États-Unis. Un an après Charlottesville, l’“alt-right” en perte de vitesse

Les militants de l’extrême droite qui avaient fait une démonstration de force à Charlottesville apparaissent aujourd’hui désunis et en difficulté. Ce qui ne veut pas dire que la menace ait disparu.

L’événement avait marqué les consciences aux États-Unis. En août 2017, des centaines de militants de l’extrême droite américaine défilaient à Charlottesville, en Virginie, durant un week-end ensanglanté par la mort de Heather Heyer, une contre-manifestante tuée par une voiture-bélier.

Le rassemblement d’extrême droite avait constitué une démonstration de force, et beaucoup pensaient qu’il permettrait de galvaniser la vaste nébuleuse connue sous le nom d’“alt-right”. Un an plus tard, pourtant, elle apparaît en perte de vitesse et fracturée, selon le Los Angeles Times et le Wall Street Journal.

Ce dimanche 12 août, une manifestation convoquée à Washington par Jason Kessler, le principal organisateur de la manifestation “Unite the Right” de Charlottesville, devrait rassembler beaucoup moins de monde, comme le reconnaît lui-même ce militant nationaliste blanc interrogé par le Wall Street Journal.

“Les querelles intestines, les actions en justice et des mesures prises par les réseaux sociaux freinent les groupes nationalistes blancs et d’autres groupes de droite radicale, indique le quotidien conservateur. Certains groupes ont été bloqués par des sociétés financières, qui refusent leurs transactions par carte de crédit, et par des plateformes telles que Twitter et Facebook, qui suppriment leurs posts”, précise le journal.

Désunion entre les différents courants

L’un des phénomènes les plus notables de l’année qui a suivi Charlottesville“a été l’incapacité de ces groupes extrémistes de droite de s’unir comme ils l’avaient espéré”, confirme au Los Angeles Times Oren Segal, de l’association antiraciste Anti-Defamation League.

Richard Spencer, célèbre figure de l’extrême droite à l’origine du terme “alt-right” (littéralement “droite alternative”), s’est notamment désolidarisé de Jason Kessler. “Face aux protestations croissantes et à des assistances de plus en plus clairesemées, Spencer a récemment mis fin à sa tournée des campus”,ajoute le journal, de tendance progressiste.

“Au cours de l’année écoulée, d’autres groupes extrémistes présents à Charlottesville, dont le Traditionalist Workers Party et Vanguard America, se sont divisés”, poursuit le Los Angeles Times.

Des idées banalisées

Jason Kessler, quant à lui, a dû renoncer à organiser un second “Unite the Right” à Charlottesville, face au refus de la municipalité. À la place, il prépare une manifestation en faveur des “droits civiques blancs” à deux pas de la Maison-Blanche. Une contre-manifestation est prévue le même jour dans la capitale fédérale.

Les dissensions parmi les extrémistes blancs ne signifient pas que la menace qu’ils représentent ait diminué, avertit toutefois Heidi Beirich, du Southern Poverty Law Center, une association américaine connue pour ses travaux sur l’extrême droite.

“Le plus grand problème après Charlottesville, c’est que, quoi qu’il arrive à ces groupes de l’alt-right, les idées anti-immigrés et antimusulmans, ont été totalement banalisées”, déclare-t-elle au Los Angeles Times.


Gabriel Hassan

Abonnez-vous à la Lettre de nouveautés du site ESSF et recevez chaque lundi par courriel la liste des articles parus, en français ou en anglais, dans la semaine écoulée.