Algérie : Le cinq juillet tourne à l’émeute à Béchar

, par KHARIEF Akram

La ville de Béchar est entrain de vivre une vague d’émeutes et manifestations depuis quatre jours dans l’indifférence totale des médias et des autorités centrales.

Les causes de cette agitation sont multiples, nous explique un habitant de la ville.

« Les émeutes ont débuté après l’immense déception la veille de la fête nationale du 5 juillet et la non distribution des logements sociaux et surtout des lots de terrains promis par l’administration locale depuis plus de cinq ans » explique un jeune de la ville. Et d’ajouter « alors que 55000 logements étaient distribués un peu partout dans le pays, on a été complètement oublié alors que la région est entrain de vivre une crise du logement particulièrement dure. C’est pour cela que de nombreux jeunes ont décidé de protester pacifiquement en fermant l’accès Nord de la ville le cinq juillet après un appel à la mobilisation sur les réseaux sociaux ». Cet appel fut largement écouté car de nombreux jeunes de la cité des 600 et de Bechar El Jadida, ont accouru cette nuit là pour exprimer leur mécontentement et ceux malgré les températures caniculaires que connaît la région. Dès la première nuit d’émeute, la réponse des autorités a été de déployer de unités de police pour disperser la foule avec l’utilisation de gaz lacrymogènes, heureusement sans blessés. La description de la vie dépeinte par nos interlocuteurs est éloquente « Nous vivons l’enfer, il n’y a pas de travail, nous nous entassons dans les logements familiaux. L’eau courante se fait rare et à cause de la canicule le réseau électrique saute chaque jour vers 13 heures en plein pic de chaleur ».

Réagissant à l’agitation qu’a connu le chef lieu de la wilaya, le Wali, Tewfik Dziri a tenté de rassurer la population quant au programme de distribution d’assiettes pour l’autoconstruction « nous avons un ambitieux projet de distribution de 11 000 terrains pour l’autoconstruction qui sera distribué prochainement. Nous avons entamé la phase d’assainissement, dans les deux ans à venir nous auront aussi agi sur l’aménagement et l’adduction en eau, ce qui fait que tout sera prêt quand les citoyens auront achevé leurs logements. Nous demandons un peu de patience aux citoyens »

Le pire dans tout cela, notent de nombreux habitants, c’est le silence assourdissant des médias qui pourtant ont presque tous des correspondants locaux, ce qui ajoute beaucoup au mécontentement de la population. « Les jeunes ont globalement un bon niveau, ils sont tous sur les réseaux sociaux à l’instar de leurs concitoyens du Nord, et relayent les messages de soutien aux différentes causes ou les dépassements de l’administration lorsqu’ils se passent dans le Nord. Subitement ils voient que les questions du Sud n’intéressent personnes et c’est vécu comme un coup de poignard dans le dos » Nous explique un enseignant universitaire, et de conclure « ce sentiment de mal-vie et d’isolement risque de faire tâche d’huile dans le Sud vu la multiplications des mêmes maux sociaux. »

AKRAM KHARIEF