Analyse des élections catalanes du 21 décembre 2017 – « Déployer une stratégie majoritaire qui place au centre les intérêts populaires et leur auto-organisation »

1. La défaite de Rajoy est une évidence après qu’il a imposé des élections par l’intermédiaire du 155 sans qu’il ait pu concrétiser un gouvernement fidèle à ses intérêts avec la confirmation de la majorité absolue pour l’indépendantisme. Toutefois, le bilan général qui ressort des élections n’est pas positif : Les gauches de transformation sociale (les Comuns et la CUP) ont subi un revers. Ciutadans, qui avait émergé lors des élections du 27 septembre 2015, a progressé en capitalisant le vote anti-indépendantiste et s’est positionné comme la force la plus représentative en Catalogne, en particulier dans les quartiers et villes de l’aire métropolitaine de Barcelone et dans le Tarragonais. Il n’y a pas eu d’augmentation qui aurait agrégé de nouveaux secteurs sociaux significatifs pour défier le régime. Et il n’y a pas eu non plus de changement dans le leadership des gauches, sinon que la droite catalaniste revalide son leadership et ressort comme l’option la plus représentative du bloc indépendantiste.

2. Nous considérons qu’affronter les difficultés matérielles qui ont surgi depuis le 1er-Octobre, devrait impliquer, d’une part, une extension des majorités sociales ainsi que des alliances politiques, un tournant stratégique qui permette un plan pour engager la rupture. Le contexte électoral n’a pas permis de l’amener à maturité et la confirmation du leadership de la droite catalaniste hypothèque énormément la nécessité d’un tel tournant. Toutefois, l’indépendantisme est une force destinée à durer : il possède toujours une large base qui n’a pas crevé son plafond mais il a su la maintenir en tension dans un contexte d’attaques et de persécution politique de la part du régime.

3. Précisément parce que l’indépendantisme est destiné à durer, il faudra que Catalunya en Comú Podem engage une réflexion sur le rôle qu’il joue dans la politique catalane. Nous pensons que le scénario électoral imposé et plébiscitaire était compliqué pour CatComú. Mais maintenir une position passive dans sa relation avec le processus constituant des dernières années et n’avoir pas su bâtir un projet crédible pour la Catalogne face à une majorité substantielle a corseté les potentialités de son projet. Malgré cela, l’espace de Catalunya en Comú Podem s’exprime dans des secteurs populaires qui ne sont pas nécessairement indépendantistes mais sont des alliés pour faire tomber le régime, tant en Catalogne que dans le reste de l’État. Le convertir en un projet destituant-constituant implanté partout dans les quartiers populaires de Catalogne sera la clef.

4. Demeurent encore les inconnues de comment va se développer l’installation du Govern et les étapes suivantes du processus constituant, mais il paraît évident que le Régime ne s’accommodera pas des résultats. Le 22 décembre même, a été rendu public un rapport sur les investigations de la Guàrdia Civil qui menace de nouveau les diverses forces politiques et sociales indépendantistes, auxquelles nous adressons toute notre solidarité.

5. Le 21D a donné un résultat qui hypothèque pour les gauches alternatives des Comuns et de la CUP leur capacité à influencer l’orientation du processus constituant, ainsi que d’impulser un agenda social. Il faudra dépasser la logique d’abord l’indépendance ensuite le reste. La révolte catalane se solde électoralement par un revers qui appelle à une réflexion collective les forces du changement et de la transformation sociale pour déployer une stratégie majoritaire qui place au centre les intérêts populaires et leur auto-organisation. Le 1er-Octobre a ouvert un cycle qui ne s’est pas fermé avec ces élections imposées et qui nécessitera impulsion et organisation populaires pour déjouer une fermeture restauratrice de la crise du Régime.

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