Le parti de Poutine recule lors des élections partielles

Comme prévu, les élections partielles du 9 septembre ont montré un recul du parti Russie unie, notamment au profit des communistes. Le pouvoir devra davantage composer avec l’“opposition officielle”, et surtout revoir sa politique sociale.

“Russie unie trébuche sur les retraites”, annonce le journal économique libéral Vedomosti. “Coup de stress pour le parti au pouvoir”, titre Kommersant. Quant au tabloïd Moskovski Komsomolets, il va plus loin : “La Russie essaye la ‘ceinture rouge’”. Il semble, en tout cas, comme le résume dans ce journal l’éditorialiste Mikhaïl Rostovski, que “le temps des victoires faciles pour le Kremlin [soit] révolu”.

Sur fond de réforme des retraites, cette journée du 9 septembre a été émaillée de nombreuses manifestations. Elle a également donné lieu à un grand nombre d’arrestations. Enfin, elle avait valeur de test pour le parti Russie unie, au pouvoir, mais aussi pour Vladimir Poutine.

L’écrasante majorité des régions de la Fédération était concernée par cette journée électorale unique au cours de laquelle ont eu lieu 26 élections de gouverneurs, de nombreux scrutins régionaux ou municipaux et des renouvellements de mandats individuels à la Douma d’État.

Pour la première fois depuis longtemps, rapporte Kommersant, il y aura un second tour pour l’élection du gouverneur dans 4 régions sur 22 (celles de Khabarovsk, du Primorié, de Vladimir et dans la république de Khakassie)  ; le Parti communiste arrive en tête aux élections régionales dans 3 régions, et Russie unie a obtenu moins de 50 % des voix dans 11 régions.

Les communistes et le parti nationaliste de Vladimir Jirinovski ont “sérieusement renforcé leur présence” dans les assemblées régionales. Mais surtout, poursuit le titre, pour les partis siégeant à la Douma, cette journée ouvre la voie à un rapport de force plus substantiel avec le parti au pouvoir. “Une sorte de vraie vie politique va pouvoir commencer”, a ainsi déclaré le vice-président du comité central du Parti communiste, Iouri Afonine. Il sous-entend ainsi que les partis “hors système”, comme celui de l’opposant Alexeï Navalny, les démocrates libéraux ou l’extrême gauche, ne sont toujours pas parvenus à franchir les nombreux obstacles administratifs ou pénaux qui leur permettraient de rester dans la course.

“On ne vit pas que de Crimée et d’Amérique”

Avec la victoire écrasante de certains représentants du parti au pouvoir, comme celle du maire sortant de Moscou, Sergueï Sobianine, ces succès de l’opposition “officielle” ne représentent qu’une “goutte d’eau”, comme l’écrit Mikhaïl Léontiev. Mais, selon lui, “c’est déjà beaucoup, dans le contexte politique de ces dernières années”.

Et surtout, souligne-t-il, dans le contexte économique actuel très dur, l’“actualité sociale” s’est imposée à l’ordre du jour politique.

Les citoyens sont toujours fiers que la Crimée ait été rattachée à la Fédération, ils sont soudés autour du drapeau derrière Poutine face à l’Amérique, mais on ne vit pas que de Crimée et d’Amérique.”

La société est prête au changement

Les très lourds défis socio-économiques à venir, poursuit-il, et “l’incompétence des ‘chefs’ de l’opposition” – le leader du Parti communiste, “habitué à mimer le rapport de force politique”, ou Alexeï Navalny, “empêtré dans ses bisbilles avec ses potentiels alliés ou partisans” – font planer une “atmosphère de fin de siècle” sur la vie politique russe actuelle.

“La société n’est pas prête à se séparer de Poutine, et s’y accroche comme à une bouée de sauvetage. Mais, parallèlement et paradoxalement, elle a conscience de la nécessité d’une relève des générations au sommet de la pyramide politique, et elle y est prête”, conclut l’éditorialiste.


Laurence Habay

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