Un premier bilan des élections municipales en Tunisie – Un paysage politique instable

, par CHAMKHI Fathi

Les électeurEs tunisiens qui ont été appelés aux urnes, dimanche dernier, afin d’élire les 7 280 membres des 350 conseils municipaux du pays, ont boudé en masse les élections !

Le taux d’abstention a, aux municipales, atteint 66,3 %. Cela s’explique notamment par le décalage croissant entre le discours politique et la réalité des conditions de vie du plus grand nombre, l’aggravation de la corruption dans la sphère politique et l’absence d’une alternative politique crédible.

Les premiers résultats globaux font ressortir les faits suivants :

— L’ensemble des listes « indépendantes » obtiendraient environ 32 % des voix exprimées,

— Le parti islamiste Ennahdha obtiendrait 28 %, tandis que Nida Tounes n’obtiendrait que 21 %.

— L’ensemble des autres partis réuniraient 19 % des voix, avec un Front populaire qui n’obtiendrait que 5,9 %.

Victoire des listes « indépendantes »

La grande surprise des élections est la victoire des listes « indépendantes » [1]. Un phénomène à nuancer, car certaines de ces listes ne sont pas réellement indépendantes des partis politiques ; environ une cinquantaine sont conduites par des membres du Front populaire, et beaucoup d’autres seraient assez proches du parti Ennahdha. Toutefois, le plus grand nombre de ces listes est l’expression de réalités locales.

L’autre enseignement de ces élections est le retour du parti Ennahdha à la première place, qu’il avait perdue lors des élections de 2014 au profit du parti de Nida Tounes qui accuse, quant à lui, un très net recul par rapport à 2014.

Mis à part ces deux partis, aucun autre n’arrive à émerger du lot, notamment le Front populaire (FP) qui n’arrive pas à « accrocher » les électeurEs et peine à percer malgré des conditions politiques qui lui sont assez favorables.

Par ailleurs, l’analyse des résultats des élections municipales, à la lumière des résultats des élections précédentes de 2011 et 2014, fait apparaître les ­indications suivantes :

- Le parti Ennahdha n’arrive pas à freiner son recul entamé après les élections de 2011. À cette époque il avait obtenu 1,4 million de voix, puis 0,9 million en 2014. Dimanche dernier, il n’a obtenu que 400 000 voix. Nida Tounes connaît lui aussi le même sort : de 1,2 million de voix obtenues lors des élections de 2014, il n’en conserve que 350 000.

- Le FP conserve quant à lui le même nombre de voix que lors des élections législatives de 2014 : environ 150 000 voix, sachant qu’il n’a présenté que 120 listes aux élections municipales, sur un total de 350 municipalités.

Paysage politique instable

Le paysage politique post-révolutionnaire demeure assez instable, tout en souffrant cruellement de l’absence d’une alternative politique capable de redonner espoir aux classes populaires pour les mobiliser autour d’un programme de sauvetage économique et social pour freiner l’enlisement de la Tunisie dans la crise, et d’entamer un début de sortie de l’impasse actuelle.

Le FP peut jouer un rôle déterminant dans ce processus de redressement économique et social de la Tunisie, à condition de corriger, bien avant les prochaines élections législatives prévues en 2019, ses multiples dysfonctionnements organisationnels, clarifier sa vision politique, élaborer un plan d’action axé sur les tâches urgentes et agir de manière constante et cohérente.

Fathi Chamkhi (député et membre dirigeant du Front populaire et de la Ligue de la gauche ouvrière)