Conférence de Labor Notes 2018 : Remettre le mouvement dans le mouvement ouvrier

Du 6 au 8 avril 2018 se tenait à Chicago la plus importante conférence de Labor Notes depuis sa création en 1979. C’est plus de 3000 inscriptions provenant de 24 pays, dont une importante délégation canadienne et québécoise, qui ont participé à une centaine d’ateliers portant autant sur des méthodes d’organisation pointues tels que Choosing An Organizing Database que sur des enjeux de politique internationale comme Asian Unions vs. Militarism

Labor Notes ne puise pas son inspiration dans les ouvrages hermétiques produits dans les universités bourgeoises, mais dans les plus belles traditions du mouvement ouvrier. Tout est fait pour former, autant au niveau pratique que politique, les militant.es syndicaux les plus combatifs. Le but n’est donc pas de regrouper des puristes de gauche dans une clique et d’appeler cela un « syndicat », mais d’intervenir le plus efficacement possible dans le mouvement ouvrier existant.

Solidarity, le groupe politique à l’origine de Labor Notes, considère que le meilleur moyen pour les militant.es socialistes de briser leur isolement est de créer des organisations et des mouvements de transition large orienté vers la classe ouvrière, et de l’accompagner dans ses luttes et ses besoins d’aujourd’hui [1]. Labor Notes démontre toute la pertinence de cette stratégie.

Labor Notes : une organisation de classe

Presque tous les syndicats américains y sont présents et ce, autant des secteurs publics que privés. La participation y est soit officielle, c’est-à-dire que les syndicats envoient formellement une délégation, ou informelle, les militant.es participent à la conférence sur une base volontaire.

Une place importante est faite aux caucus d’opposition syndicale, tels que Teamsters for a Democratic Union (TDU ), le Railroad Workers United (RWU) ou le Caucus of Rank and File Educators (CORE).

Il y a également une part non négligeable de salarié.es du mouvement syndical qui participe aux activités de Labor Notes. Cela témoigne d’une fracture de plus en plus marquée à l’intérieur même des appareils entre les partisans d’un syndicalisme de transformation sociale et les responsables de la léthargie du mouvement syndical actuel.

Pour un syndicalisme « par en bas »

L’objectif de Labor Notes est de favoriser la construction d’un syndicalisme « par en bas ». Bien souvent, les directions syndicales ne font pas de mobilisation dans les syndicats locaux et ne forment pas les militant.es aux tâches pratiques de mobilisation et d’information.

Les militant.es de la base se retrouvent régulièrement seuls pour tout faire. Labor Notes est donc là pour offrir des outils de formation pour les aider à mobiliser et informer leurs milieux de travail.

Il suffit de feuilleter les deux manuels publiés par Labor Notes, soit le Troublemaker’s Handbook et le Secrets of a Successful Organizer pour constater le gouffre béant non comblé par les directions syndicales en terme de formation de base à ce sujet. Par exemple, comment maintenir sa liste de membres à jour ? Comment recruter des militant.es ? Pourquoi les délégué.es sur le plancher sont importants ? Comment construire un plan d’action ? Etc.

À quoi peut bien nous servir tout cela ? À l’appropriation par les membres de la base de leurs organisations respectives, prélude nécessaire à toute mobilisation de masse. Le syndicat n’est pas une compagnie d’assurances, mais un mouvement. Il faut donc que le plus de camarades possible en maîtrisent les rouages.

Les bureaucrates syndicaux parlent bien souvent de « solidarité », de « démocratie » ou de « renouveau syndical ». Labor Notes nous explique concrètement comment construire cette solidarité et cette démocratie.

Pour un Labor Notes au Québec ?

La création d’un espace d’organisation et de formation intersyndical pour les militant.es au Québec est nécessaire. Mais pour réussir, cela implique d’avoir des formateurs.trices ayant le style de Labor Notes, c’est-à-dire de prioriser les militant.es avant les spécialistes et se servir de témoignages de luttes plutôt que des exposés théoriques. L’implication financière régulière de syndicats locaux pour assurer de façon continue une base financière minimale ne doit pas être négligée.

Le groupe Lutte commune est déjà en excellente posture pour assumer ce rôle, tant et aussi longtemps qu’il va continuer à promouvoir et défendre, ici, l’« esprit » de Labor Notes, soit le syndicalisme « par en bas » (rank-and-file unionism) et le syndicalisme industriel dans le mouvement ouvrier existant.

La seule vraie condition pour permettre la pérennité de Lutte commune est que les syndicats locaux, ou d’autres instances syndicales intermédiaires, cessent de voir LC d’un œil méfiant, mais qu’elles y voient plutôt un espace pour continuer de donner vie au mouvement syndical.

Bruno-Pierre Guillette est militant syndical au Syndicat des employé.es du CHUM et membre d’Alternative socialiste


Bruno-Pierre Guillette

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