Face aux plateformes, les livreurEs font la grève du mondial de foot

Face à nos conditions de travail scandaleuses, nous, livreurs à vélo dits « ubérisés », c’est-à-dire exploités sans la possibilité d’avoir accès aux conquêtes sociales de la classe ouvrière, avons décidé de profiter du Mondial de foot pour changer le rapport de forces avec les plateformes. Nous avons ainsi lancé un appel à la grève durant les demi-finales et la finale de la Coupe du monde.

Nos conditions de travail ne cessent de se dégrader : augmentation des distances, baisse des rémunérations, disparition des primes, etc., ce qui créé une grande colère chez les livreurEs de toutes les plateformes. Sans possibilité de dialogue social, pour les livreurEs la question est simple : se battre ou partir. L’individualisation de cette forme du travail fait que beaucoup de livreurEs choisissent la seconde solution, mais les choses changent un peu, et de plus en plus d’entre nous se disent prêtEs à se battre.

Il y a quelques semaines, le gouvernement annonçait un amendement que les médias présentaient comme une avancée sociale. Absolument pas ! Il s’agit là de pure communication. L’amendement Taché, écrit conjointement par les lobbys des plateformes et des députés LREM, prévoit que les plateformes devront (si elles le veulent bien !) se doter d’une charte. Celle-ci sera rédigée de manière unilatérale par les boîtes, qui décideront de son contenu. Le but étant d’empêcher la requalification du statut pour les livreurEs qui souhaiteraient attaquer les plateformes pour salariat déguisé.

Vers l’extension de la grève ?

Le dimanche 8 juillet, à 18 h, nous étions une quarantaine de livreurEs à nous réunir place de la République à Paris, autant à Nantes et Bordeaux, pour exiger une amélioration de nos conditions de travail ; un tract avait été rédigé entre livreurEs plus tôt dans la semaine pour mettre par écrit nos revendications

Nous continuerons notre mobilisation les jours de match, et principalement pour la finale, pour dire que nous refusons de livrer pendant le match, moment très important pour les plateformes, nous nous réunirons à nouveau pour porter nos revendications, rompre avec l’isolement et l’individualisme. Si les boîtes, comme les pouvoirs publics, refusent de nous écouter, nous nous tenons d’ores et déjà prêts à jouer les prolongations.

Dans tous les cas, nous avons raison de nous battre et de proposer des perspectives : les coursiers de Bruxelles, Londres et Turin appellent également à participer au mouvement, résultat d’une politique de tissage de liens internationaux que nous avons menée durant l’année passée. Nous avons bon espoir que la grève s’étende et, même si toutes nos revendications ne sont pas imposées, nous auront fait des expériences d’auto-organisation transnationales. Parce que de chaque côté des frontières, on ne supporte pas les mêmes équipes mais on se bat contre les mêmes patrons : c’est ça la vraie ambiance de la Coupe du monde.

Stee Ven