J’ai mal à mon Afrique – Le discours d’Ouagadougou d’Emmanuel Macron au Burkina Faso

Le discours d’Emmanuel Macron en visite officielle à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, s’inscrit comme les autres avant lui, avec la violence de l’humiliation en plus, dans le vieux rapport de domination qui soutient depuis toujours la relation de la France avec son pré-carré africain, et ce, en dépit de l’alternance des gouvernants qui se succèdent à sa tête.

Décidément, il semble s’avérer que les africains auront à boire le calice jusqu’à la lie de leur rencontre avec l’Occident en général, et la France en particulier.

En effet, en tant qu’Africain, je me sens très mal ce soir, ayant du mal à me remettre des images, mais surtout du discours d’Emmanuel Macron en visite officielle à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, première étape d’une tournée en Afrique, devant 800 étudiants, des officiels français et burkinabés dont le Président Rock M.C Kaboré, qui s’est fait publiquement humilier, dans son pays, sous les yeux de son peuple et ceux de toute l’Afrique par le jeune Président français.

Je pensais que nous avions atteint le sommet du mépris de l’Occident, et celui de la France en particulier à l’endroit des africains avec le « discours de Dakar » de Sarkozy, qui en juillet 2007, au cœur de la capitale sénégalaise, a déclaré du haut de sa « grandeur » mais surtout de celle de son pays, la patrie des droits de l’homme (blanc), « l’héritière des Lumières », que « l’homme noir n’était pas rentré dans l’histoire. »

Remarquez, Macron nous avait déjà laissé entrevoir son potentiel à égaler Sarkozy voire à pouvoir le dépasser sur ce terrain du mépris à l’endroit des Africains, lors du sommet du G20 de juillet dernier, où il avait laissé entendre que l’Afrique avait un « problème civilisationnel » eu égard au taux élevé de natalité des femmes africaines avec une moyenne de 7 à 8 enfants par femme, le ton était déjà donné...

Mais de là à se hisser à sa « performance » d’aujourd’hui, nul ne s’y attendait !

- la France n’est pas responsable des problèmes de l’Afrique

- si elle a eu à coloniser l’Afrique dans le passé, Macron, actuel Président de la France, ne peut pas en être tenu comptable aujourd’hui

- lui Macron n’a pas connu l’Afrique sous colonisation française, lui Macron, appartient à la génération qui a vécu la libération de Mandela, à laquelle il a certainement dû participer

- l’esclavage des migrants africains en Libye, c’est la faute de méchants Africains qui vendent leurs propres frères à des libyens, et non la faute de la France et de l’Union Européenne

- le renversement du régime de Kadhafi et son assassinat par la France, c’est mal, et c’est pas de bol pour la Libye, car sous sa présidence cela ne serait jamais advenu, pour autant, la France ne peut pas être tenue responsable de la situation actuelle qui y prévaut et qui est le fait des groupes djihadistes terroristes

- Le franc CFA n’est pas une monnaie coloniale en dépit de ce qu’en pensent les Africains, et la France ne force aucun pays qui ne le souhaite pas à y rester, les pays africains qui veulent se retirer et battre leurs propres monnaies sont libres de le faire, c’est aussi simple que ça

- les éléments sur le dossier de l’assassinat de Thomas Sankara seront déclassifiés et mis à la disposition de la justice sauf ce qui est classé secret d’Etat, c’est-à-dire tout,

- le nombre (encore) important d’enfants par femme en Afrique (de 7 à 8) est tout sauf le choix des femmes africaines, tandis qu’en France les femmes qui ont beaucoup d’enfants, c’est bien parce qu’elles le veulent, c’est leur choix

- les troupes françaises présentes en Afrique doivent être remerciées et applaudies car elles sont là pour aider à la sécurité des africains et non servir les intérêts de la France.

Et j’en arrive au « meilleur » si on peut l’appeler ainsi, même enfermer dans des guillemets,

- l’interpellation de son hôte, le Président Rock Kaboré, qu’il venait d’humilier devant ses étudiants à propos d’une banale question sur la pérennité d’un barrage électrique qu’il doit inaugurer demain : « du coup il s’en va, ehh ! reste avec nous ! », avant de lâcher la phrase qui va l’achever : « il est parti réparer le climatiseur... » ponctuée du sourire de celui qui est satisfait de l’effet de sa blague sur l’assistance, du dominant sur le dominé, du blanc sur le nègre, du colon sur son esclave, en un mot, de celui qui se sent chez lui, et qui peut donc tout se permettre...

Libres aux admirateurs de Macron et aux nostalgiques de la grandeur perdue de la France, de saluer un « grand discours, qui sort des chantiers battus des habituels discours des sommets France-Afrique », « qui sonne vrai », ainsi de suite, il n’en demeure pas moins, que ce discours s’inscrit comme les autres avant lui, avec la violence de l’humiliation en plus, dans le vieux rapport de domination qui soutient depuis toujours la relation de la France avec son pré-carré africain, et ce, en dépit de l’alternance des gouvernants qui se succèdent à sa tête.

Cependant, cet humiliant scénario ne persiste qu’en raison de la faiblesse et de la lâcheté des dirigeants africains, plus soucieux de conserver les faveurs de la France afin d’espérer rester au pouvoir pour se servir, que de s’ériger en gardiens des intérêts de leurs nations qui leur aurait permis de nouer avec la France une relation d’égal à égal.

Aux nouvelles générations de s’affranchir de cet héritage colonial et de s’affirmer en défenseurs des intérêts de leurs peuples dans le respect et la dignité.

Avec affection, espoir et détermination

Abdou Rahmane