Moyen-Orient. Comment Israël a évacué les “Casques blancs” de Syrie

Quelque 800 Syriens, membres des Casques blancs accompagnés par leurs familles, ont été évacués dans le plus grand secret par l’armée israélienne. Menacés par l’avancée des troupes de Bachar Al Assad, ils ont trouvé un asile provisoire en Jordanie.

Quelque 800 Syriens, membres des “Casques blancs”, une organisation de secouristes en zone rebelle, ont été évacués par l’armée israélienne aux petites heures de la nuit, entre samedi et dimanche 22 juillet. Accompagnés par des membres de leur famille, ces Syriens dont la vie était désormais menacée par l’avancée des troupes de Bachar Al Assad, ont été ensuite transférés en Jordanie, selon plusieurs sources concordantes.

“Raisons humanitaires”

Dimanche matin, un communiqué de Tsahal a confirmé le succès de cette opération, précisant qu’elle ne traduisait pas un changement de politique d’Israël qui refuse d’accueillir des réfugiés syriens sur son territoire. “Il s’agit d’un geste humanitaire exceptionnel. Israël maintient sa politique de non-intervention dans le conflit en Syrie et continue à considérer le régime syrien comme responsable de toutes les activités qui ont lieu sur le territoire syrien”, dit ce texte cité, entre autres, par le quotidien libanais L’Orient Le JourL’armée israélienne indique aussi que cette opération avait été menée “à la demande des États-Unis et de plusieurs pays européens”, mais sans donner plus de détails.

Cité par le quotidien populaire Yediot Aharonot, un porte-parole du gouvernement jordanien a confirmé que le royaume hachémite allait accueillir “pour des raisons humanitaires” pendant quelques mois ces réfugiés, mais que ces derniers seront ensuite relocalisés en Allemagne, Grande-Bretagne et au Canada. Le quotidien précise que les Casques blancs étaient principalement financés par les États-Unis, mais aussi par plusieurs pays européens, le Canada et le Japon. Selon le Département d’État américain, leurs actions sur le terrain ont permis de sauver “plus de 100 000 vies depuis le début de la guerre” en Syrie.

Secret total

L’évacuation, à en croire la presse israélienne, s’est déroulée dans le plus grand secret. Selon le quotidien de gauche Haaretz cette opération a été menée par la Division Bashan de Tsahal (une unité multitâche déployée dans le Nord depuis le début de la guerre en Syrie), et coordonnée par le Conseil national de sécurité. Une liste précise des personnes aurait été établie au préalable, et les responsables des Casques blancs avertis quelques jours auparavant. Les Syriens se seraient ensuite présentés, autour de 23 heures le samedi 21 juillet, à deux points d’entrée du territoire israélien, près de Quneitra et sur le plateau du Golan. Des bus les attendaient. De nombreux enfants, certains orphelins, faisaient partie du groupe. Pris en charge par les soldats israéliens, ils ont roulé toute la nuit, jusqu’à la frontière jordanienne, où les attendaient d’autres bus. L’opération aurait duré en tout, six heures, et s’est passée sans anicroches.

Selon The Jerusalem Post, quotidien conservateur, le rôle d’Israël dans cette opération avait été tenu secret - et n’est même pas mentionné par les Jordaniens - pour éviter de créer la polémique dans les pays arabes mais aussi pour ne pas mettre en danger l’évacuation. Le journal souligne aussi l’important rôle politique joué par le Canada, dont le gouvernement a loué à plusieurs reprises les actions des Casques blancs, pour que cette opération puisse avoir lieu.


Courrier International

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