Cheminot.e.s, le 22 mars : La joie de se retrouver

, par Correspondant(es)

La direction aura beau tourner les chiffres de grévistes dans tous les sens pour tenter de les minimiser, rien n’y fera : la journée de mobilisation du 22 mars est un succès à plusieurs égards.

Tout d’abord, les chiffres de grévistes sont bons. Nombre de chantiers ont affiché des taux au-dessus de 80%, voir 100% dans certains endroits. C’est d’autant plus remarquable qu’il n’y avait pas d’appel « ferme » à la grève, mais un simple appel à manifester.

Cependant la grève a tellement pris, que de nombreux cheminots n’ont pas pu venir manifester à Paris et ont rejoint les cortèges de leurs villes en région.

A Paris, la manifestation était massive, joyeuse et combative. Le matin, dans les gares parisiennes se sont tenues des Assemblées générales rassemblant bien plus de monde que d’habitude. 200 à Paris-Est, 300 à Saint Lazare, 400 à Gare du Nord, 200 à Austerlitz, 530 Gare de Lyon… ​ A l’Assemblée générale de Gare du Nord, il a été voté massivement la revendication du retrait du pacte ferroviaire sans aucune négociation, ainsi que le principe de la grève reconductible à partir du 3 avril.​

Partout, il y avait la joie de se retrouver, de se voir nombreux. Certains ne s’étaient pas revus depuis les grèves de 2016. Il y avait également de nombreux jeunes pour qui c’était la première manif. Certains jeunes étaient déjà là en 2016 lors de la Loi Travail mais avaient suivi le mouvement de loin (même s’ils avaient parfois fait quelques jours de grèves). Des collègues habitants en grande banlieue se sont fait inviter à dormir chez des cheminots proches de Paris pour être sûrs de ne pas louper la manif.

On notait également la présence de pas mal de cheminots de l’encadrement. Certains cadres qui ont avalisé toutes les dernières réformes à la SNCF, comme la loi ferroviaire de 2014, au prétexte que c’était un mal pour un bien au nom du maintien de la SNCF, se rendent compte aujourd’hui qu’ils ont été floués.

Et les suites ?

Il est acté par tous que le prochain rendez-vous sera le 3 avril, début de la grève à la SNCF. Pour ce qui est des modalités de la grève, pour l’instant rien n’est encore tranché. Dans les AG d’hier, de nombreux cheminots étaient plutôt favorable à une grève reconductible à partir du 3 avril, mais on sent une volonté forte de « rester ensemble », c’est-à-dire ne pas commencer à se diviser sur les modalités de la suite du mouvement, notamment face à la proposition de l’intersyndicale de grèves de 48h toutes les 72h. Bien que nous pensions que la grève reconductible par périodes de 24h reste la meilleure option pour construire un mouvement, c’est un élément à prendre en compte. La meilleure manière de garder cette unité à la base, entre les grévistes syndiqués et non syndiqués, c’est de donner le pouvoir de décision aux Assemblées Générales, et que ça soit aux grévistes de décider des suites du mouvement. ​

Par ailleurs la proposition d’une grève interpro le 19 avril modifie encore la donne : la compréhension que les cheminots arriveront mieux à gagner en se liant à l’ensemble du monde du travail que seuls est ancrée chez de nombreux cheminots et c’est tant mieux.

Si les cheminots arrivaient mobilisés et en grève reconductible à la journée interprofessionnelle du 19 avril, ce serait sans doute la meilleure manière de faire cette jonction qui fait tant peur au gouvernement, d’autant plus que le 11 avril, le gouvernement compte faire passer la loi d’habilitation des ordonnances pour le pacte ferroviaire au Sénat.​

Dans les jours qui viennent, les militants de la grève vont avoir du pain sur la planche. Sur plusieurs gares se sont mis en place des comités de mobilisation qui regroupent des militants des différents syndicats mais aussi des non syndiqués. La suite de ce mouvement, bien parti, dépendra de la capacité des cheminots à se mobiliser dès le 3 avril à se rendre dans les Assemblées générales, et de décider ensemble du mouvement qu’il veulent construire.

Correspondant