États-Unis. 28 ans, “socialiste” et latino : Alexandria Ocasio-Cortez secoue le Parti démocrate

En faisant tomber un poids lourd du Parti démocrate au Congrès américain, lors d’une primaire dans une circonscription de New York, cette jeune progressiste a créé un tremblement de terre à l’échelle nationale.

Elle a 28 ans, rembourse encore ses prêts étudiants et travaillait il y a un an à peine comme barmaid. “Les femmes comme moi ne sont pas censées se présenter à une élection”, déclarait Alexandria Ocasio-Cortez dans une vidéo de campagne le mois dernier, rappelle The New York Times.

Et pourtant, elle a remporté mardi 26 juin une victoire large et stupéfiante contre un des leaders du parti démocrate à la Chambre des représentants. Élu depuis dix-neuf ans, numéro 4 à la Chambre, Joseph Crowley a été défait lors d’une élection primaire dans sa circonscription à cheval sur le Bronx et le Queens, à New York.

Aujourd’hui, le nom d’Alexandria Ocasio-Cortez s’affiche en une de nombreux sites américains, de Mother Jones au New York Magazine et au Washington Post, avec le même mot : “upset”, soit une “victoire renversante”. De fait, pour le New York Times, cette primaire marque “le plus important revers pour un candidat démocrate sortant depuis plus de dix ans”.

Si elle bat le candidat républicain en novembre prochain, dans une circonscription qui penche très fortement en faveur des démocrates, Ocasio-Cortez deviendra la plus jeune élue de l’histoire au Congrès américain, précise le quotidien.

Plusieurs années de militantisme

Originaire du Bronx, de mère portoricaine, la jeune femme s’est lancée très tôt dans l’activisme politique, alors qu’elle préparait un diplôme en économie et relations internationales à l’université de Boston. À son retour à New York, elle a milité en faveur d’une meilleure éducation, lançant une maison d’édition spécialisée dans les livres pour enfants.

Elle a ensuite participé à la campagne du sénateur Bernie Sanders lors des primaires démocrates à l’élection présidentielle de 2016. Avant de rejoindre, la même année, une autre grande cause progressiste, le mouvement de protestation contre un oléoduc dans le Dakota du Nord, passant à proximité de la réserve sioux de Standing Rock.

C’est peu après cette mobilisation qu’elle aurait été contactée par l’organisation progressiste Brand New Congress (“Un Congrès tout neuf”) qui lui a demandé de se porter candidate, indique The New York Times.

“Socialiste démocrate”

Membre des Socialistes démocrates d’Amérique, une organisation politique fortement marquée à gauche, Ocasio-Cortez a mis au centre de sa campagne trois propositions audacieuses, qualifiées de “socialistes” par The Washington Post : une assurance-maladie publique et universelle  ; une garantie d’emploi offerte à tous par l’État fédéral  ; et l’abolition de l’ICE (agence de contrôle de l’immigration et des douanes), la police de l’immigration.

Elle a aussi largement évoqué la crise du logement à New York, question à laquelle beaucoup d’électeurs de la ville sont sensibles, souligne The New York Times dans son éditorial.

Pour le journal new-yorkais, sa victoire est le signe clair d’une “relève”, un argument mis en avant par la candidate elle-même, deux fois moins âgée que son concurrent et issue d’une minorité, comme 70 % de la population de la circonscription.

Surtout, son succès envoie un message aux démocrates et aux républicains de tout le pays : “les électeurs progressistes sont gonflés à bloc, ils participent aux élections et ceux qui les ignorent courent de grands risques politiques”. Plus généralement, “beaucoup d’électeurs attendent quelque chose de différent”. Reste à savoir, conclut le journal, si les démocrates seront en mesure d’accueillir et d’écouter les nouvelles figures telles qu’Alexandria Ocasio-Cortez.


Gabriel Hassan

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