Les 9 et 10 avril, la Zad de Notre-Dame-des-Landes sous le choc de l’évacuation

, par Reporterre

Depuis lundi, les gendarmes mènent une opération d’expulsion de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Reporterre raconte en direct, minute par minute les journées du 9 et 10 avril. [Nous avons reproduit certaines illustrations, mais l’article en contient beaucoup d’autres. Pour la fin de la journée du 10 et les jours suivant, voir les infos en continu sur Reporterre.]

Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage. Journée du mardi 10 avril.

Une carte de la Zad

En jaune, la départementale 281, dite « route des chicanes ».

Lundi 9 avril - 20h15 - Un dernier récit de la soirée. Un soutien nous raconte : « Je suis allé aux Cent Noms pour tenter d’aider les habitants à sauver des choses dans les décombres où l’on voit des pots de confiture, des sachets de pâtes explosés. Là, une jeune fille en pleurs dont la petite cabane, à côté, a miraculeusement échappé à la pelleteuse me demande de l’aider à mettre ses affaires à l’abri. Hébétée, elle m’explique que son copain est l’un de ceux qui produit les graines pour la Zad, qu’elles séchaient dans les Cent Noms. Alors on va tenter de les chercher dans les ruines de la maison. »

19h40 - Fin du fil d’actualité pour aujourd’hui. Rendez-vous demain sur Reporterre pour les dernières informations. Au programme, récit des mobilisations en soutien à la Zad sur Paris, résumé de la journée, réponse à la question : les expulsions à Notre-Dame-des-Landes sont-elles légales ? Et voyez ici le témoignage de Vandana Shiva, pour qui la Zad est « le laboratoire du futur ».

19h37 - Retour sur la journée. Michel, habitant des 100 Noms, raconte l’évacuation de sa maison et du hangar attenant. Les deux sont, ce soir, détruits.

19h31 - Nous ajoutons le bilan selon la Préfecture : 13 squats démantelés dont 6 entièrement détruits ; 7 personnes interpellées. « Chaque expulsion se fait sur des critères objectifs et notamment en l’absence de projet agricole sérieux », indique la préfète.

19h30 - Des rassemblements et actions de soutien ont lieu un peu partout en France. Une liste est disponible ici.

19h25 - « Les gendarmes se retirent », nous indique un de nos contacts sur place.

19h10 - C’est au tour de l’Acipa de réagir dans un communiqué.
L’association des riverains anti-aéroport se dit « scandalisée par les événements en cours sur la ZAD » :

L’ACIPA a toujours défendu que la RD281 devait rester libre après l’abandon du projet d’aéroport pour la circulation de la population et l’accès aux parcelles agricoles. Mais cette route ne sert-elle pas aujourd’hui de prétexte à une intervention plus générale ?

L’ACIPA avait appelé à protéger les lieux de vie, qui doivent pouvoir concrétiser leurs projets agricoles, culturels, sociaux et ruraux. Le mouvement est en train de travailler sur ces projets et était en réflexion pour apporter des solutions plus individuelles sous forme de convention d’occupation précaire dans ces projets collectifs. Des réunions de concertation ont d’ailleurs déjà eu lieu avec la préfecture de Loire-Atlantique. La ferme en devenir des 100 noms portait un vrai projet agricole, un projet solide et pérenne. Son expulsion et sa destruction constituent une ligne rouge que le gouvernement a franchie. (...) Si cette intervention - qui s’apparente à un « César-2 » - n’est pas stoppée immédiatement, l’ACIPA appelle ses adhérents et sympathisants à venir en nombre sur la zone de Notre-Dame-des-Landes dès demain matin pour montrer leur désaccord avec cette opération et à montrer leur solidarité partout où ils se trouvent. En parallèle, un dialogue de sortie de crise parait plus que jamais indispensable dès les prochaines heures ».

19h - Un communiqué des habitants de la Zad résume la journée qu’ils ont vécue :

« L’après-midi se finit dans un bocage asphyxié par les gaz lacrymogènes (...). Au moins 9 lieux de vie collectifs ont péri, avec leurs divers habitats particuliers brisés, leurs ateliers en miettes, leurs jardins piétinés : planchettes, planchouette, lama fâché,noue non plu, youpiyoupi, jessie james, phare ouest, chèvrerie, 100 noms... (...)

A chaque maison expulsée, brisée par les mâchoires des tractopelles, c’est un pan de la vie ici que l’État cherchait à éradiquer, et un pan ferme de colère qui se soulevait en nous. (...)

La destruction du hangar, des serres et de la bergerie des 100 noms, l’évacuation de ses ânes et de ses moutons a achevé de dévoiler l’hypocrisie absolue de la préfecture, y compris sur sa prétention affichée à conserver les projets agricoles. La préfète en profite pour appuyer sur un chantage abject à propos des autres lieux abritant des projets agricoles : abandonnez la vision collective maintenant ou vous connaîtrez le même sort et les mêmes destructions. (...)

Demain, l’État annonce la poursuite des expulsions et de sa volonté d’éradication de l’expérience de la Zad. Il faudra les empêcher, s’enraciner, rester. Nous appelons tous ceux qui peuvent à se rendre sur place dès l’aube pour leur faire obstacle. »

18h45 - Le Cédpa, association d’élus s’opposant à l’aéroport y va également de sa déclaration :

Si les élus que nous sommes comprennent une opération de police visant à assurer la circulation sur la route départementale, ils demandent à l’État de ne pas obérer définitivement les chances d’une sortie pacifique de ce conflit.
La destruction inutile d’un lieu comme celui des “cent noms” ce lundi après-midi, où existait un vrai projet agricole, risque d’être lourde de conséquences. Nous en appelons à la responsabilité de tous, car nous pensons qu’il est encore possible de trouver un chemin de raison. Cela implique des concessions de part et d’autre. Nous demandons à l’État de ne pas aller au-delà de la libération de la route et de respecter les engagements pris par madame la préfète lors de précédentes rencontres d’étudier les différents projets en cours. Nous demandons par ailleurs aux nouveaux habitants d’accepter les règles minimales nécessaires à leur régularisation. »

18h30 - Fin de journée, France Nature Environnement et ses associations membres des Pays de Loire et Bretagne publient un communiqué dénonçant « une opération de manipulation médiatique qui fragilise le dialogue engagé avec l’ensemble des acteurs locaux autour du projet de territoire. »

« Alors que le dialogue commençait à bien s’enclencher entre toutes les parties, il n’y avait aucune urgence à une intervention au nom d’un soi-disant “État de droit”, poursuit le communiqué. Cette analyse a été transmise vendredi dernier par le président de France Nature Environnement à plusieurs membres du gouvernement, au Premier Ministre et au Président de la République. France Nature Environnement n’a pas été entendue et est aujourd’hui très inquiète. »

18h14 - Yannick Jadot réagit sur Twitter. L’intervention à Notre-Dame-des-Landes est une « faute politique », estime-t-il :

18h06 - Un matelas couvert d’un duvet, porté par quatre personnes, traverse un champ. Soupe chaude et pain frais sont servis au bord de la route des Fosses noires. Il commence à pleuvoir. Comme des images d’exode.

17h45 - La maison des Cent Noms est à son tour déchiquetée par les engins de destruction sous des nuages de lacrymos. « Arrêtez de détruire ma maison ! » pleure de rage une de ses habitantes.

17h40 - Vidéo de Jade Lingaard, de Médiapart sur l’évacuation de la ferme des Cent noms par les gendarmes :

17h35 - Le collectif d’agriculteurs Copain 44, qui soutient de nombreux projets agricoles sur la Zad, publie à l’instant un communiqué : « Nous avons obtenu des espaces de discussion avec l’État et les collectivités qui nous laissaient optimistes quant à un retour à la légalité sur ce territoire. Hélas, aux dernières nouvelles de l’opération en cours, des projets agricoles sont aujourd’hui la cible de destruction. Cela nous laisse entrevoir un risque de fort durcissement des positions alors que la situation aurait pu se régler de manière plus apaisée. »

Ils rappellent le contenu du projet agricole des Cent Noms, lieu de vie en cours de destruction : « Le site des Cent Noms, habité depuis plus de 5 ans, développe un projet agricole porté par un jeune agriculteur ingénieur agronome. Il est déjà déclaré porteur de projet à la chambre d’agriculture. Ce projet est réparti en deux volets autour de l’élevage ovin : un premier en brebis laitière avec transformation fromagère. Un bâtiment de 430 m2 a déjà été construit (et aujourd’hui détruit). Un 2e projet associatif de production de brebis viande destiné à la formation pour la conduite de troupeaux, l’écopaturage, le sylvopastoralisme et la valorisation des pâturages humides. Le projet s’appuie sur des terres occupées depuis 5 ans et ont la potentialité de se développer avec des fermes mitoyennes à reprendre pour atteindre 45 hectares. L’ensemble de ce projet est pensé dans l’objectif de la mutualisation des moyens de production. Ce lieu était aussi un lieu de vie regroupant plusieurs habitants déclarés par trois fois auprès de la préfecture comme résidents à cet endroit. »

17h24 - Dominique Deniaud, président de la Confédération paysanne 44, répond à Reporterre :

L’évacuation est d’une ampleur assez importante. Attaquer les lieux de vie aura tendance à compliquer énormément le règlement de ce dossier, à casser la confiance que les organisations tentaient de construire entre les services de l’État et les nouveaux habitants de la zone. On était, à mon avis, dans une phase où les discussions étaient bien engagées. L’État ferme clairement la porte au dialogue et aux projets futurs. Si des lieux tels que les Cent Noms sont détruits, des lieux largement écartés de la D281, cela veut certainement dire que la Zad est vouée à y passer en entier. C’est n’importe quoi, ça n’a aucun sens. Je ne sais pas comment l’État a mesuré les conséquences de ses actes. Après une sortie aussi brutale, comment gérer la suite ? »

17h15 - « Aux Cent Noms, l’un des enjeux serait de gêner suffisamment pour que la maison soir encore là ce soir, raconte à Reporterre un soutien des zadistes sur place. En parallèle, aux Fosses noires, un tracteur fait des aller-retours pour faire un gros tas de terre pour les protéger. La barrière anti-émeute a été retirée, cela donne l’impression que les gendarmes vont avancer. »

Au fond, la pelleteuse s’apprête à démolir l’habitation des Cent Noms.
17h00 - Un habitant des Cent Noms raconte à Reporterre : « Après le hangar, ils s’apprêtent à détruire la maison. L’éolienne est encore debout. Les animaux (moutons, poules) ont été déplacés. Mais on en fait quoi après ? On a un plan pour quelques jours, mais on a besoin de surfaces en herbe. On est confinés aux lisières, je ne sais pas combien on est, mais il faudrait qu’on soit beaucoup plus nombreux. »

16h55 - Aux Cent Noms, se déroule un face à face tendu entre gendarmes et habitants du lieu qui ont vu leur hangar détruit, puis désormais canapé et meubles se faire virer dans une benne de travaux publics. « C’est notre table de salon, ça ! Et là ce sont nos affaires personnelles que vous êtes en train de foutre en l’air ! Hé, doucement c’est ma bibliothèque… » dit avec rage un des habitants devant des gendarmes muets. « Et l’éolienne, vous allez aussi la détruire ? Ça va faire beau… » La benne emportant les meubles part sous les huées. « On est en colère parce qu’ici on aime le bocage et les gens. En faisant cela ils nous radicalisent. »

16h35 - Cyril Bouligand, paysan solidaire, membre du collectif Copain 44, a passé la journée sur place et raconte à Reporterre :

Les forces de l’ordre sont parties de l’est de la zone et progressent tranquillement en démolissant toutes les cabanes qui se trouvent sur leur chemin. On ne sait pas où elles vont s’arrêter, elles ne laissent rien derrière elles. Elles débarquent avec des gardes mobiles, balancent des grenades lacrymogènes partout pour définir leur périmètre. Puis une pelleteuse arrive, et fait tout tomber.

Elles ont même atteint les Cent Noms… Ce n’est pas encore démoli, mais les gens sont contraints de plier bagage. Il y avait là des moutons, des ânes. C’était tout un projet collectif d’élevage, de maraîchage. On a un peu de mal à comprendre ce qui se passe : l’État nous disait qu’il était prêt à réfléchir à des projets, agricoles ou autres, à permettre à ceux qui les portaient de rester. Cela fait quasiment sept ans qu’on travaille à des projets de société alternative. Des gens y mettent une énergie folle, bâtissent leurs lieux de vie. L’État démolit tout sans même prendre le temps de s’attarder sur ce qui a pu se construire ici. »

16h30 - Un communiqué en provenance des habitants de la Zad a été envoyé aux journalistes et soutiens : « Les lieux de vie tombent les uns après les autres. Lama faché, les Planchettes, les Cent Noms, Youpi Youpi... A nombreu.ses.x, nous pouvons cependant tenter de mettre en échec la suite de leurs manœuvres avant la tombée de la nuit et d’interrompre cette triste liste. Pour cela plusieurs RDV :

• à 17h sur le camp des Cheveux blancs (en face des Fosses noires) pour
se coordonner et réagir à la mesure des expulsions de la journée. On ne
laissera pas la Zad se faire expulser sans réagir ;

• à 18h ce soir devant la préfecture de Nantes ;

• à 21h ce soir à la Wardine pour faire le point sur place. »

16h15 - Fracas de taule et ronron sourd des engins : le hangar des Cent Noms est détruit. Après l’évacuation des personnes sur le toit, les pelleteuses ont démarré au plus vite leur travail de démolition. L’huissier parle de « déconstruction ».

15h50 - À la Chèvrerie, l’hélicoptère tourne et couvre les conversations. Les forces de l’ordre restent en arrière pendant que les habitants de cette maison en torchis et taule distribuent ce qui peut resservir — vélos, duvets — à qui veut.

15h40 - Le directeur de Greepeace France réagit un communiqué : « Il est irresponsable de la part du gouvernement d’utiliser la force et la répression aujourd’hui à Notre-Dame-des-Landes. Alors que la coordination du mouvement sur place construit depuis des mois des propositions pour l’avenir de ce territoire, dans une logique de respect de l’environnement et de solidarité, le gouvernement a choisi la démonstration de force plutôt que le dialogue. Cette méthode est inacceptable. Expulser et menacer de destruction un lieu de vie comme les Cent Noms, où bergerie, potagers et autres projets agricoles fleurissent, illustre par exemple l’absurdité de l’action du gouvernement sur place et l’incohérence de son discours. L’opération de communication déployée par le gouvernement pour tenter de légitimer cette intervention et d’en contrôler son traitement médiatique est très préoccupante. Sous couvert de beaux discours prônant dialogue et concertations, nous nous inquiétons de voir la dérive répressive de l’État à l’œuvre contre les combats environnementaux. Nous réaffirmons notre soutien au projet d’avenir de la Zad et à celles et ceux qui se sont battu-e-s pour ce territoire pendant des années. »

15h30 - Le syndicat Sud Rail publie un communiqué de soutien aux habitants de la Zad. « La Fédération SUD Rail apporte tout son soutien aux Zadistes et appelle à participer massivement aux initiatives de soutien et de défense des habitants de NDDL partout sur le territoire », indique-t-il. « Alors que des discussions étaient en cours avec la préfecture, alors que les habitants n’étaient juridiquement pas expulsables, c’est donc encore la logique guerrière et répressive que le gouvernement a choisi (...). Cette violence, il l’utilise à l’encontre de toutes celles et ceux qui lui résistent. Les cheminots ne sont pas en reste comme les étudiants, les éboueurs, les postiers avec le licenciement de Gaël Quirante [syndicaliste licencié contre l’avis de l’inspection du travail], les migrants et plus largement celles et ceux qui refusent sa vision ultralibérale de la société. SUD Rail condamne fermement cette logique autoritariste qui n’a pour but que de pousser les acteurs du mouvement social dans une spirale dangereuse. Macron semble décidé à avoir son affrontement à la Thatcher. (...) Nous appelons l’ensemble des cheminot-e-s à s’inscrire dans une convergence des luttes et à durcir le mouvement pour mettre fin à ces politiques réactionnaires et violentes. »

15h20 - Toujours à la Chèvrerie, entre deux grenades qui percutent les hautes branches des arbres, les occupants du toit lancent un message aux soutiens sur le plancher des vaches : « Servez-vous dans la maison, il y a des trucs bien, des outils. Sinon ça va se perdre ! »

15h10 : Notre journaliste est maintenant à la Chèvrerie. Huit personnes se trouvent sur le toit. Les gendarmes mobiles se trouvent au bout du sous-bois et d’un chemin. Une barricade de grosses planches de bois se dresse sur leur passage.

14h40 - La bataille de mottes de boue contre les gendarmes mobiles se poursuit non loin des Cent Noms, indique notre journaliste sur place. L’évacuation du toit du hangar est achevée. Les gendarmes nettoient leurs matraques et boucliers maculés. En parallèle, les informations sur d’autres lieux de la Zad circulent sur les talkie-walkie : la Chèvrerie serait expulsée.

14h30 - Un habitant des Cent Noms qui était sur le toit du hangar et a été descendu par les gendarmes nous informe qu’il ne reste que cinq personnes sur le toit. « Il y a énormément de policiers et gendarmes qui nous empêchent de rentrer dans le champ, indique-t-il. Ils ont évacué tout le monde sauf les dernières personnes sur le toit. Pour nous, cette expulsion est illégale, parce que nous sommes huit personnes s’étant signalées comme habitant sur ce lieu. C’est notre domicile principal depuis cinq ans. On ne s’attendait pas à être expulsés. On avait une inquiétude, mais on n’osait pas y croire. On a un projet agricole conséquent, crédible, on est soutenus. Sauf que ce projet agricole n’est pas déclaré comme projet individuel et ça ne plaît pas. Je dois dire mon émotion, mon incompréhension, c’est absolument scandaleux. Ils font une très grande erreur stratégique, ils ne savent pas ce qu’ils déclenchent. »

14h10 - Les gendarmes mobiles sont plus nombreux sur le toit, mais ne parviennent pas à défaire la grappe humaine qui occupe la pointe du toit. Ils tirent les corps au milieu des cris. Deux gendarmes viennent de tirer de force un occupant du toit.

14h - Réaction de Julien Bayou, porte-parole du parti Europe Écologie Les Verts :

Cette démonstration de force est démesurée. Il n’y avait pas d’urgence à évacuer. Au contraire, un peu de temps aurait permis au collectif de s’autoréguler, de déposer des projets professionnels agricoles. On est sur une guerre de communication. Le gouvernement tente de détourner l’attention de la grève SNCF. Cette opération de maintien de l’ordre va créer plus de troubles à l’ordre public que la situation qui prévalait. Plutôt que d’évacuer les quelques personnes qui n’avaient pas de projet particulier, l’État se retrouve à occuper toute la zone. C’est regrettable.

On appelle à l’apaisement et on souhaite que les expérimentations, sur le territoire, puissent se poursuivre, que les projets d’agroécologie voient le jour, que les zones humides soient protégées. Il ne faut surtout pas que ces terres soient données à des agriculteurs de la FNSEA qui voudraient faire de l’intensif. Finalement, le défi est d’arriver à reproduire ce qui a pu se passer au Larzac et a contribué à des expérimentations qui nous sont utiles aujourd’hui. L’agroécologie, ce serait une sortie par le haut pour ce territoire. »

13h50 - Des gardes mobiles casqués et encordés sont montés sur le toit du hangar agricole de la bergerie des Cent Noms et tentent de faire descendre les 21 personnes qui y sont installées.

13h 40 - Il y a 21 personnes sur le toit en taule du hangar agricole de la bergerie des Cent Noms, dont au moins une de l’Acipa, l’association des riverains opposés à l’aéroport. Un drone les surveille. Une équipe de grimpeur a apporté des échelles pour tenter de les déloger. Deux habitants réclament de récupérer deux brouettes dans lesquelles il et elle ont déposé leur affaires de première nécessité. Refus. À deux cent mètres de distance, les autres Zadistes soutiennent les occupants sur le toit. « Ah merde, on a oublié le chat », dit une occupante contente au bord du champ.

13h30 - Sur le toit du hangar des Cent Noms, un habitant du lieu nous raconte : « Nous sommes 21 personnes sur le toit. Des gendarmes grimpeurs, sans doute 25, viennent nous chercher. Ils vont détruire le lieu. »

13h20 - Les Cent Noms ne sont pas encore évacués, les personnes se tiennent toujours sur le toit du bâtiment le plus haut. Dans le champ à côté, les gens sont en pleurs, consternés. Ce lieu installé de longue date sur la Zad est très apprécié de ses habitants. Par ailleurs, si l’on en croyait les propos de la préfète ces deux derniers mois et encore aujourd’hui en conférence de presse, il apparaissait préservé d’une expulsion, car il fait partie des projets agricoles. Sur place, certains opposants font l’analyse que cette opération contre les Cent Noms va ressouder le mouvement. La tentative de la préfecture de diviser le mouvement en séparant le bon grain de l’ivraie ne tient plus : tout le monde peut se sentir à nouveau expulsable. Les habitants qui avaient joué le jeu en discutant avec la préfecture sont très émus et déçus. « Ils se sont peut-être trompés en voulant expulser les Cent Noms, c’est contre-productif », avance un habitant.

13h00 - Aux Cent Noms, selon notre journaliste sur place : « Les gendarmes mobiles ont pris des positions au bord de la D281 face aux Cent Noms. Il y a des gaz lacrymogènes dans le champ. Les ânes qui broutaient là viennent d’être évacués. Les opposants, en sous-nombre, refluent vers les haies à l’arrière de la prairie. Énième face à face de la journée sous les bruits de l’hélicoptère. »

« Au bout de ce champ se trouvent une maison en ossature bois en voie de finition et une plate-forme en matériaux de récupération, belle fondation ronde d’une cabane dont la construction commençait à peine. »
« De l’autre côté du champ, les mottes de terre boueuse volent sur les visières des gendarmes mobiles. »

« Impressionnante vision d’une prairie cernée de gardes mobiles avec un maître chien et des escouades casquées apparaissant dans les trous de haies. Une douzaine d’habitants se trouvent sur le toit en taule de leur maison tandis que la bergerie est cernée de gendarmes mobiles, certains couverts de boue. “Ils sont en train de ressouder l’unité entre nous”, dit un zadiste les yeux rougis par les lacrymos. »

« On demande des soutiens en renfort aux Vraies Rouges. »

12h49 - François Verchère, porte-parole du Cédpa, association des élus doutant de la pertinence de l’aéroport : « Nous soutenons les projets nés sur la Zad qu’ils soient agricoles, sociaux, etc. mais il faut qu’ils rentrent dans une forme, même minime, de droit. Le Cédpa ne peut plus dire non à toute intervention policière, non à toute expulsion. Mais nous aimerions être sûrs que l’opération se limite à libérer la route. Mais j’ai très peur que, comme à chaque fois qu’il y a une intervention policière, elle aille trop loin, dérape. Ils vont aux Cent Noms, qui n’empêchaient pas la route de circuler et qui portent des projets intéressants. On voyait arriver cette affaire. La route n’était pas sécurisée, et pas la moindre convention précaire n’était signée parce que la négociation bloquée entre deux positions inconciliables : d’un côté, la préfecture veut des conventions d’occupation individuelles, et le mouvement voulait une convention collective… J’espère que les expulsions vont se limiter aux squats à côté de la route [la RD 281, dite « route des chicanes »] mais je n’en suis pas sûre du tout. »

12h15 - Témoignage d’un soutien des habitants, présent sur la Zad depuis plusieurs semaines : « On se rassemble aux Cent Noms, une centaine de personnes sont là pour défendre le lieu. On ne comprend pas pourquoi ils veulent expulser ce lieu. Ici c’est plein de projets agricoles, il y a un potager énorme, des animaux, des poules, des moutons. C’est un des lieux que l’on pensait rentrer dans les critères de la préfecture. C’est un lieu qui fait vraiment consensus, aussi défendu par l’Acipa [l’association des riverains opposés à l’aéroport]. Les habitants des Cent Noms ont demandé les documents permettant l’expulsion aux gendarmes, ils ont refusé, disant que les documents étaient entre les mains de la préfète. Visiblement ils veulent raser la maison. Il y a un tractopelle non loin, des gendarmes dans les champs autour. »

11h20 - La conférence de presse de la préfète, Mme Klein, s’est achevée, à la mairie de Notre-Dame-des-Landes. Elle a notamment déclaré : « Le premier critère qui nous guide dans les expulsions, c’est la route, pour la rendre à la circulation. Il s’agit de cabanes et de squats. Quand les squats sont vides, ils sont démolis, c’est comme ça qu’on opère. Les démolitions ont commencé pour dix squats. Les gens expulsés sont sans droit ni titre. Ils ne rentrent pas dans le processus de discussion. Pour rentrer dans le processus, il faut montrer sa volonté, et indiquer son nom et ses projets. Seule une partie des gens vont rentrer dans la discussion. Il faut du temps, et là-dessus, tout le monde est d’accord. »

Démolition du Lama fâché

11h00 - Lors de la conférence de presse, le représentant de l’Acipa a aussi déclaré : « On a travaillé des années avec nos camarades de la Zad. Il est inenvisageable d’abandonner aujourd’hui la Zad à son sort. Nous appelons tous nos adhérents à venir défendre notre lutte commune, qui continue sur la Zad. »

10h42 - Conférence de presse des habitants à La Rolandière. Elle est tenue conjointement par des habitants et des représentants de l’Acipa, de Copain 44 (les paysans), les Naturalistes en lutte et la Coordination. Tous se disent « très en colère », soulignant la contradiction incompréhensible entre la « volonté d’éradication de la Zad » par 2.500 gendarmes et les déclarations de la préfète parlant d’apaisement et de laisser du temps au processus. La Coordination met aussi en cause la « concertation », à laquelle ils ont participé activement, menant un « gros travail qui semblait constructif et qui amène une grosse déception ». Les habitants observent aussi qu’on parlait « d’expulsions ciblées » alors qu’en fait 40 lieux de vie sont visés. Ils indiquent qu’ils n’ont pas d’informations sur les lieux qui auraient pu être détruits. Mais la maison Jessy James, sur la D281, a subi une expulsion. Il y a par ailleurs eu un blessé.

10h25 - Témoignage d’un soutien des habitants, présent sur la Zad depuis plusieurs semaines : « Je suis à la Grée, on a évacué tout le matériel de l’atelier rap et les instruments de musique qui craignaient. Il y a des barricades tout autour. Les gendarmes sont à environ 50 mètres d’ici et ne bougent pas. Dès que quelqu’un s’approche un peu trop, ils lancent des grenades lacrymogènes. Tout le monde s’observe mutuellement. Les tractopelles arrivent. Ils vont commencer à détruire les cabanes qui sont si mignonnes, notamment à l’Est de la “route des chicanes”, qui est l’endroit le plus joli du monde, une sorte de pays de Peter Pan. On avait mis le réveil à 4 heures du matin. Finalement, on m’a réveillé à 3h30 avec un café et le sourire, les gendarmes étaient déjà là depuis 2h30 du matin. Une partie de notre travail de la matinée était de garder les barrages filtrants. Il y a des chicanes, mais on veut que les gens qui vont travailler puissent passer. La plupart nous ont demandé gentiment s’ils pouvaient passer et nous ont dit qu’ils nous soutenaient. Autour de nous, il y a des des reinettes, des rossignols, des coucous et beaucoup d’hirondelles. Parmi les soutiens venus en renfort, il y a beaucoup de retraités, c’est assez mignon ! Et aussi une quinzaine ou une vingtaine de tracteurs. »

10h14 : Le phare de La Rolandière n’a pas pu éclairer cette nuit comme prévu. Le réseau électrique a été saboté par une main inconnue il y a deux jours.

10h10  : L’hélicoptère est en vol stationnaire sous le plafond des nuages. Radio Klaxon diffuse du rap qui exprime des sentiments de défiance à l’égard de la police.

10h00  : Conférence de presse des habitants de la Zad à La Rolandière.

09h58  : Au fait, si on parlait de l’essentiel, dans ce monde de brutes ? C’est quoi la Zad ? Réponse en image :

09h40 : L’hélicoptère de la gendarmerie arrive pour survoler la zone.

09h03 : Le camion-grille des gendarmes avance sur la route des Fosses noires. Il est à cent mètres de cette maison.

08h59 : Les Fosses noires et les jardins des Vraies rouges sont noyés sous les gaz lacrymogènes. Les gendarmes mobiles tiennent la route, mais se font harceler par-dessus les haies denses, dans la brume du bocage.

08h40 : Une vingtaine de tracteurs de paysans, garés aux Fosses noires, à cent mètres du cordon de gendarmes, reculent pour ne pas se trouver noyés sous les gaz lacrymogènes.

08h24 : Les médics distribuent du serum physiologique au bord d’un champ face aux Rouges et Noires, où est servi du café chaud et où des grenades lacrymogènes tombent une minute après. Les manifestants hurlent : « Sortez de mon champ », mais ce que l’on entend surtout, c’est : « Première sommation, dernière sommation, on va faire usage de la force »

08h11 : Par les routes et les bois, les gendarmes mobiles repoussent les gens vers les fosses noires, tandis qu’une gradée répète en boucle en hurlant : « Première sommation, on va faire usage de la force » .

08h00 - Dans un communiqué, le député La République en marche Matthieu Orphelin indique suivre « avec inquiétude l’opération qui vient de commencer ». « J’espère qu’elle sera centrée sur sa réelle raison d’être, poursuit-il. Finaliser la mise en service de la route RD281 et démonter les quelques lieux de vie qui bordent cette route, pour que les habitants de la zone puissent circuler comme avant. » […] « Une opération plus large ne réglerait rien d’autre. Faisons tout pour qu’il n’y ait pas un nouveau César. Ou un nouveau Sivens. »

Il rappelle également que « tous ceux qui veulent participer au grand projet agricole de NDDL peuvent le faire en déposant un projet individuel auprès de la préfecture. » Et enfin précise que « ceux qui sont à NDDL pour de mauvaises raisons, notamment s’opposer aux fondements de notre République, doivent partir ».

08h10 : Il reste l’ironie. Aux Cent noms, on avertit des terribles dangers qui règnent sur la Zad : « Attention aux moutons méchants ».

08h06 : Au milieu des fumigènes orange et de quelques fusées, les gendarmes gardent le carrefour, enlèvent les pneus et récupèrent des bidons d’essence.

07h55 : Charge de gendarmes par la route et par les bois.

07h54 : Barricade en flammes. Pétards explosant dans les pieds des gendarmes mobiles groupés sur le chemin menant de la D 281 au carrefour de la Saulce. Les habitants quittent préventivement leurs cabanes avec leurs affaires.

07h48  : Une avancée de gendarmes se produit dans la direction des Fosses noires.

07h40 : les gendarmes sont concentrés aux alentours de la D 281. À l’intérieur de la zone, tout est pour l’instant calme.

07h25 : À 50 m des dizaines de gendarmes, des zadistes attendent.

07h20 : Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur Europe 1 : « Qu’une fois pour toutes, on en finisse avec cette opération qui a commencé il y a une quarantaine d’années. (...) Nous maintiendrons des forces de l’ordre pour qu’il n’y ait pas de nouvelle occupation. (...) L’autorité doit régner partout, et la loi doit être respectée partout. »

07h15 : l’aube se lève. Radio Klaxon a annoncé que la cabane du Lama fâché avait brûlé.

07h10 : près du carrefour de la Saulce, assez loin des affrontements, les rainettes chantent un peu partout, dans les mares et les fossés. Hier, un rossignol est arrivé près du Lama fâché, on a entendu son chant. C’est le premier arrivé, les rossignols sont des oiseaux migrateurs.

06h45 : Des habitants ont mené un rapide assaut d’un camion-grille. Panique des gendarmes qui ont reculé de quelques mètres, les habitants ont une prise : un bouclier et deux matraques lâchées dans le recul par les gendarmes ;

06h41 : Ce qui peut se passer sur la route D 281 est invisible, parce qu’inacessible. Les journalistes sont refoulés. De l’autre côté de la route, on voit une ligne statique de gendarmes mobiles placés dans les champs, ils bloquent les routes accédant à la D 281.

06h19 : Selon France Inter, la gendarmerie assure que la situation « est contenue » et qu’il n’y a pas de blessé pour le moment. Elle prévient en revanche que les opérations d’expulsion pourraient durer « plusieurs jours ».

06h02 : Les informations circulent via les talkies-walkies. Dernier message : un tractopelle arrive, venant des Ardillères, il est escorté par dix fourgons.

05h39 : Une gradée des gendarmes répète toutes les dix minutes : « On va faire usage de la force » et balance des grenades lacrymogènes face aux chants et aux interpellations : « Allez les gars, on vous paye combien pour faire ça ? ». La nuit est épaisse. Un officier demande à chaque unité s’il y a des blessés dans leurs rangs.

05h13 : Une fusée rouge de sommation a été tirée dès 4h40. Un camion grille de gendarmes se trouve au carrefour du Lama fâché. Face aux manifestants qui crient, quelques lacrymogènes sont lancées. Les phares puissants des camions éclairent la scène.

04h15 : Les gendarmes arrivent très tôt, surprenant les habitants. On en signale aux Vrais rouges.

9 avril 2018 / Camille Martin (Reporterre)


10 avril 2018 : Expulsions sur la Zad : l’intervention militaire reprend

Les expulsions sur la Zad se poursuivent ce mardi 10 avril. Reporterre est sur place ; voici le fil des événements.

Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

15h13 - Voici le compte-rendu de la conférence de presse qui s’est tenue à 14h à la Rolandière.

22 personnes porteuses de projets agricoles et artisanaux sont intervenues collectivement pour exprimer leur consternation face au double-jeu de la préfète et leur détermination à défendre un projet collectif pour l’avenir de la Zad. « On s’est engagé dans un dialogue, on y a cru et on s’aperçoit qu’en fait, tous les projets sont menacés, » ont-ils dénoncé.

« La ferme des Cent noms a été rasée en pleine connaissance de cause qu’il y avait un projet en cours, connu des autorités, a regretté Vincent Delabouglise, paysan membre de Copains 44, soulignant que les brebis ont été pucées et domiciliées à la ferme une semaine plus tôt. On en tire une conséquence : tous les projets agricoles sont menacés, y compris les historiques dans la mesure où on ne peut avoir aucune confiance dans la parole de l’État. » Aujourd’hui, c’est le projet de maraîchage aux Vraies rouges qui a été détruit.

Paysans boulangers, herboristes ou semenciers, pépiniéristes, meuniers, paysan brasseur, charpentier, apicultrice, éleveurs, producteurs de plantes médicinales, artisans potier et cuir, maraîcher. Tous et toutes sont venus rappeler la dimension collective de leurs activités.

« La préfète ne parle que de projets individuels, elle refuse d’examiner notre projet collectif, a ainsi expliqué Willem, éleveur. Pourtant, une convention d’occupation précaire à titre collectif lui a été présentée, il faut qu’elle soit étudiée. Pourquoi ce projet collectif serait-il mauvais alors que l’histoire nous fournit plusieurs exemples de belles réussites pour les territoires, comme au Larzac ? L’inverse du collectif, c’est l’isolement, qui mène à l’agrandissement des fermes et aux suicides nombreux dans le monde agricole. »

Les personnes présentes ont également précisé que « les projets agricoles prennent du temps ; ce travail est en gestation depuis dix ans, sous la menace d’expulsions ; on peut pas en deux mois proposer un projet parfait. »

Elles ont demandé « le retrait immédiat des forces de l’ordre et le retour à l’État de droit ». A un journaliste qui demandait combien de temps les zadistes comptaient tenir, une habitante a répondu : « Ce n’est pas la question. Nous voulons l’arrêt de la destruction de nos lieux de vie, lieux de nos amitiés, de nos amours et de nos projets agricoles et artisanaux. »
Les habitants ont lancé un appel à pique-nique demain mercredi à 13h au lieu-dit camping des cheveux blancs.

13h50 Aux Vraies rouges, l’offensive des gendarmes se poursuit : les buttes de permaculture sont recouvertes d’une avalanche de palets lacrymos.

13h45 En soutien à la Zad, l’École des hautes études en sciences sociales de Paris (EHESS) est occupée depuis ce matin. Dans un communiqué, des étudiants expliquent les raisons du blocage : « Parce qu’on a toujours une excuse pour ne pas participer aux luttes en cours autrement que par la posture de l’intellectuel engagé. Parce que les mots n’ont jamais mis en déroute les flics, parce que les séminaires militants n’ont jamais bloqué les flux économiques et que produire un savoir critique n’arrête pas les attaques néolibérales qui se succèdent d’années en années dans tous les secteurs. Signer une tribune dans le Monde n’exempte pas de descendre dans la rue et ne prémunit pas du blocage – disserter sur la grève ne dispense pas de la faire. »

13h34 Une autre personne s’éloigne, soutenue par deux personnes, blessée apparemment par un éclat de grenade explosive.

13h20 Un blessé évacué sur un brancard par une équipe Médics au niveau des Vraies Rouges. Ils aurait été touché par un tir de LBD (lanceur de balles de défenses) dans l’abdomen à 20 mètres.

12h38 Aux Fosses Noires, une dizaine de tracteurs du collectif Copain arrivent de la ferme de Bellevue, encadrés par une haie d’honneur, sous les applaudissements. « C’est le signe que le mouvement reste uni et se retrouve face à l’ennemi commun », commentent les zadistes en finissant leur assiette de riz, carottes et pois-chiches servi par la cantine sous la pluie fine.

12h15 Selon l’équipe Médics de la Zad, il y aurait une vingtaine de blessés du côté des zadistes et de leurs soutiens, dont trois sérieux. L’un d’eux a été évacué à l’hôpital. La plupart seraient blessés par des éclats de grenade, l’un serait brûlé.

12h08, journalistes en première ligne.

11h25 Une petite averse bienvenue tombe sur le bocage transformé en vaste nuage de lacrymos. Cheveux blancs, sac à dos, canne de marche et masque de peintre sur le nez, Alphonse Fresneau, 85 ans, opposant historique et père de trois enfants engagés depuis le début contre le projet d’aéroport, a tenu à être présent au milieu des grenades. « On est habitué, ça ne nous fait pas peur. »

Selon un bilan du ministère de l’Intérieur, treize habitations ont été détruites et « environ une vingtaine » restent à « évacuer ». L’opération pourrait se poursuivre « jusqu’à la fin de la semaine », selon le ministère.

11h17 L’équipe Médics de la Zad décompte six blessés dont quatre par des grenades de désencerclement. D’après le ministère de l’Intérieur relayé par France Info, il y aurait trois blessés côté gendarmes.

11h06 Aux Vraies rouges, notre reporter signale une pluie de grenades et de gaz lacrymos. Le blindé tente une nouvelle percée sans succès ; le nuage dissipé, les opposants avancent à nouveau.

11h00 Aux Fosses noires, une carcasse de voiture renversée est tractée vers une barricade. Arrive également une catapulte artisanale, « l’arme du pauvre face aux grenades à répétition ». D’après le site zad.nadir, une personne blessée au pied par un projectile a dû être évacuée à l’hôpital.

10h54 Alors que les gendarmes s’étaient repliés vers 9h30 des Vraies rouges face à la résistance des habitants, ils seraient de retour sur place.

10h44 D’après le site zad.nadir, une des personnes qui étaient sur le toit de la Chèvrerie a été frappée par les gendarmes et amenée à l’hôpital peu avant 10h. Le lieu est en train d’être détruit.

10h38 D’après un témoin sur place, parmi les blessés, il y aurait deux habitants de la Rolandière.

10h29 Une fille passe avec des tasses de thé fumant. Les talkiewalkies annoncent un blessé sur l’autre lieu qui résiste, la Chèvrerie, dû à un éclat de grenade selon ce canal interne.

10h24 Voici une carte de la Zad pour s’y retrouver :

Carte de la Zad et points chauds lors de l’expulsion lancée le 9 avril

10h19 Au fait, voilà à quoi ça ressemble, les Vraies rouges :

10h12 La puissance sonore des grenades explosives, lancées par dizaines, donnent une atmosphère de guerre. Le plus souvent, les parties en présence ne se voient pas.

10h09 Une tronçonneuse zadiste découpe des arbres pour alimenter une barricade.

10h06 Les grenades, que les gendarmes appellent eux-mêmes « explosives » seraient de type GLI-F4.

09h55 Une personne a reçu des éclats de grenade de désencerclement dans la jambe. Des gens crient « Médics ! ». Il semble y avoir un autre blessé.

09h51 Face à face, cailloux contre grenades dans un bosquet entre ronces et arbustes. Décor étrange de maisons détruites dont ne reste que le bas des murs et des plate-formes de cabanes arasées.

09h48 Sur la route entre les Fosses noires et le Lama faché. Les gendarmes ont reculé. Un pneu du blindé est pris dans les flammes. Les gendarmes mobiles reprennent position dans le sous-bois sans rien voir à cause des nuages de lacrymogènes. Un zadiste me dit : « Bon courage et merci la presse ».

Un pneu du blindé est enflammé

09h38 Aux Vraies rouges. Ça a tenu ! Les gendarmes reculent. Ils s’en vont dans un concert de grenades assourdissantes, de pluie de lacrymos et avec la voix enregistrée qui répète en boucle : « Obéissance à la loi, dernière sommation, on va faire usage de la force ».

09h34 Les grenades explosives se multiplient dans le bois.

09h33 Un habitant récupère un matelas dans une caravane effondrée, au toit explosé la veille par une pelleteuse.

09h30 La Chèvrerie - Le blindé s’est aussi replié. Les barricades se reforment au fur et à mesure, sur les cent mètres regagnés. Les grenades assourdissantes explosent dans un flou, les gens sont aveuglés par les nuages opaques de lacrymo.

09h25 La poussée des manifestants - ou un mouvement tactique - a fait se replier les gendarmes mobiles sur le chemin devant les Fosses noires. Ils se retirent vers le Lama faché.

09h16 Au bord d’un chemin, deux cartons emplis de BD, de livres, d’une cocotte-minute, d’une bouteille d’huile de cuisine et d’une scie. A l’abandon.

09h04 L’huissier poireaute au pied de la maison. Les grimpeurs ne se décident pas à monter déloger les occupants, qui dansent et chantent sur la pointe du toit.

09h02 Dans la prairie, à la Chèvrerie, au milieu des cordons de gendarmes mobiles, en tandem derrière un porteur de bouclier, un gendarme porte un fusil mitrailleur le long de la cuisse.

08h56 La Chèvrerie. Lacrymogènes au lance-grenades, puis à la main après charge sur quelques mètres. Les zadistes : « Journalistes, est-ce que vous avez besoin de soins ? ». Les maîtres-chiens sont deux et restent à l’écart des lacrymo. Les gendarmes sont cinq fois plus nombreux que les zadistes ici. Les grimpeurs, à pied d’œuvre, tiennent un conciliabule pour déloger les deux habitants sur le toit. L’hélicoptère doit voler très bas à cause de la couverture nuageuse. Les journalistes sont bousculés par les gendarmes.

08h42 Deux tractopelles et des grimpeurs arrivent aux Vraies rouges.

8h35 Les Vraies rouges attaqués par un blindé.

08h36 A la Chèvrerie, le chien policier qui aboie en permanence - c’était lui qu’on entendait au loin - est mis à l’écart quand une charge de dix mètres repousse les lanceurs de boue et les noie sous les gaz que le vent faible rabat sur eux et sur la maison dont le toit est toujours occupé par deux habitants. Les manifestants reviennent en disant : « Dernière sommation, nous allons faire usage de la boue ».

08h31 Les Boîtes noires, une cabane sublime de l’est de la zone, est en train de se faire expulser.

08h30 La charge sur les Vraies rouges va commencer. Les habitants préparent de la peinture.

08h22 Deux personnes sur le toit de tôle de la Chèvrerie, cernée par les gendarmes mobiles qui restent statiques à l’orée d’un champ. Tirs de mottes de boue sur les boucliers et les visières des casques. Ils sont ponctués de « Touché, attention à ton casque, il va être sali ».

08h13 Entre les Fosses noires et la Chèvrerie, les chemins creux où pépient les oiseaux de printemps sont saturés de gaz et de brume. On entend des explosions de grenades et un chien qui aboie au loin.

08h07 - Toujours près des Fosses noires, une grenade assourdissante contre un jet de bouteille. Au loin, du côté de la Chèvrerie, on entend aussi des tirs de grenades. Le poste de médics a dû se déplacer et quitter les Fosses noires noyées sous les gaz.

07h46 Au carrefour de la Saulce, une salamandre écrasée. Un mec, masqué avec un pneu dans chaque main, me dit qu’en Wallonie, on ferme certaines routes pendant la saison des amours.

07h44 A la Chèvrerie, les gendarmes mobiles sont survoltés. Tirs de flashball sans sommation, une arrestation.

07h42 On entend un rossignol. Visiblement, les lacrymogènes ne les gênent pas. On parle des arrivées toutes récentes des rossignols avec un mec masqué sur la barricade.

07h37 Le gaz stagne dans les champs. On ne voit pas à dix mètres dans certains endroits. Grenades assourdissantes. Les gardes mobiles hurlent à travers les nuages de lacrymogène : « Reculez ! »

07h35 L’OPJ (officier de police judiciaire) répète en boucle et en continu « Obéissance à la loi, première sommation, dernière sommation, on va faire usage de la force ».

07h30 Et deux grives musiciennes qui se répondent dans les saules alentour, comme si de rien n’était.

07h27 Quelques paysans des Vraies rouges défendent leur potager.

06h45 La barricade est en feu.

06h40 C’est encore la nuit. L’hélicoptère tourne autour de la zone et éclaire le sol d’un puissant projecteur. Près des Fosses noires, une barricade s’est élevée.

Source : Nicolas de La Casinière, Emmanuel Brossier et Alessandro Pignocchi, sur la Zad avec à Paris Marie Astier, Charles Dannaud, Hervé Kempf et Alexandre-Reza Kokabi, pour Reporterre

Photos :
© Emmanuel Brossier/Reporterre
Et :
. Cent noms détruit : ©Alessandro Pignocchi/Reporterre
. gendarmes au Cent Noms : © @JAUNET3
. démolition Lama fâché : Christophe Jaunet
. c’est quoi la Zad : NONago_NDDL
. tracteurs : Guillaume Hubert
. gendarmes dans les bois : EclaireurC
. moutons méchants : Attac
. calme sur la zone, à 7h40 : Pauline Lallement
. zadistes attendent : Christophe Jaunet