre des centaines de milliers de personnes dans la rue », commente un élu, qui explique qu’il faut désormais chercher de nouveaux types de mobilisation et « ne pas attendre les Européennes de 2019 pour mettre la pression ».

Pour M. Mélenchon, c’est le moment de commencer à exercer cette pression. « Je sens bien le terrain, je ne m’arrête pas à l’apparence, je pense que ce que fait Macron n’imprime pas, qu’il n’a pas de base sociale, et qu’il a mangé son pain blanc, parce que maintenant les gens vont être confrontés aux conséquences de sa politique. C’est maintenant qu’ils vont voir les services publics se fermer. Par conséquent, la galère, elle commence pour lui maintenant et elle finit pour moi. »

Pour le député de Marseille, le président de la République a une « stratégie de lutte » en multipliant projets de loi, annonces et mesures. Le travail parlementaire du dernier trimestre a été à ce titre « une épreuve physique et intellectuelle » pour les 17 membres du groupe LFI à l’Assemblée. Mais l’ancien candidat de la présidentielle nie toute « déprime », qu’on lui attribue depuis qu’il a reconnu en octobre avoir perdu une manche face à M. Macron et que les polémiques concernant des cadres de son mouvement se sont succédé.

A Clermont-Ferrand, M. Mélenchon s’est défini comme un « passeur », qui n’a pas vocation à diriger cette France insoumise qu’il décrit comme « gazeuse ». Mais « je garde un double des clés (…), je ne pars pas à la retraite », a-t-il prévenu.

Enora Ollivier (Clermont-Ferrand, envoyée spéciale)

* LE MONDE | 26.11.2017 à 18h02 • Mis à jour le 27.11.2017 à 06h49 :
http://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2017/11/26/jean-luc-melenchon-la-galere-commence-pour-macron-et-finit-pour-moi_5220640_5126047.html


 Les «  insoumis  » remodèlent leur mouvement

Les partisans de Jean-Luc Mélenchon tiennent leur convention samedi 25 et dimanche 26 novembre à Clermont-Ferrand.

C’est un hasard du calendrier qui tombe à point nommé. La France insoumise (LFI) tient sa convention les 25 et 26 novembre à Clermont-Ferrand pour déterminer ses campagnes prioritaires et définir la nature du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Prévu depuis plusieurs mois, ce rendez-vous clôt un processus de consultations en ligne débuté en août et doit réunir environ 1 500 personnes.

C’est surtout l’occasion rêvée d’ouvrir une nouvelle séquence après une rentrée décevante pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. LFI, qui rêvait de prendre la tête d’une puissante contestation de rue contre la réforme du code du travail, a dû reconnaître son échec.

Par ailleurs, plusieurs de ses cadres ont nourri une polémique permanente en ce début d’automne : la députée de Paris Danièle Obono, avec ses prises de position, dont la dernière en date en faveur des stages en non-mixité raciale, à rebours de celles, républicaines, de M. Mélenchon ; l’ancienne porte-parole Raquel Garrido avec ses activités de chroniqueuses sur C8 dans l’émission de Thierry Ardisson. Sans compter que Danielle Simonnet et Alexis Corbière ont dû, l’un et l’autre, s’expliquer longuement sur leur logement.

Pour ce week-end, l’objectif est clair : se concentrer, désormais, sur les questions politiques. « On veut montrer que nous sommes en capacité d’exercer le pouvoir », assure Manuel Bompard, chef d’orchestre du mouvement. Cette convention ne sera pas un congrès au sens classique du terme. Aucun président ou même équipe dirigeante ne sera élu ce week-end.

Des campagnes axées sur le social et l’écologie

Les « insoumis », 500 000 inscrits revendiqués sur leur plate-forme numérique, devaient choisir en ligne trois campagnes prioritaires à mener sur le plan national. Une trentaine était proposée sur des sujets aussi divers que la sélection à l’université, les partenariats public-privé, l’évasion fiscale ou encore la rupture avec les traités européens. « Les thèmes qui ressortent sont sociaux et écologiques », dévoile, sans surprise, Manuel Bompard.

La mise en avant de « l’auto-organisation populaire »

C’est un mode d’action dont LFI entend faire sa marque de fabrique.« On veut se mettre au service des habitants d’un quartier pour mener des luttes sur la vie quotidienne, explique William Martinet, coresponsable de ce pôle avec Leïla Chaibi. Par exemple contre un bailleur social qui ne remplit pas ses obligations, contre le non-remplacement d’un enseignant ou des fermetures de classe. »

Concrètement, les militants de LFI « frapperont aux portes » dans les quartiers populaires pour recueillir les différents sujets de lutte et proposer leur aide. Au risque de se substituer aux associations locales ? « Surtout pas », promet M. Martinet, qui assure que la structuration souple du mouvement permet d’éviter l’écueil de la récupération.

Un mouvement qui se veut « humaniste » et « tourné vers l’action »

Outre les campagnes, les « insoumis » devaient également se prononcer sur deux textes définissant la nature de leur mouvement. Tout d’abord les « Principes de La France insoumise ». En onze points, dont certains directement inspirés par les écrits de Jean-Luc Mélenchon, ce texte dresse la fiche d’identité du mouvement qui se veut « évolutif », se « prépare à gouverner » et est « tourné vers l’action ». Il « cherche à inventer une nouvelle forme de rassemblement citoyen ». LFI est un mouvement « ouvert et populaire », « humaniste », et « promeut l’émancipation globale de la personne humaine, la souveraineté populaire, la justice sociale, la laïcité, l’écologie et l’harmonie entre les êtres humains et leur écosystème ».

LFI est également « bienveillante et inclusive » : « Les compétitions internes, les conflits de personnes et les affrontements de courants n’y ont pas leur place, peut-on ainsi lire. Tout comme les propos ou les comportements violents, sexistes, racistes, antisémites ou LGBTphobes. Les prises de décision par consentement sont privilégiées afin d’éviter les écueils liés aux clivages et aux mises en minorité. »

Autre texte, la charte des groupes d’action. C’est en quelque sorte le règlement intérieur de ces groupes de bases de LFI. Le texte détaille comment sont animés ces groupes d’action qui doivent regrouper au minimum deux personnes, leurs modalités de fonctionnement, etc. Le mouvement veut ainsi essaimer sur l’ensemble du territoire pour travailler son implantation et l’infusion de ses idées dans la société.

Le flou des organes de direction

Tous les dirigeants le rappellent : il n’y aura pas de direction élue lors de cette convention. Tout à leur structuration « souple », les « insoumis » n’ont pas dissipé le flou de leur organisation interne. Une Assemblée représentative d’environ 250 personnes, dont la majorité tirée au sort et pour le reste composée de représentants des différents « espaces » du mouvement (politique, des luttes, groupe parlementaire), doit être annoncée ce week-end. Elle devrait avoir un rôle de conseil, de coordination.

« Mouvement polycentrique », LFI est en outre dotée d’une équipe opérationnelle ; d’une équipe assurant la coordination du programme ; d’un groupe parlementaire réunissant ses députés ; d’espaces nationaux de conseil et de propositions (notamment un espace politique et un espace des luttes). Difficile de s’y retrouver, donc, dans cette profusion de groupes.

Sans courants structurés et sans véritable contre-pouvoir, cette dissolution de la décision en interne peut favoriser la mainmise du chef de file du mouvement, Jean-Luc Mélenchon. Un argument balayé par Charlotte Girard, coresponsable du programme : « Tout comportement autocrate serait extrêmement risqué. Personne n’aurait intérêt à trahir le mouvement. »

La main tendue à Benoît Hamon

Il ne sera pas question non plus ce week-end de la stratégie électorale ou des alliances avec d’autres formations. Il n’empêche. En deux jours, LFI a tendu par deux fois la main à Benoît Hamon. Un changement, sinon de ligne, en tout cas d’attitude à l’égard de l’ancien candidat socialiste à la présidentielle. Manuel Bompard, dans le journal de LFI, L’Heure du peuple, a ainsi déclaré jeudi que « la participation de Benoît Hamon à la marche du 23 septembre était une bonne nouvelle. Toutes celles et ceux qui refusent la politique désastreuse du gouvernement doivent pouvoir agir ensemble. »

De son côté, dans un entretien au Parisien du 24 novembre, Jean-Luc Mélenchon se dit prêt à discuter et à ne pas rester isolé pour s’opposer à la politique menée par le président de la République, Emmanuel Macron. Il déclare ainsi avoir « réduit la fracture » avec Benoît Hamon qui doit relancer, début décembre, son Mouvement du 1er juillet.

Dans son entretien au Monde du 24 octobre, M. Hamon déclarait également avoir des contacts réguliers avec le député des Bouches-du-Rhône : « Nos relations sont apaisées, sereines, normales. » Il souhaitait également poser des « actes de résistance communs » avec M. Mélenchon.

Abel Mestre

* LE MONDE | 25.11.2017 à 09h56 :
http://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2017/11/25/les-insoumis-remodelent-leur-mouvement_5220295_5126047.html


 Avant la convention : Chez les « insoumis », les voies impénétrables de la laïcité

Plusieurs cadres du mouvement demandent un « débat » interne sur les divergences autour de cette question.

Il y a quelque chose de sacré à La France insoumise (LFI) : le programme. L’Avenir en commun, c’est son nom, est par ailleurs complété par une série de 41 livrets thématiques. L’un d’entre eux est consacré à la laïcité. C’est une véritable bible à laquelle se réfèrent les « insoumis » lorsque l’on évoque le sujet avec eux.

Et depuis quelques semaines, ils ont dû s’y référer plus souvent qu’auparavant : leur mouvement a en effet été attaqué, notamment par l’ancien premier ministre Manuel Valls et ses soutiens, sur la sincérité de son identité laïque. En ligne de mire : la députée LFI de Paris, Danièle Obono.

M. Valls a notamment qualifié LFI d’« islamo-gauchiste », l’accusant de faire des concessions à l’islam radical. Il a également reproché au mouvement de Jean-Luc Mélenchon une proximité intellectuelle avec le Parti des indigènes de la République (PIR) d’Houria Bouteldja, une formation identitaire et postcoloniale dont le discours ­racialiste suscite de plus en plus le malaise à gauche. Les déclarations, dimanche 5 novembre, de Danièle Obono qualifiant Mme Bouteldja de « camarade », n’ont fait qu’accentuer ce trouble. Qu’en est-il vraiment ?

Dans leur opus de vingt pages, les « insoumis » sont pourtant clairs. La laïcité est un outil d’émancipation, « un pilier de la République une et indivisible », « porteur de droits inaliénables : la liberté de conscience et de culte, l’égalité des citoyen·ne·s, (…) la séparation du politique et du religieux ». Une position en droite ligne avec celle défendue par M. Mélenchon, membre du Grand Orient de France et militant laïc de longue date.

« Certaines contradictions ne sont pas tranchées »

« Notre position officielle, c’est le livret thématique. LFI est le seul mouvement avec un programme ambitieux sur la question laïque », insiste Manuel Bompard, homme fort de la formation. Il reconnaît néanmoins : « Nous ne sommes pas un mouvement dogmatique. Il y a des divergences sur certains points. »

Charlotte Girard, coresponsable du programme, ne dit pas autre chose. Si elle rappelle que LFI défend « une vision classique de la laïcité, sans aucune concession », elle admet qu’il existe « des définitions différentes dans le mouvement, même s’il n’y a pas de dichotomie ». « Il va falloir que l’on s’en parle. Certaines contradictions ne sont pas tranchées. Il faut prendre le temps qu’il faut pour les résoudre. Et il ne faudra pas que cela soit de manière autoritaire », continue-t-elle.

« Il faudra s’entendre. On doit avoir une cohérence d’ensemble tout en laissant respirer des courants qui ne sont pas identiques sur tout », complète Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis. « Il n’y a pas assez de débats en interne sur cette question. On doit le faire pour diffuser notre vision dans la société », abonde Danielle Simonnet, conseillère de Paris. Cette dernière est tenante d’une laïcité intransigeante, préfère parler de « racisme anti-musulman » plutôt que « d’islamophobie » et veut « provoquer un débat national » autour du spectacle inspiré du livre de Charb : Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes (Les Echappées, 2015).

Cette envie de débats est unanime chez tous les dirigeants contactés. La convention de LFI, qui se réunira les 25 et 26 novembre à Clermont-Ferrand, et qui doit définir les « campagnes prioritaires », pourrait être l’occasion idéale.

Trouble

Les « divergences » au sujet de la laïcité sont souvent résumées à grands traits par l’histoire militante des uns et des autres. D’un côté, il y aurait les « laïcs Troisième République » venus du Parti de gauche (M. Mélenchon, Eric Coquerel, Alexis Corbière, Danièle Simonnet). De l’autre, on trouverait les tenants d’une laïcité plus « ouverte » ou « accommodante », comme Clémentine Autain et Danièle Obono, qui ne sont pas issues de cette matrice politique. Une vision que la seconde juge caricaturale. « La réalité est bien plus large. Il y a un accord global sur le programme et le livret. On doit partir de ce qui nous rassemble, la défense de la loi de 1905 et son application sur l’ensemble du territoire [LFI est pour l’abolition du Concordat] », estime la députée de Paris.

Danièle Obono est souvent accusée par ses adversaires politiques de compromissions avec l’islam politique. Ils s’appuient notamment sur certains tweets de l’élue quand elle a assisté aux dix ans du PIR, en 2015 ; sur son opposition à la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école ou encore sur un texte de 2015 où elle émettait des réserves sur la manifestation nationale après les attentats contre Charlie Hebdo.

L’élue déroute jusque dans les rangs de LFI. Elle a défendu, dimanche, sa « camarade » Houria Bouteldja, présidente du PIR : « Je respecte la militante antiraciste. C’est dans le mouvement antiraciste que je l’ai connue, c’est dans ces luttes-là que l’on s’est battues », a-t-elle déclaré au micro de Radio J.

Des propos qu’elle a dû rectifier le lendemain, sur Facebook : « Comme je l’ai toujours dit, écrit et agi en ce sens, je suis une militante politique, féministe et antiraciste. (…) Mon seul programme est celui de LFI, “L’Avenir en commun”. J’en ai coordonné les livrets thématiques. Je souscris à l’ensemble du programme sans exclusive. C’est celui sur lequel j’ai été élue députée. Je ne suis pas et n’ai jamais été membre du PIR. Je suis en profond désaccord avec leurs thèses », écrit-elle notamment.

Une forte polémique

Cette sortie arrive quelques semaines après une autre polémique lancée par la jeune députée. Lors d’une émission sur BFMTV, le 1er octobre, elle avait mis en doute le concept de « radicalisation ».

Interrogée sur la possibilité de renvoyer un chauffeur de bus qui refuserait de prendre le volant à la suite d’une femme, elle avait ajouté : « Est-ce que je crois que quelqu’un qui refuse de conduire un bus après une femme doit être mis sur écoute, perquisitionné, mis en centre de rétention ? Non ! » Une forte polémique s’en était suivie et Mme Obono avait dû s’expliquer dans un long texte très argumenté publié le 15 octobre sur son blog hébergé par Mediapart.

En « off », certains hauts dirigeants très attachés à la laïcité sont de plus en plus agacés par les sorties de Danièle Obono. Ses défenseurs rappellent néanmoins que « les livrets thématiques, dont celui sur la laïcité, ont été coordonnés par Danièle Obono et Laurent Levard » et qu’elle a « beaucoup évolué sur ces questions ».

D’autres, en revanche, sont plus sévères, comme Djordje Kuzmanovic, le « M. International » de LFI, ou encore le « politologue insoumis » Thomas Guénolé. Ce dernier a écrit sur Twitter que « les propos de Danièle Obono sur Houria Bouteldja n’ont /aucun/ rapport avec le projet de LFI. Donc, ils n’engagent qu’elle. »

« Réalité du terrain »

Autre élément fondamental pour comprendre ces nuances autour de la laïcité : « La réalité du terrain. » LFI a réalisé de très bons scores dans les quartiers populaires – six députés sur les dix-sept que compte le groupe ont été élus en banlieue parisienne –, où la question du voile peut être prégnante.

Eric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis, avoue ainsi avoir évolué depuis la campagne des législatives. « On a très longtemps considéré le voile comme un signe d’une vision intégriste d’une religion, un signe d’inégalité hommes-femmes. On avait raison, mais dans les quartiers, beaucoup de femmes voilées le portent comme un signe culturel, sans la corrélation qu’on y mettait il y a quelques années, explique le parlementaire. Le voile n’est pas forcément synonyme d’intégrisme ou d’asservissement de la femme par l’homme. » Sur cette question fondamentale pour eux, les « insoumis » ne pourront pas faire l’économie d’un large débat.

Abel Mestre

* LE MONDE | 08.11.2017 à 06h42 • Mis à jour le 08.11.2017 à 07h52 :
http://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2017/11/08/chez-les-insoumis-les-voies-impenetrables-de-la-laicite_5211663_5126047.html